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Aussi loin que je me souvienne...

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime les histoires.

 

Ce goût m’a conduit vers l’Histoire, grâce aux manuels de l’école primaire des années 60 qui nous entraînaient dans ces tentatives de reconstitution de la vie quotidienne des Gaulois et autres Vikings.

 

Les illustrations étaient sommaires et l’auteur concédait quelques incursions dans les biographies stéréotypées de ces héros qui ont fait la France : Vercingétorix, ce noble perdant, Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui remet son roi sur le trône ou bien ce jeune révolutionnaire de 15 ans qui sera assassiné par ces Vendéens obtus pour avoir clamé avec défi : « vive la République, à bas le Roi ».   

 

Vers l’âge de 14 ans, j’ai accompagné les premiers pas de ma mère dans la généalogie, à travers les registres paroissiaux de la petite mairie du village natal de bon nombre de ses ancêtres.

 

Je crois que j’aimais à la fois l’enquête poursuivie et le déchiffrage de ces actes d’état civil, me prenant sans doute un peu pour Champollion qui a trouvé les clés pour décrypter un monde lointain d’histoires quotidiennes.

 

Si loin et si proche, à l’instar de ce que nous racontent les graffitis de Pompéi.

 

Les actes notariés ont permis ensuite d’entrevoir un peu plus les personnes cachées derrière ces lignées et ces dates et m’ont amené à chasser les singularités au-delà des formules très classiques que l’on y trouve. Cette quête permet parfois de glaner quelques pépites comme cette lettre de Paris d’un orfèvre à sa femme aux fins de l’autoriser à prendre un bail et dans laquelle il se répand sur ses déboires judiciaires.

 

A partir de ces éléments épars, je trouve passionnant d’échafauder et d’ajuster des hypothèses à partir des éléments rassemblés et confrontés avec la grande histoire, dans un constant va-et-vient.

 

Dans ce travail, certains détails initialement négligés prennent un sens particulier tandis que d’autres n’ont pas le relief qu’ils promettaient au départ.

 

Ces très modestes assemblages permettent de donner un peu de chair à ces noms et d’esquisser certaines histoires singulières. C’est ce que je me propose de faire très modestement dans ce blog, tenter d’éclairer des fragments de vie de mes ancêtres, à la lumière de la grande histoire.

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 21:38

Robert Charlebois "Cartier"

Originaire de Marigny-Brizay où il fut baptisé le 7 avril 1635, René Bisson (Boisson) dit « l’Epine » choisit d’émigrer en Nouvelle-France. En 1667, il travaillait pour les jésuites avant de se marier à Québec en 1670 et s’établir dans la colonie.

 

Etienne Paquet (Pasquier) de Dissay débarqua en 1665 à Québec en qualité de soldat d’une compagnie du régiment de Carignan. Marié à Québec en 1668, il s’installa à Rivière Saint Charles où il décède avant juin 1690.

 

Né à Saint-Georges les Baillargeaux, Pierre Dansereau se marie en 1708 à Varennes mais vivra et mourra dans la seigneurie de Verchères à Saint François Xavier.

 

Ces trois personnes dont le lien de parenté avec ma propre ascendance est probable quoique non avéré, font partie des 730 émigrés poitevins qui franchirent l’Atlantique  pour s’installer en Amérique du nord. 

 

Comment se constitua la colonie de la Nouvelle-France[1] dans laquelle ils débarquèrent? Dans quel contexte arrivèrent-ils? C’est à ces questions et à bien d’autres que je vais m’employer à répondre dans les pages qui suivent.

 

[1] La Nouvelle-France comprenait un territoire très vaste et très morcelé comprenant outre la vallée du Saint-Laurent, l’Acadie (dans une acception très large), la Louisiane et l’Ouest américain ou Pays d’en Haut, ce dernier comportant des comptoirs de traite tout en ayant une vocation militaire. Dans cet article l’accent est mis sur la vallée du Saint Laurent.

Débarquement sur les côtes américaines (Théodore de Bry - 1592)

Débarquement sur les côtes américaines (Théodore de Bry - 1592)

L’exploitation des ressources et la colonisation de peuplement

 

A la recherche de richesses fabuleuses

 

Sur les pas de Jean Cabot, les navigateurs de la Renaissance approchèrent les  côtes de l’Amérique du Nord dès l’extrême fin du 15ème siècle, attirés par les zones très poissonneuses et le commerce lucratif[1] qu’ils pouvaient en tirer.

 

Ces expéditions qui furent surtout commanditées par des d’armateurs français (normands, bretons et basques), portugais, espagnols[2] donnaient lieu à des installations saisonnières sur les côtes de Terre Neuve, en particulier afin d’effectuer le séchage de la morue.

 

Au début du 16ème siècle et à l’instar de ses homologues, l’intérêt du roi de France pour ces nouvelles contrées répondit à un double espoir de découvrir des richesses (or, cuivre) et d’identifier un passage par l’Ouest plus rapide pour rejoindre les côtes de l’Inde orientale.

 

Dans un premier temps, François 1er participa indirectement au financement de l’expédition de Giovanni da Verrazzano aux côtés de marchands lyonnais. Celui-ci appareilla en 1524 à partir de la Normandie et atteignit la Floride 3 mois plus tard. Après avoir cru identifier un passage vers l’Inde orientale (détroits de Pamlico et d’Albemarle), il remonta la côte jusqu’au Cap Breton.

 

En 1534, il finança la première expédition de Jacques Cartier en donnant à celui-ci pour mission de « découvrir certaines îles et pays où l’on dit qu’il se doit trouver grande quantité d’or et d’autres riches choses ».  

 

Lors de cette première expédition, Cartier contourna Terre-Neuve et découvrit la Baie des Chaleurs dans l’actuelle Gaspésie en ayant manqué toutefois l’entrée du Saint Laurent. Il revint en France avec des Indiens qui évoquèrent l’existence d’un riche royaume de Saguenay.

 

Ce fut avec la tâche de découvrir ce royaume riche en or et en cuivre qu’il effectua sa deuxième mission en 1535. Il explora le Saint Laurent jusqu’à Stadaconé (Québec), d’où il fut dissuadé par les Iroquois d’aller plus loin[3]. Il hiverna dans un endroit qu’il baptisa Charlesbourg Royal (à côté de l’actuelle ville de Québec) et perdit à cette occasion nombre de membres de l’expédition à cause du scorbut.

 

C’est lors de la troisième expédition en 1541 dirigée par Jean François la Rocque de Roberval et à laquelle participa Cartier, que la première tentative de colonisation eut lieu. Pour donner des gages à la Papauté ainsi qu’au roi d’Espagne inquiet des velléités coloniales françaises, l’évangélisation des Amérindiens fut revendiquée pour légitimer l’expédition.

 

Des relations détériorées entre les Iroquois et Jacques Cartier ne contribuèrent pas à faciliter cette première installation à Charlesbourg Royal.

 

La dureté dont fit preuve Roberval, la rigueur de l’hiver et le scorbut ainsi que les conflits fréquents avec les Iroquois signèrent l’échec de cette première tentative.

 

S’y ajoute le fait que Cartier avait cru découvrir de l’or et des diamants qui se révélèrent être de la pyrite de fer et du quartz[4].

 

Ces déceptions ainsi que le contexte des guerres civiles de religion conduisirent les rois de France à négliger un temps ces nouvelles terres dont ils revendiquaient la propriété.

 


[1] On comptait à l’époque près de 150 jours de jeûne religieux au cours desquels le poisson devait remplacer la viande.

[2] Les pêcheurs anglais ont longtemps privilégié les abords de l’Islande avant de venir rejoindre les zones de pêche nord-américaines.

[3] Il rejoignit malgré tout Hochelaga (Montréal) sans guide Indien et apprit l’existence des Grands Lacs, qu’il considéra être la mer entre le nouveau continent et l’Asie.

[4] d’où l’expression « faux comme un diamant du Canada »

Coureur des bois et Amérindien négociant une fourrure

Coureur des bois et Amérindien négociant une fourrure

La fourrure, diamant de la Nouvelle-France

 

La période qui s’ouvre jusqu’à la deuxième tentative de colonisation de peuplement à l’initiative de Samuel de Champlain  en 1608, va poser les jalons de la colonie de peuplement, en raison de l’intérêt économique de ces nouveaux territoires.

 

Mais ce sont les marchands eux-mêmes et non l’Etat qui, compte-tenu de leurs objectifs propres, jetèrent les bases d’une colonie française sur les rivages du Saint Laurent.

 

Durant la deuxième moitié du 16ème siècle en effet, les armateurs français continuèrent à financer des expéditions de pêche très lucratives tout en y adjoignant progressivement le commerce de la fourrure avec les tribus indiennes.

 

Vers 1580, la fourrure s’imposa comme un commerce à part entière grâce à une rentabilité incomparable : nécessitant moins de main d’œuvre, cette fourrure très abondante s’acquérait au prix d’un troc avec les intermédiaires indiens qui demeurait bon marché, au regard des prix de revente en France.

 

Plus que l’activité de la pêche nécessitant simplement une installation saisonnière, le commerce de la fourrure pouvait assurer un flux continu de marchandises via l’établissement de comptoirs de traite pérennes sur la terre ferme avec des représentants des compagnies installés à demeure.

 

C’est ce souci commercial qui guida les nouvelles tentatives d’installation, d’abord à Tadoussac en 1600, puis sur l’Ile de Sainte Croix (frontière du Nouveau Brunswick et Maine actuels), puis à Port-Royal (actuelle Nouvelle Ecosse qui deviendra la localisation principale de colonisation de l’Acadie).  

 

La recherche de points d’approvisionnement stratégiques pour le commerce avec les Amérindiens aussi bien que la nécessité de fuir la concurrence conduisirent à installer des postes toujours plus en profondeur dans les terres[1].

 

Malgré les échecs de ces premières installations et bien que les contingents de colons aient été par la suite durablement minuscules, le développement les bases d’une politique de peuplement furent posées.

 

[1] C’est ce qui guide le choix de Tadoussac puis la fondation de l’établissement de Québec en 1608 par Samuel de Champlain

carte de la Nouvelle France selon Samuel de Champlain

carte de la Nouvelle France selon Samuel de Champlain

Regain d’intérêt de l’Etat et concurrence économique ébauchent une logique de peuplement   

 

Des intérêts convergents entre l’Etat et l’initiative privée

 

La perspective de considérables profits mobilisa des marchands français au cours du 16ème siècle, au prix d’une concurrence parfois sauvage[1], pour le plus grand bénéfice des tribus amérindiennes.

 

Dans la même période, une concentration des capitaux nécessitée par les lourds investissements de départ s’opéra, transformant des entreprises individuelles  à l’association de marchands ou bien par l’intervention de financiers, parfois proches des cercles du pouvoir.

 

Une convergence d’intérêts entre les financeurs du commerce de la fourrure et le pouvoir royal se manifeste alors progressivement, donnant naissance à l’instauration de monopoles.

 

Les financiers recherchent des privilèges d’exploitation pour accroître leurs profits et promettent en échange de peupler la Nouvelle France.

 

Quant au pouvoir royal, son intérêt pour la colonisation américaine s’affirme au cours du 17ème siècle, aussi bien pour sécuriser le commerce contre les nations européennes ennemies que dans la perspective que la France se place dans la compétition coloniale qui se joue dans le Nouveau monde.

 

La première demande d’instauration d’un monopole émane de Jacques Noël qui demande en 1587, un monopole sur l’exploitation des mines et de la pelleterie. Henri III lui accorde ce monopole mais recule face à la pression des marchands de Saint-Malo et des Etats de Bretagne.

 


[1] En 1587, trois bateaux du Malouin Jacques Noël sont saisis par des rivaux commerciaux.

 

Carte de la Nouvelle France selon Nicolas de Fer, géographe du Roi (1708)

Carte de la Nouvelle France selon Nicolas de Fer, géographe du Roi (1708)

Des privilèges d’exploitation au monopole exclusif

 

La concurrence était alors vive pour décrocher ou maintenir des privilèges déjà accordés.

 

Ainsi, fort de ses appuis et intérêts financiers dans le commerce de la fourrure, le marquis de la Roche avait obtenu en 1578 le titre de Vice-roi des Terres neuves avec, à la clé des privilèges commerciaux.

 

En 1598, Henri IV renouvelle son privilège[1] tandis qu’il accorde également en 1599 à un marchand protestant normand du nom de Pierre de Chauvin, un privilège exclusif de la traite « au pays de Canada, côte de l’Acadie et autres de la Nouvelle France » tandis que Chauvin s’engage à « habiter le pays et à bâtir forteresse ».

 

En 1600 et suite aux protestations de la Roche, le privilège de Chauvin est maintenu mais réduit et en 1602, les protestations de ses concurrents de Rouen contraignent Chauvin à s’associer avec eux.

 

Soucieux de mettre de l’ordre afin de donner de meilleures bases à l’entreprise de colonisation, Henri IV tenta en vain de concilier les intérêts des Normands et des Malouins, ces derniers refusant d’intégrer une unique compagnie[2].

 

Dans les années qui suivirent, Aymar de Chaste puis du Gua de Monts succédèrent à Chauvin et gardèrent le monopole de la traite. C’est d’ailleurs dans ce contexte que Samuel de Champlain se rendit pour la première fois en Nouvelle France.

 

Le monopole de la traite est ensuite attribué à différentes compagnies pour échoir en 1627 à la Compagnie des « Cent associés » à l’instigation de Richelieu puis à la Compagnie des Habitants de la Nouvelle-France de 1645 à 1663, date à laquelle Louis XIV reprend en main directement la colonie[3].

 

S’il permet des profits importants, ce monopole mal contrôlé n’empêche pas la concurrence d’autres marchands français, anglais ou espagnols.

 

Il conduit à l’installation de comptoirs et à une exploration importante du territoire[4] mais demeure orienté vers le seul objectif d’exploitation de la fourrure.

 

En conséquence, le bilan du peuplement à la fin du règne des compagnies est pour le moins mitigé.

 

Ainsi et malgré les obligations renouvelées en la matière, la Nouvelle France ne comptait pas plus de 100 colons en 1627, 300 en 1645 (bien que la compagnie des « Cent Associés » se soit engagée à établir 4000 colons en 15 ans) et 3063 colons en 1663[5], dont 300 à 400 colons en Acadie.

A cette époque, les colons de Nouvelle France sont établis principalement à Québec et à Montréal sur l’axe du Saint-Laurent, celui-ci étant crucial pour le commerce des fourrures.

 

Québec fondée en 1608 par Champlain constitue le port de la colonie qui exporte et reçoit sans trop de difficultés le ravitaillement en provenance de la métropole. Elle rassemble alors les deux tiers de la population.

 

Fondée en 1642, Montréal est le centre de rassemblement de la richesse pelletière et doit compter sur les ressources du milieu pour son approvisionnement.

 

Toujours dans la vallée du Saint-Laurent, trois pôles secondaires, Tadoussac, Trois Rivières et Sorel s’apparentent plus à des comptoirs qu’à des agglomérations et dépendent de ce fait étroitement des deux villes.

 

En 1670, l’Acadie compte 440 habitants dont l’essentiel est installé à Port-Royal (363 personnes).

 

[1] Une tentative de colonisation éphémère s’ensuivra sur l’île de Sable au large de la Nouvelle Ecosse

[2] C’est en 1614 que la compagnie des Marchands de Rouen et de Saint-Malo (ou « compagnie de Champlain ») voit le jour à l’initiative de Champlain.

[3] Si la Compagnie des Indes occidentales françaises prend le relais de la compagnie des Habitants de 1664 à 1674, le pouvoir royal reprend en main la gestion des colonies à partir de cette époque, désormais sur la base d’une vision économique et politique claire.

[4] Au nord, le lac Saint Jean et la baie James sont explorés au milieu du 17ème siècle. Au sud, les Européens n’ont guère dépassé le lac Champlain et plus à l’Ouest, ils ont exploré la région des Grands Lacs. Dans la dernière moitié du 17ème toutefois, l’exploration se porte le long du Mississippi jusqu’à la Louisiane et une série de forts à vocation militaire et économique y sont établis au 18ème siècle jusqu’à la Nouvelle-Orléans qui est fondée en 1718.

  [5] On peut noter que le gain le plus significatif de population de la période correspond au moment où le sort de la colonie est confié directement à ses habitants.

Navire de commerce pris dans les glaces (Théodore de Bry)

Navire de commerce pris dans les glaces (Théodore de Bry)

Bilan démographique de la Nouvelle France

 

Sur l’ensemble de la période allant de 1630 à 1759[1], on considère aujourd’hui qu’environ 25 000 à 30 000 personnes séjournèrent en Nouvelle-France.

 

Sur ce total toutefois, seuls 10 000 d’entre eux s’installèrent et y firent souche, les autres ayant renoncé à l’issue de leur période d’engagement à demeurer en Nouvelle-France.

 

Les conditions de vie n’ont en effet rien à voir avec d’autres colonies comme les Antilles (Indes occidentales). A un climat rude s’ajoute la perspective d’installation au sein d’un vaste espace peu peuplé et dangereux, compte-tenu des attaques fréquentes des tribus amérindiennes alliées aux concurrents anglais.  

 

Bien que faible numériquement, la migration se développe en vagues successives plus ou moins importantes selon les périodes.

 

Avant 1632 l’émigration est négligeable et les apports de la compagnie des « Cent Associés »ne permirent pas d’assurer la survie de la colonie sur le plan démographique.

 

A partir de 1663 et sous l’impulsion des idées mercantilistes de Colbert, une véritable politique coloniale vit le jour.

 

Le développement économique des colonies sous la tutelle du Roi[2]  impliquait notamment une politique de peuplement et l’instauration d’une structure de gouvernement et d’un cadre juridique propres à encadrer ce développement.

 

Ainsi, on continua à faire venir des engagés, titulaires d’un contrat de trente-six mois au terme duquel, ils pouvaient rentrer ou bien s’installer grâce à l’attribution de terres.

 

La sécurisation de la colonie contre les attaques renouvelées des Iroquois puis des Anglais, nécessita l’envoi de troupes royales (régiment de Carignan-Salières, régiment de Montcalm) dont les soldats étaient encouragés à s’installer.

 

Afin d’assurer une croissance endogène de la colonie, tous les moyens furent mobilisés pour encourager la natalité (don d’argent pour les familles de plus de douze enfants, pécule accordé en cas de mariage), abaissement de l’âge au mariage.

 

Face à une population masculine en surnombre, les mariages avec des Amérindiennes furent encouragés et l’on fit venir les fameuses « filles du Roy » qui étaient, non pas des prostituées mais des veuves ou des filles ayant bénéficié d’argent pour s’installer (paiement du transport et/ou paiement des frais d’établissement et paiement d’une dot).

 

De 1663 à 1683, cette politique porte ses fruits puisque l’on estime que la population de la Nouvelle France atteint 10 000 personnes[3].

 

A partir de 1683 et jusqu’en 1759, s’ouvre une deuxième période d’immigration au cours de laquelle, les contingents essentiels proviennent des soldats des troupes de la marine et des troupes de terre.

 

Sur la fin de cette séquence et à partir de 1755, l’installation des troupes du régiment de Montcalm marque une deuxième période de pointe comparable à celle constatée de 1663 à 1683.

 

On estime que ces deux périodes ont contribué à la moitié de l’immigration totale en provenance de France.

 

S’ajoute à ces chiffres, l’installation d’une partie des  Acadiens dans la province de Québec (3500 personnes) en 1755, à la suite de leur déportation (ou "Grand Dérangement").

 

La population de la colonie doublant quant elle à chaque génération, l’apport des migrations s’est révélée décisive pour la pérennité d’une colonie française d’Amérique du nord, mais parcimonieuse sur la longue période.

 

A la veille du Traité de Paris de 1763, la Nouvelle-France comptait environ 70 000 habitants.

 

A la même date, la colonie anglaise d’Amérique du nord compte 1,6 millions d’habitants, résultat de l’envoi régulier d’un nombre incomparablement plus important de migrants en provenance des Iles Britanniques.

 

A cet égard, comme l’écrivit le démographe Alfred Sauvy[4] : « Si presque toute l’Amérique du Nord est de langue anglaise, si la langue et la culture anglo-saxonnes se répandent aujourd’hui dans le monde, ce n’est parce que Wolfe a battu Montcalm à Québec. C’est parce que pendant 150 ans, les bateaux anglais ont amené des milliers d’immigrants, tandis que les bateaux français n’en apportaient que quelques centaines. Le nombre devait fatalement l’emporter ».

 

 

 

[1] Date de la bataille des plaines d’Abraham et de la prise de Québec qui signe la fin de la domination française en Amérique du nord

[2] Il en résulte une approche paradoxale qui consiste à peupler les colonies sans dépeupler la mère patrie (la théorie de Jean Bodin « il n’y a ni richesses ni de force que d’hommes » demeure alors toujours prégnante) et à y encourager l’activité économique sans qu’il puisse s’y développer des produits propres à concurrencer la production métropolitaine. Paradoxe qui ne sera pas sans marquer le développement des colonies.

[3] Voir à cet égard la ressource  Statistiques du Canada

 

[4] Citation tirée de « La contribution du Haut-Poitou au peuplement de la Nouvelle France » de Robert Larin

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Published by F. Brillanceau - dans Vers les Amériques
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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 21:35
 

Le Nouveau Monde  (Terence Malick) 
 

 

 

 cartemaerindiens

 

Carte des peuples amérindiens vers 1600 du Nord est de l'Amérique (d'après une carte tirée de l'ouvrage "Histoire du Québec" publié sous la direction de Jean Hamelin)

 

Les Amérindiens avant l’arrivée des Français

 

Deux grandes familles linguistiques mais un nombre important de peuples

 

Au moment de l’arrivée des Européens, l’ensemble du territoire que couvrira la Nouvelle France (vallée du Saint-Laurent et Acadie) est habité par différentes nations amérindiennes rattachées linguistiquement aux langues algonquiennes (ou famille algique) et iroquoienne.

 

Cette ligne de partage linguistique correspond schématiquement à des modes de vie adaptés aux territoires occupés.

 

Les nations algonquiennes étaient plutôt nomades[1] et se composaient de clans, vivant chacun sur un territoire de chasse donné. Une même tribu se partageait un bassin hydrographique. L’ensemble de tribus ayant le même dialecte et les mêmes coutumes constituait une nation. 

 

La famille linguistique iroquoienne (Hurons, Iroquois, Neutres et Pétuns) rassemblait des nations sédentaires qui pratiquaient l’agriculture (maïs, haricots, courge) et chassaient de manière plus occasionnelle en fonction des saisons. Un clan regroupait plusieurs maisonnées, ces dernières rassemblant les descendants d’une aïeule commune. Plusieurs clans formaient une nation et plusieurs nations formaient une ligue[2] (ou confédération) présidée par un conseil de chefs ayant pour vocation à maintenir la paix entre ses différentes composantes et à coordonner les relations extérieures.

 

 

village-secotan-couleur.jpg 

 Village d'un peuple algonkien (Secotan) de Virginie (peint par John White vers 1590) -  

 

Un mode de vie et une organisation sociale particuliers

 

Etant par nécessité chasseurs et cueilleurs, les peuples algonkiens chassaient ou bien pêchaient en rivière ou sur les côtes selon les saisons. Ils habitaient des wigwams faits d’écorces de bois qu’ils montaient et démontaient, au gré des nécessités.

 

A l’inverse, la place prégnante de  l’agriculture imposa la sédentarité aux peuples iroquoiens. Ils habitaient de longues maisons au bord de leurs cultures et entouraient ces villages de palissades à des fins de protection. Ne connaissant pas les modes de fumure et d’enrichissement des terres, ils fondaient un nouveau village tous les dix ou quinze ans et exploitaient de nouvelles terres.

 

Tous avaient en commun une organisation socio-politique conciliant individualisme (développement et épanouissement personnel) et responsabilité à l’égard de la collectivité (chaque individu étant dédié à la survie du groupe).

 

Ainsi, les cultures amérindiennes de l’est de l’Amérique du nord reposaient sur la liberté et l’égalité entre individus combinées à un sens du devoir (situation qui ne laissait pas place au célibat) et à encadrement par des chefs désignés prenant des décisions par consensus en fonction de l’intérêt collectif.

 

Un chef montagnais à qui l’on avait proposé une transaction particulière plus avantageuse pour lui que pour les membres de son clan s’exclama « je suis un chef ; je ne parle pas en mon nom et je parle pour mon peuple ».

 

Le choix des chefs par la communauté se fondait aussi bien sur ses capacités particulières (habileté à la chasse etc.) que sur son éloquence et sur sa puissance de persuasion.

 

Il exerçait un magistère d’influence et une autorité mais ne pouvait pas toujours imposer sa volonté à ses partisans, sauf peut-être en temps de guerre où la survie du groupe était en jeu.

 

Il en résultait également que l’appartenance à un clan impliquait une certaine solidarité en tant de crise sans que les liens soient indéfectibles[3]. Un guerrier pouvait abandonner un combat s’il estimait que les circonstances l’y enjoignaient.

 

Contrairement aux relations sociales des Européens marquées par la hiérarchie et la sujétion, les Amérindiens pouvaient se moquer de leurs chefs et les tourner en ridicule sans que cela ne prête à conséquence. De la même manière, ce sens de l’égalité a pu faire dire à un sagamo (chef) qu’il était l’égal du grand sagamo des Français, au grand émoi de ces derniers.

 

Les Européens furent étonnés du caractère pacifique des relations interpersonnelles ainsi que de cette capacité à apaiser les conflits ou l’esprit de vengeance en cas de meurtre par exemple.

 

Dans ce dernier cas en particulier, des rituels basés sur le don permettent à la collectivité « d’essuyer le sang » comme le soulignent Nicolas Perrot dans son ouvrage Mémoire sur les moeurs, coustumes et religions des sauvages ainsi que Jean de Brébeuf dans le volume 10 de la Relation des Jésuites de 1636.

 

[1] Certains peuples algonquiens auraient pratiqué la culture sur brûlis selon Champlain (Neppissingues et Algonquins), tirant toutefois leurs ressources essentielles de la chasse et de la pêche.  Les Outaouais ont également pratiqué l’agriculture mais pour eux aussi la chasse constituait leur principal mode de subsistance. Ce fut également le cas des Abénaquis.

[2] La plus célèbre est la confédération iroquoise (réunissant les cinq nations suivantes d’Est en Ouest : Mohawks ou « Agniers », Oneidas ou « Onneiout », Onondagas ou « onontagués », Cayugas ou « Goyogouins » et Tsonnontouan ou « Senecas » en anglais). Les Hurons étaient également réunis dans une ligue réunissant les Attignawantans (« peuplade de l'Ours »), les Attigneenongnahacs (« peuplade de la Corde »), les Arendaronons (« peuplade du Rocher »), les Tahontaenrats (« peuplade du Daim ») et les Ataronchronons (« peuplade des Marais »). Enfin, la confédération abénaki réunissait les tribus Passamaquoddys, les Penobscots et peut-être les Pennacooks.

[3] Même au sein des confédérations de nations les plus solides, des divergences ponctuelles purent apparaître, comme en 1644 où les Français et certains groupes de Mohawks (Agniers) conclurent une trêve aux dépends de leurs alliés respectifs. 

 

 PontiacLouis XIV

 

 

 

 

Pontiac, Sagamo des Outaouais     Louis XIV, Sagamo des Français

 

 

 

Des échanges aux fonctions commerciales et sociales

 

Des échanges entre tribus se mirent en place bien avant l’arrivée des Européens, s’appuyant sur un réseau hydrographique favorable reliant la baie d’Hudson aux grands lacs et au Saint Laurent, ce dernier constituant en quelque sorte l’épine dorsale du réseau commercial[1].

 

Tadoussac, Québec, Trois Rivières et Montréal constituaient déjà des lieux d’échanges bien avant l’arrivée des Blancs.

 

Les lacs Saint Jean, plus à l’Ouest les rives des lacs formant le réservoir Gouin, le lac Nipissing étaient autant de lieux permettant d’envoyer vers le sud les fourrures de la baie d’Hudson contre le tabac et les produits cultivés dans la région des grands lacs[2].

 

Au sud du Saint Laurent, Miskou, Percé et Gaspé étaient des points de rassemblements avant de se rendre à Tadoussac.

 

La circulation entre territoires était très règlementée, induisant par là des négociations renouvelées entre tribus en vue d’échanges directs ou bien afin d’obtenir un droit de passage.

 

Le jésuite Paul Le Jeune note à cet égard qu’en matière de commerce « Celuy là est censé Maistre d’une traitte (trafic, commerce entre et avec les « sauvages » selon Furetière) qui en a fait le premier la découverte (…) Que si quelqu’un étoit si hardi que d’aller à une traitte, sans le congé (permission de faire quelque chose ou encore autorisation de naviguer (Furetière)) de celui qui en est le Maistre, il peut bien faire ses affaires en secret et à la desrobée, car s’il est surprise par le chemin, on ne luy fera pas meilleur traitement qu’à un larron ».

 

Un clan pouvait interdire à d’autres de naviguer sur les rivières et lacs de son territoire, les échanges inter-tribaux s’opérant alors via des intermédiaires, les Hurons échangeant des produits avec les Montagnais qui fournissaient à leur tour leurs voisins.

 

Chaque tribu pouvait aussi décider de renoncer à son rôle intermédiaire contre un droit de passage matérialisé par des présents. 

 

Ceci explique notamment pourquoi des peuples placés sur un point commercialement stratégique occupaient une place de choix[3] comme les Montagnais (occupant Tadoussac et Québec) ou bien les Algonquins dont le territoire était le point de passage le plus rapide entre le Saint-Laurent et les peuples des Grands Lacs (Hurons, Iroquois, Pétuns et Outaouais).

 

Cette situation pouvait conduire à des conflits ou à des renversements d’alliances comme à la fin du 16ème siècle, période à laquelle, la recherche de débouchés commerciaux pour les Hurons en direction du bas Saint-Laurent va conduire à une alliance avec les Algonquins, au détriment des Iroquois, après une guerre entre Hurons et Renards (ces derniers ayant été jugés trop exigeants en tant qu’intermédiaires).

 

Commençant à la belle saison, ces échanges dépassaient un objectif économique et commercial stricto-sensu. Les différentes tribus échangeaient certes des denrées nécessaires mais l’acte en lui-même se fondait sur la réciprocité[4]. « En plus de leur valeur économique, ces échanges comportent des aspects magiques, sociaux, religieux, politiques judiciaires et moraux. En d’autres mots, ils constituent un acte social total »[5].  

 

Ils prenaient donc une dimension sociale essentielle, à la fois diplomatique (maintenir des bonnes relations) et militaires. On ne procédait à des échanges qu’entre alliés[6] et le lien devait être rappelé épisodiquement.

 

Ainsi, les dons « … séchaient les larmes, apaisaient la colère, menaient des nations à la guerre, concluaient des traités de paix, délivraient des prisonniers, faisaient lever les morts (…) les traités une fois conclus ne se suffisaient pas à eux-mêmes, pour les maintenir en vigueur, il fallait les remémorer chaque fois que c’était possible par des échanges cérémoniels. Plus tard pendant les guerres coloniales, des distributions périodiques de cadeaux apparaitraient essentielles au maintien de ces alliances qui apparaîtraient si utiles aux puissances coloniales[7] ».

 

Les Européens et particulièrement les Français se couleront dans ce moule culturel dans la perspective de faire prospérer le commerce des fourrures, sans toutefois en saisir la complexité.

 

La marchandisation des échanges et leur intensification vont ainsi causer des bouleversements irrémédiables dans le mode de vie amérindien et dans les relations entre tribus.

 

[1] Dénommé par les Amérindiens « le chemin qui marche ».

[2] Les Hurons et les Iroquois échangeaient du maïs, du tabac et du fil tandis que les peuples du nord et de l’Atlantique produisaient du poisson et de la viande séchées et des fourrures d’orignal.

[3] Ces axes commerciaux stratégiques n’échapperont pas aux Français dans leurs alliances. La position de monopole des peuples bien placés  géographiquement donne peut-être une clé d’explication de la tentative vaine des Amérindiens de Québec (Stadaconé) de dissuader Jacques Cartier de rejoindre Montréal (Hochelaga), essayant d’éviter un lien commercial direct avec d’autres peuples iroquiens qui occupaient à l’époque cette autre plaque tournante du commerce.

[4] Ce sens de la réciprocité est le prolongement des relations sociales au sein même d’une tribu,

[5] Olive Patricia Dickason « Le mythe du sauvage »

[6] Certaines tribus échangeaient aussi entre elles des enfants afin de renforcer les alliances par des liens de sang.

[7] « Les premières nations du Canada » Olive Patricia Dickason (les éditions du septentrion)

   

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 01:57

Jean Philippe Rameau - Les Indes galantes (l'air des sauvages)

 J’ai tenté d’établir un récapitulatif des tribus amérindiennes installées en Nouvelle-France (Acadie, Haut et Bas-Saint Laurent) ou bien ayant développé un lien particulier avec le colonisateur français,  comme les Abénaquis.

 

Je précise les différents noms lorsque cela est possible bien que toute exhaustivité soit un peu illusoire en la matière.

 

En effet, on est confronté aux noms différents attribués aux tribus par les Français ou les Anglais qui différèrent bien souvent, selon qu'un voyageur avait rencontré un groupe de nomades à un endroit et un autre voyageur, dans un autre.

 

Par ailleurs s’il existe deux grandes familles linguistiques (Iroquoienne, Algonkienne), il eut nombre de dialectes qui furent comptés comme langues distinctes et donc parlées par des groupes différents.

 

Certains groupes décrits à l’époque n’existent plus ou bien sont englobés aujourd’hui dans des groupes ethniques plus larges.

 

A cet égard, les Etchemins du 17ème siècle semblent être unanimement rattachables aux Malécites, tandis que les Armouchiquois seraient des Abénakis de l’Est (Pentagouets en français et Penobscots en anglais).

localisation-micmac.jpg

Localisation des Micmacs et Malécites dont les Passamaquoddy

Les nations du levant : Micmacs, Malécites et Abénakis

 

Au moment de la colonisation, ces trois peuples de langue algonquienne occupaient les territoires suivants:

 

- Pour les Micmacs, la Nouvelle Ecosse et le Nouveau Brunswick actuel ainsi que la Gaspésie ;

- Pour les Malécites («Maliseet » pour les Anglais), la frange ouest du Nouveau Brunswick ainsi que la côte sud du Québec (régions de Chaudière-Appalache et du Bas Saint Laurent occupés par les Etchemins) et l’essentiel de l’Etat du Maine pour la tribu Passamaquoddy;

- Pour les Abénakis, l’ouest du Maine, le Vermont, le New Hampshire, le Massachussetts et le Connecticut.

 

Ces trois grands groupes connurent des guerres intestines avant de s’allier aux Français.

 

Cette alliance commerciale se doubla d’une alliance militaire puisant sa justification au regard de la menace anglaise pesant sur l'intégrité des territoires que ces tribus occupaient.

 

Cette pression s'exerça à deux égards.

 

D'abord sur le plan juridique et à partir du moment où les Anglais obtinrent l’Acadie en 1713 à l'occasion du Traité d'Utrecht[1], ils signifièrent aux tribus indiennes que leurs territoires avaient été cédés par le roi de France au roi d'Angleterre et qu'ils appartenaient désormais à ce dernier, pointant ainsi l'ambiguïté dont avait fait preuve les Français à leur égard[2].

 

Ils répondirent qu’ils n’étaient pas sujets du roi de France et qu’ils ne lui avaient jamais donné les terres dont il se prétendait souverain, estimant que seul l'usufruit des territoires revenait au Français. 

 

Ensuite et quoique très timide au départ, l'installation progressive de colons anglais en Acadie subséquemment au Traité d'Utrecht constitua une pression concrète sur les territoires Micmacs et Malécites, ces tribus expérimentant à leur tour ce que les Abénakis avaient commencé à subir dans le cadre de la colonisation de la Nouvelle Angleterre.

 

C’est peut-être une des raisons pour lesquelles les Malécites et surtout les Micmacs rejoignirent la confédération[3] Wabanaki (« peuples de l’aube » ou du "peuples du levant") à la fin du 17ème siècle qui allait prendre une part active dans les guerres coloniales franco-anglaises, abandonnant leurs guerres intestines.

 

Ainsi, si ces peuples se trouvèrent instrumentalisés par leurs alliés français dans leurs luttes territoriales (les déconvenues amérindiennes furent assez fréquentes à cet égard), leur résistance collective faisait écho à l'emprise grandissante de la colonisation britannique.

 

Au delà de l'aspect stratégique, les Amérindiens cohabitaient pacifiquement depuis plus d'un demi siècle avec environ 2000 des colons français sur un même territoire.

 

Lorsque l'essentiel du territoire passa sous la tutelle anglaise, les circonstances placèrent objectivement les deux populations dans le même camp.

 

Toutefois, l'alliance franco-indienne ne pouvaient être inconditionnelle.

 

Ainsi, ces trois nations surent aussi utiliser les rivalités impérialistes entre Français et Anglais pour prix de leur alliance (demandes plus importantes lors des distributions rituelles de cadeaux par les Français), ou bien dans le commerce (fixation des prix au plus offrant).

 


[1] Les contours géographiques des nouveaux territoires cédés par les Français étant flous (les Français estiment alors qu'il s'agit seulement de l'actuelle Nouvelle Ecosse péninsulaire), les rivalités franco-anglaises  vont se focaliser sur un conflit territorial en Acadie (le Nouveau Brunswick actuel) qui s'achèvera avec la disparition  de la présence française en Amérique du Nord.

[2] Les Français durent déployer des trésors de diplomatie pour renverser la situation en leur faveur. Bien qu'ils partageaient la même vision que les Anglais sur la souveraineté des territoires amérindiens d’Acadie, ils n’avaient jamais évoqué clairement la question, compte-tenu de leur dépendance militaire et commerciale à l’égard des tribus concernées. (ils répondirent qu’ils n’étaient pas sujets du Roi de France et qu’ils ne lui avaient jamais donné les terres dont il se prétendait souverain). 

[3] Il est probable qu’initialement, cette confédération regroupait les seuls peuples Abénaquis.

Micmacs[1] ou « Souriquois »

 

Les Micmacs occupaient l'ensemble du pays au sud et à l'est de l’embouchure du fleuve Saint-Laurent, qui comprend les provinces maritimes du Canada et la Gaspésie, les colons que l’on dénommerait plus tard «Acadiens » s’étant installés sur leurs territoires.

 

C’était un peuple de pêcheurs et à ce titre, d’excellents marins[2]. Leurs canots étaient aussi adaptés pour la pêche en mer. Ils puisaient par ailleurs leurs ressources de la chasse, qui demeurait toutefois subsidiaire.

 

Leur territoire étant très à l’est les premiers contacts qu’ils eurent avec les Européens sont très anciens et furent liés d’abord à l’industrie saisonnière de la pêche.

 

A mesure que le commerce de la fourrure se développa ils y participèrent activement avec les Français.

 

Compte-tenu de leur position géographique entre les chasseurs du nord et les agriculteurs du sud, ils jouèrent longtemps un rôle d’intermédiaires commerciaux.

 

Leur mode de vie nomade n’entrait pas en concurrence avec les Acadiens qui avaient développé une agriculture prospère en bordure de mer et à l’embouchure des fleuves côtiers grâce aux aboiteaux et occupaient des territoires ne présentant pas d’intérêt particulier pour les Micmacs.

 

Au demeurant, la faiblesse des effectifs de colons français permettait un partage de l’espace sans conflits. Cette alliance était renforcée par des mariages mixtes nombreux entre ces deux populations.

 

[1] Aussi appelés « Tarantines » signifiant « commerçants »

[2] Ils manœuvraient sans difficulté des navires anglais qu’ils avaient arraisonnés au préalable.

indien-acadien-copie-3.jpg

Homme acadien (gravure de J. Grasset de Saint Sauveur "Encyclopédie des voyages" - 1796)

Malécites[1] (Maliseet en anglais)

 

Les Malécites rassemblaient les Etchemins, les Passamaquoddy et les Etéminquois.

 

Bien qu’ayant une langue différente de celle des Micmacs, les Malécites avaient selon Pierre Antoine Simon Maillard, « les mêmes coutumes et manières (et) la même façon de penser et d’agir ».

 

Les deux peuples s’allièrent rapidement aux Français et la loyauté des alliés amérindiens fut renforcée par les conversions au catholicisme et  l’autorité morale exercée par les  missionnaires.

 

Lors des guerres qui se déroulèrent en Acadie sur les territoires dont la souveraineté était contestée, les Anglais accusèrent fréquemment les prêtres - non sans fondement - d’attiser les haines des Amérindiens à leur encontre.

 

Toutefois, les Malécites se tinrent plus à l’écart des conflits anglo-amérindiens que leurs alliés micmacs et abénaquis, refusant par exemple de se joindre au raid micmac contre Canso en 1720.

 

Abénaquis

 

Les Abénaquis se répartissaient entre deux groupes de tribus : de l’Est (Pentagouets, Pégouakis, Canibas, Arosagunticooks) et de l’Ouest (Loups,  Mohicans ou Mahicans en anglais), Penacook, Socoquis, Missisquois) la distinction venant d’une langue légèrement différente.

 

Les Abénaquis de l’Est pratiquaient l’agriculture, bien que moins intensivement que les Iroquois et les Hurons.

 

Les premiers contacts entre Abénaquis de l’Est et Français au début du 17ème siècle furent influencés par les conflits latents entre Abénaquis  et  Micmacs, ces derniers étant déjà alliés aux Français.

 

Ce fut notamment le cas en 1607, à l’occasion de la guerre menée par les Micmacs sous la conduite du Sagamo  Membertou contre ceux que les Français appelaient alors les « Armouchiquois » (rassemblés sous la tutelle du Sagamo Bessabes[2]).

 

Ainsi, les Abénaquis furent au début mal perçus par les Français, Champlain qui les a rencontrés les trouvaient voleurs.

 

En 1613 pourtant, ils assistèrent les Français assiégés par les Anglais dans leur établissement de Saint Sauveur en les aidant à s'échapper.

 

En 1629, ils envoyèrent un émissaire à Québec auprès de Champlain afin d’établir des liens et obtenir une aide contre les Iroquois. Champlain y vit quant à lui l’opportunité de se procurer auprès des Abénaquis l’approvisionnement alimentaire qui faisait défaut à la colonie.

 

La réactivation du conflit entre Français et Iroquois dans les années 1650 va conduire à l’alliance franco-abénaquise, d’abord avec les tribus de l’ouest puis, en 1670 et au moment de la reprise de possession de l’Acadie[3], avec les tribus de l’est, les plaçant du même coup aux côtés des Micmacs et des Malécites.

 

Cette alliance qui s’avérera la plus efficace et la plus durable entre Européens et Amérindiens procédait d’un intérêt partagé.

 

Plus que leurs voisins du nord, les Abénaquis de l’est subissaient l’expansion des colons anglais et le grignotage progressif de leurs territoires, tandis que leurs cousins de l’ouest étaient confrontés aux assauts des tribus de la confédération iroquoise[4].

 

De la même manière, les Français devaient contenir à la fois l’expansion des colonies anglaises vers l’Acadie et les menées iroquoises contre leurs alliés qui mettaient en péril le commerce des fourrures.

 

L’importance de l’engagement des Abénaquis aux côtés des Français et l’intensité du conflit avec les Anglais, conduisit nombre d’entre eux  à se réfugier en Nouvelle France, d’abord à l’issue de la guerre du roi Philip puis lors de la guerre anglo-indienne[5] (1720-1725), et, enfin, à l’occasion de la guerre du roi Georges guerre du roi Georges (1744-1748).

 

Ceux-ci trouvèrent refuge à Bécancour et Odanak sur la rivière Saint François au Québec, où ils demeurent établis actuellement.

 

[1] Se traduit par « ceux qui parlent mal » en langue micmaque ; les Malécites sont aussi appelés la « Nation du rat musqué » par les Micmacs car ils appréciaient particulièrement la chair de cet animal.

[2] L’avantage technologique des Micmacs du fait de leur alliance avec les Français conduisit à la défaite des Armouchiquois.

[3] Alliance consacrée par le mariage entre l’officier français Jean Vincent d’Abbadie de Saint Castin et Pidianske, la fille de Madokawando, sagamo des Pentagouets.

[4] Pour pouvoir commercer directement avec les Néerlandais, les Iroquois vont s'attaquer à leur partenaire commercial privilégié qu'étaient alors les Loups en 1624 (et dont le territoire faisait obstruction au commerce entre Iroquois et Néerlandais). les Loups sont rapidement défaits et les Iroquois entament une relation commerciale avec les Néerlandais et se procurent ainsi des armes qui leur permettront de dominer durablement leurs ennemis.

[5] Appelée également « Dummer’s war »  (du nom du gouverneur du Massachusetts) ou « Lovewell’s war » (capitaine britannique) ou encore « Rasle’s war » (Sébastien Rasles, prêtre français), cette guerre obligera au départ les Abénaquis des rivières Kennebec et Pentagouet (actuel Maine).

Indiens Montagnais

Indiens Montagnais

Innus (Montagnais-Naskapis)

 

De langue algonquienne, les Innus occupent le nord de la rive du Saint Laurent (Montagnais ou « peuple des montagnes » selon les premiers Européens) et l’ouest du Labrador et le nord-est du Québec actuels (dénommés « Naskapis »).

 

Les missionnaires, les traiteurs, les explorateurs, les anthropologues et les historiens ont donné plusieurs noms aux Innus selon les lieux et les périodes : Kakouchaks, Betsiamites, Chisedecs, Papinachois, Oumamioueks (Oumamiouais), Ouchestigouecks, Tadoussaciens, Chicoutimiens, Piekouagamiens, Chomonchouanistes, Nékoubanistes, Naskapis, Papinachois, Porc-épics etc.

 

Adaptés à la rudesse de leur environnement qui ne permettait pas la mise en valeur des terres agricoles, ils développèrent une économie nomade faite de chasse et de pêche, les Montagnais chassant l’Orignal en hiver et les poissons d’eau douce en été tandis que les Naskapis chassaient plutôt le caribou et s’appuyaient sur les ressources de la mer en été.

 

Les Montagnais furent les intermédiaires privilégiés entre les Cris et les premiers européens pour le commerce de la fourrure et eurent pendant longtemps une position commerciale stratégique de première importance[1].

 

En effet, Européens et Montagnais commercèrent pendant près d’un demi-siècle à Tadoussac qui constitua le premier véritable comptoir, sur un ancien point d’échange[2].

 

Cet axe de commerce nord-sud va perdre en importance au profit d’un axe est-ouest, à mesure que les Hurons s’imposent comme les pourvoyeurs essentiels de fourrures des Français.

 

Le commerce de la fourrure généra des conflits entre les différentes nations concernant les territoires de chasse.

 

A cet égard, les Montagnais furent à plusieurs reprises en conflit avec les Sokoki (Abénaquis de l'Ouest) ainsi qu'avec les Agniers (Mohawks).

 

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Localisation des tribus des grands Lacs

Les Hurons (Wendat)

 

Les Hurons (dénommés ainsi par les Français) avaient constitué une confédération de cinq peuples à l’instar de la confédération iroquoise, à la fin du 16ème siècle.

 

Au moment où ils entrèrent en contact avec les Français, on estime qu’ils rassemblaient environ 30000 personnes pour un territoire plus petit que celui des Iroquois (à la même époque les Iroquois rassemblaient environ 12000 personnes).

 

Les peuples de la confédération étaient les Attignawantans (« peuplade de l'Ours » considérée comme la nation la plus importante de la confédération), les Attigneenongnahacs (« peuplade de la Corde »), les Arendaronons (« peuplade de la Pierre » qui seront vraisemblablement les instigateurs du commerce avec les Européens), les Tahontaenrats (« peuplade du Cerf » qui seront les derniers à se joindre à la confédération) et les Ataronchronons (« peuplade des Marais »).

 

Peuple iroquoien, les Hurons occupaient un territoire étroit mais très fertile sur lequel, à l’instar des Iroquois, ils développèrent une agriculture importante.

 

C’est à partir de 1615 que l’alliance commerciale avec les Français se met en place. Jusqu’en 1649, une flotille en moyenne de 60 canots menée par 200 hommes descend régulièrement le Saint Laurent jusqu’à Québec pour y échanger les fourrures, l’aller et retour prenant environ 4 semaines.

 

Ce commerce oblige les Hurons à payer un droit de passage aux tribus dont les territoires se trouvent sur le trajet de traite et notamment les Algonquins (ou Kichesipirinis).

 

Cette alliance commerciale et militaire entre les Hurons, les Algonquins et les Montagnais avec les Français s'avéra au début très fructueuse sur le plan économique. Les fourrures en provenance du Nord et de l'Ouest étaient abondantes et d'excellente qualité.

 

A partir de 1632 pourtant, la pression militaire exercée par les Iroquois va conduire à la dispersion définitive des Hurons en 1649, mettant à mal le réseau commercial mis en place, d'autant que l'implication militaire des Français pour préserver la traite se fit tardivement.

guerrier iroquois scalpant

Guerrier iroquois scalpant un ennemi (Jacques Grasset de Saint Sauveur)

Plusieurs raisons expliquent la dispersion de la Huronie et la dislocation de ce réseau.

 

En premier lieu, cette voie commerciale constituait déjà un enjeu conflictuel entre les différentes nations dès le 16ème siècle avec un réseau d'alliances déjà établi (Montagnais, Hurons et Algonquins face aux Iroquois).

 

L'intervention des puissances européennes et le développement d'un commerce intensif aux côtés des Hurons et de leurs alliés raviva les conflits.

 

Dans le cadre de l'alimentation de leur propres réseaux commerciaux avec les Hollandais puis avec les Anglais, les Iroquois étaient particulièrement gênés par la situation stratégique occupée par les Hurons dans le l'approvisionnement de la fourrure vers le nord (baie d'Hudson) et vers l'Ouest, d'autant qu'ils avaient épuisé les réserves sur leurs propres territoires.

 

En second lieu, la question religieuse joua un rôle dans cette situation. Selon Champlain, le développement du commerce devait aller de pair avec l'installation de missions d'évangélisation. D'ailleurs, seules des tribus converties obtenaient les mêmes prix que les Français ainsi que des armes à feu en échange[3]. Pour les Hurons, cette pression conduit à des conversions qui restèrent malgré tout limitées (15% de la population convertie tandis que les convois sont constitué de près de la moitié de Hurons christianisés), empêchant ainsi un armement comparable à celui des Iroquois qui obtinrent des armes à feu en quantité des Hollandais puis des Anglais.

 

Par ailleurs, l'introduction du christianisme a induit des divergences avec les tribus ayant gardé leurs anciennes croyances, sur le plan des  cérémonies traditionnelles mais aussi au regard des alliances militaires.

 

Egalement, la menace iroquoise constante pesait sur la mise en culture des terres ce qui conduisit à des périodes de famines.

 

Enfin, les épidémies en provenance d'Europe eurent un impact désastreux sur les tribus huronnes, tant démographique que social (disparition de chefs et de guerriers à même de souder les alliances et de diriger les guerres).

 

En 1649, la confédération huronne disparut et les survivants de ces guerres se dispersèrent.

 

Certaines tribus furent intégrées aux nations iroquoises, celles-ci ayant - à l'instar d'autres peuples amérindiens -pour pratique de compenser leurs pertes humaines par la voie de l'adoption ou de l'esclavage.

 

Une partie des Tahontaenrats se réfugièrent auprès des Neutres (peuple iroquoien ayant choisi de ne pas intervenir dans les conflits entre Hurons et Iroquois) puis des Eriés et furent définitivement défaits par les Iroquois (Senecas) en 1651.

 

Environ 300 Hurons convertis rejoignirent Québec où ils demeurent installés aujourd'hui (Wendake).

 

Enfin, des tribus Attignawantans se réfugièrent chez les Pétuns (Tionontati) formant un nouveau peuple (Wyandot) et furent rejoints par les Outaouais.

 

Les attaques iroquoises les conduisirent à se réfugier à Green Bay (Wisconsin).

 

[1] A la suite d'un peuple iroquoien (probablement les Hurons) dont le départ de la vallée du Saint Laurent au cours du 16ème siècle ne s'explique pas, les Montagnais occupèrent notamment les deux rives du Saint Laurent au niveau de la ville de Québec qui était déjà un endroit commercial stratégique.

[2] Avant l’arrivée des Européens, Tadoussac constituait déjà un point de contacts et d’échanges entre les nations du sud et les nations du nord.

[3] Les Français eurent moins de scrupules à l'égard des nations indiennes de l'Est, fournissant ces dernières en armes à feu quelque soit la religion des tribus avec lesquelles ils commerçaient. Cette différence vient probablement du fait que le territoire acadien était directement menacé par les Anglais et nécessitait des alliés amérindiens bien armés.

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Chasse aux cerfs chez les Hurons

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Homme et femme Iroquois

Les Iroquois ("cinq Nations" ou encore "peuple de la maison longue")

                                                                          

Fondée au 15ème siècle, la ligue iroquoise était une association de nations iroquoiennes présidée par un conseil de 50 chefs ayant pour vocation à maintenir la paix entre ses différentes composantes et à coordonner les alliances.

 

Selon le système d'alliance amérindien toutefois, il ne s'agissait pas d'un alliance monolithique dans lequel chaque nation liait son sort avec les autres nations confédérées. Chacune poursuivait ses propres intérêts.

 

Par ailleurs, la société iroquoise fut traversée par les mêmes dilemmes liés aux contacts avec la culture européenne. Ainsi, l'intervention des missionnaires parmi les peuples iroquois conduisit à des conversions et, comme chez les Hurons, les relations entre les nouveaux convertis et leurs frères suscitèrent parfois des difficultés[1].

 

Les différentes nations étaient de l'Est à l'Ouest les suivantes :  Mohawks ou « peuple des étoiles » Agniers selon les colons français), Oneidas (ou Onneiout selon les Français), Onondagas (ou onontagués), Cayugas ou « peuple du grand marais » (Goyogouins en français) et Tsonnontouan (Senecas en anglais).

 

L'appellation de la "maison longue" reflétait l’habitation qu’ils occupaient mais également, elle est une métaphore de leur patrie comme une longue habitation géante à cinq foyers, un pour chaque nation. Comme ils occupaient l'extrémité occidentale de la longue maison, les Tsonnontouans étaient appelés les Portiers de la Confédération.

 

Chacune des nations iroquoises parlait une langue distincte, mais tous ces idiomes étaient étroitement apparentés, permettant ainsi une compréhension entre les membres des différentes nations.

 

Les Tuscaroras rejoignent les cinq Nations en 1722 pour former les six nations.

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Défaite des Iroquois et de leurs alliés face aux Français (par S. Champlain)

Les guerres qui mirent aux prises les tribus iroquoises et les Français ainsi que leurs alliés connurent plusieurs modalités.

 

Les Iroquois développèrent une politique de blocus sur l'axe de circulation des marchandises (blocage de la rivière Outaouais[2] en 1643) ainsi que des raids pour s'emparer des convois.

 

Forts des armes obtenues grâce à la compétition entre leurs alliés européens, ils s'attaquèrent aux Wenros en 1638 qui se réfugièrent chez les Hurons leurs alliés.

 

Dans les mêmes années, ils repoussèrent les Algonquins au nord de la rivière des Outaouais et les Montagnais vers le Bas Saint Laurent, tandis que les Français fondaient Montréal afin de raccourcir le trajet des fourrures.

 

En 1645, un premier traité de paix fut conclu entre les Français et les Iroquois. Ces derniers comptaient pouvoir négocier avec les Hurons des liens commerciaux.

 

En vain. La dispersion de la Huronie s'engagea alors directement puis se prolongea par deux conflits d'abord contre les Neutres qui avaient accueillis certaines tribus huronnes et contre les Eriés.

 

Dans les années 1680, la confédération iroquoise atteignit son apogée qui fut entamée par la deuxième guerre franco-iroquoise au cours de laquelle, les Français portent des coups sévères en territoire iroquois. Après 1701 et la paix conclue avec les Français[3], la ligue sut gérer habilement ses relations avec les Anglais et les Français.

 

Paradoxalement, les guerres iroquoises consolidèrent la cohésion des colons et de leurs alliés. Indirectement, la dispersion de la confédération huronne, permit aux Anglais de prendre pied commercialement dans la Baie d'Hudson tandis que les Français développèrent leurs propres réseaux et leurs territoires vers l'Ouest en Louisiane.

 

[1] Les traditionnalistes n'eurent de cesse d'expulser les missionnaires tandis qu'un nombre important d'Agniers convertis rejoignirent délibérément les missions de Sault Saint Louis et de Montréal

[2] La rivière des Outaouais constituait le seule chemin praticable étant donné que l'hostilité des Iroquois empêchait de prendre une vois plus rapide.

[3] Pour les Iroquois, il importe de mettre un terme à un conflit coûteux en hommes (entre 1688 et 1698, la moitié de leurs forces pourrait avoir péri) mais aussi de se préserver contre l'emprise que les Français ont développé sur le pays d'En Haut et sur ce que l'on appellera la Louisiane, grâce à de nouvelles alliances avec les Outaouais et les Miamis.

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Localisation des tribus Algonquines

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Indiens Algonquins selon Champlain

Les Algonquins ("Anishinaabeg" ou "vrais hommes")

 

Le nom d'Algonquin (ou "Algoumequin") fut attribué par Champlain aux peuples vivant sur un vaste territoire au nord des grands Lacs, soit la vallée de l’Outaouais, de Montréal jusqu’à l’île aux Allumettes (nommée «Isle des Algoumequins » par les Français).

 

Ce petit territoire insulaire leur permettait de maintenir le contrôle sur la rivière Outaouais ("Kichesipi ou la Grande Rivière") et de s'assurer des droits de péage sur la traite.

 

Culturellement et linguistiquement, ils étaient proches des Ottawas (Outaouais) et des Ojibwés (ou "Saulteux").

 

Samuel de Champlain a identifié six groupes d’Algonquins lors de ses voyages: les Weskarinis ("ceux de la Petite Nation), les Onontchataronons ("nation d’Iroquet"), les Kichesipirinis ("Algoumequins") dont la richesse provenait des droits de péages perçus, les Mataoueskarinis, les Kinouchipirinis et les Otaguottouemins.

 

Les Algonquins étaient des chasseurs cueilleurs semi nomades, nombre d'entre eux hivernant en Huronie. En dehors du poisson et de la viande, Ils récoltaient des baies et des plantes sauvages et pratiquaient un peu l’agriculture.

 

Alliés aux Hurons, ils furent impactés par les guerres menées par les Iroquois et durent quitter leurs territoires ancestraux. Ainsi, les Mataoueskarinis s'enfuirent jusqu’à la baie James entre 1647 et 1672 pendant le plus fort des guerres iroquoises.

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Carte des nations indiennes du Pays d'en Haut (Guillaume Delisle 1718)

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Carte des nations indiennes des Grands Lacs

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