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Aussi loin que je me souvienne...

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime les histoires.

 

Ce goût m’a conduit vers l’Histoire, grâce aux manuels de l’école primaire des années 60 qui nous entraînaient dans ces tentatives de reconstitution de la vie quotidienne des Gaulois et autres Vikings.

 

Les illustrations étaient sommaires et l’auteur concédait quelques incursions dans les biographies stéréotypées de ces héros qui ont fait la France : Vercingétorix, ce noble perdant, Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui remet son roi sur le trône ou bien ce jeune révolutionnaire de 15 ans qui sera assassiné par ces Vendéens obtus pour avoir clamé avec défi : « vive la République, à bas le Roi ».   

 

Vers l’âge de 14 ans, j’ai accompagné les premiers pas de ma mère dans la généalogie, à travers les registres paroissiaux de la petite mairie du village natal de bon nombre de ses ancêtres.

 

Je crois que j’aimais à la fois l’enquête poursuivie et le déchiffrage de ces actes d’état civil, me prenant sans doute un peu pour Champollion qui a trouvé les clés pour décrypter un monde lointain d’histoires quotidiennes.

 

Si loin et si proche, à l’instar de ce que nous racontent les graffitis de Pompéi.

 

Les actes notariés ont permis ensuite d’entrevoir un peu plus les personnes cachées derrière ces lignées et ces dates et m’ont amené à chasser les singularités au-delà des formules très classiques que l’on y trouve. Cette quête permet parfois de glaner quelques pépites comme cette lettre de Paris d’un orfèvre à sa femme aux fins de l’autoriser à prendre un bail et dans laquelle il se répand sur ses déboires judiciaires.

 

A partir de ces éléments épars, je trouve passionnant d’échafauder et d’ajuster des hypothèses à partir des éléments rassemblés et confrontés avec la grande histoire, dans un constant va-et-vient.

 

Dans ce travail, certains détails initialement négligés prennent un sens particulier tandis que d’autres n’ont pas le relief qu’ils promettaient au départ.

 

Ces très modestes assemblages permettent de donner un peu de chair à ces noms et d’esquisser certaines histoires singulières. C’est ce que je me propose de faire très modestement dans ce blog, tenter d’éclairer des fragments de vie de mes ancêtres, à la lumière de la grande histoire.

 

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3 novembre 2015 2 03 /11 /novembre /2015 14:55

"Red Army" par Soviet Suprême

 

L'épilogue de cette histoire singulière se déroule en janvier 1794 à Fontenay le Comte (Fontenay-le-Peuple à l'époque) et a pour toile de fond les guerres de Vendée.

 

Jean Liaigre[1], farinier de son état à Menomblet en Vendée, est guillotiné à l'âge de 37 ans "pour avoir été avec les brigands et porté les armes contre la République".

 

J'ai retrouvé aux archives départementales de la Vendée l'interrogatoire ainsi que la condamnation à mort prononcée notamment à son encontre par la Commission militaire de Fontenay, d'autres protagonistes de l'insurrection à Menomblet étant guillotinés le même jour ou bien les jours qui précèdent.

 

C'est le résultat de ce que l'on appellerait aujourd'hui d'un premier "coup de filet", mené à la faveur de la déroute de l'armée catholique et royale.

 

A la fin de l'année 1793 en effet, la rébellion s'essouffle. Elle connaît une défaite décisive à la bataille de Cholet, à laquelle succèdera le fiasco de la Virée de Galerne[2].

 

L'armée républicaine réinvestit le terrain de ce que l'on appelle la "Vendée militaire" et les effectifs de la Garde nationale se redéployent à nouveau dans les localités auparavant gérées par les insurgés.

 

L'heure est ainsi venue de rétablir l'ordre, de retrouver les rebelles ("les brigands" dans la terminologie révolutionnaire) et de les juger, tâche menée vraisemblablement à la faveur de règlements de comptes locaux.

 

A Menomblet, deux vagues d'arrestations sont menées.

 

Réalisée essentiellement par l'armée, la première vague a lieu à partir du 8 décembre 1793 jusqu'à la fin de l'année et concerne 25 personnes. La seconde est menée par la Garde nationale et s'étale de janvier à mai 1794.

 

47 personnes seront arrêtées. Certaines seront jugées et guillotinées. D'autres mourront en prison et une partie sera relâchée.

 

A partir de janvier 1794, les onze "colonnes infernales" de sinistre mémoire vont converger avec pour consigne d'enlever les récoltes et le cheptel, incendier les métairies bois et genêts et passer les brigands au fil de la baïonnette", signant la fin de l'insurrection vendéenne[3].

 

Voici livrés ci-dessous quelques éléments permettant, je l'espère, de comprendre un peu cette parenthèse insurrectionnelle qui a tant marqué la mémoire collective et a alimenté durablement un conflit des mémoires[4], des interprétations et des chiffres.

 

 

 

 

[1] Rien à voir avec un autre ancêtre protagoniste de ce blog, Jean Liège. La quasi homonymie est purement fortuite.

[2] Cette expédition outre Loire qui succède à la défaite de Cholet a concerné peut être 60000 personnes (soldats vieillards femmes et enfants). Elle a été conçue pour desserrer l'étau républicain, rejoindre la rébellion bretonne (les chouans) et rallier un port de l'Atlantique et d'éventuels secours anglais.

[3] Cette politique paranoïaque de la terre brûlée n'a pas été appliquée avec la même rigueur par les colonnes. Dans la plupart des cas toutefois, elle conduisit à une politique de pillage systématique accompagnée d'exactions nombreuses.

[4] Voir à cet égard, l'article intitulé "Le choc des mémoires" (dans l'ouvrage collectif sous la direction Jacques Hussenet "Détruisez la Vendée!" - éditions du centre vendéen de recherches historiques) qui retrace deux siècles de polémiques et d'affrontements de deux écoles de pensée ("deux églises" comme le suggère lui-même l'auteur).

Dans la tourmente de l'insurrection vendéenne (1)

Quelques éléments préalables concernant l'insurrection

 

L'insurrection vendéenne commence en mars 1793 et s'achève avec l'exécution du dernier chef militaire de Charette le 29 mars 1796.

 

D'autres insurrections auront lieu en 1799 et en 1815 mais l'essentiel du soulèvement s'est déroulé dans cette période de trois années.

 

Le facteur déclencheur de ce qui fut d'abord une révolte paysanne, c'est la mise en œuvre de la levée en masse de 300 000 hommes afin de parer à la dégradation de la situation militaire de la France révolutionnaire aux frontières.

 

C'est de mars 1793 jusqu'au début de 1794 que le soulèvement atteint sa plus grande intensité, les territoires concernés étant mal, voire pas du tout, maîtrisés ni par l'armée révolutionnaire ni par les soutiens locaux de la révolution ("les patriotes" dans la terminologie révolutionnaire).

 

La Vendée militaire concerne un espace qui s'étend sur une partie plus ou moins importante de quatre départements actuels: l'essentiel de la Vendée (sauf la plaine qui s'étend au sud du département), la Loire Atlantique et le Maine et Loire (les Mauges) avec le fleuve pour limite nord ainsi que les Deux-Sèvres à l'Est (la Gâtine au nord ouest du département).

 

Ce qui fait de l'insurrection un évènement à part dans l'histoire c'est d'abord le nombre de victimes de cette guerre civile considérée comme la plus meurtrière de notre histoire après les guerres de religion du 16ème siècle (à partir de 1562 jusqu'à l'Edit de Nantes de 1598).

 

Comme pour tout ce qui a trait aux guerres de Vendée, le total des victimes a été âprement disputé et instrumentalisé.

 

Aujourd'hui et sans que l'on puisse connaître évidemment le bilan exact[1], le nombre des "Vendéens", victimes directes (combats, massacres) et indirectes (épidémies) avoisinerait une moyenne de 170 000 personnes, tandis que le nombre de soldats des armées révolutionnaires (morts au combat ou à l'hôpital) serait compris entre 26 000 et 37 000 personnes.

 

Rapportée au territoire de la Vendée militaire, la chute de la population est de 22 à 23% en moyenne (mesurée en utilisant les deux repères de 1791 et 1800), c'est à dire sans tenir compte de très fortes disparités sur les communes d'un même canton.

 

En particulier, la perte de population comprise entre 30 et 44% concerne des territoires du Haut-Bocage et des Mauges et s'expliquerait par trois facteurs conjugués : un fort engagement dans l'insurrection, une participation à la Virée de Galerne et les massacres des colonnes infernales.

 

S'agissant de Menomblet la dépopulation entre 1791 et 1800 serait relativement dans la moyenne (de 1030 habitants à 800 habitants). Quant aux communes qui lui sont mitoyennes, la même moyenne est observable sauf pour la commune de Saint André sur Sèvre en Deux Sèvres qui se trouve dans la fourchette haute des pertes de population[2].

 

Le nombre d'habitants de la Vendée militaire (estimé à 755 000 personnes dans les années 1790-91) sera à nouveau atteint vers 1824 soit trente années après les évènements, avec toutefois, là encore, des disparités très importantes selon les localités.

 

La conscription constitue le facteur déclencheur

 

Décidé par le décret du 24 février 1793 et exécuté rapidement[3], l'enrôlement de 300 000 conscrits recrutés parmi les hommes célibataires ou veufs sans enfants de 18 à 40 ans ne se fit pas partout sans difficultés. La catégorie des candidats avait beau être restreinte, chaque famille de chaque commune était potentiellement concernée.

 

Même dans des contrées dont la ferveur révolutionnaire avait moins faibli, le nombre de volontaires n'était pas toujours suffisant et c'est le recours au tirage au sort de l'ancien Régime qui fut jugé indispensable par les autorités, d'où des remous ou des révoltes locales matées.

 

D'ailleurs à Poitiers, 500 à 600 jeunes gens attaquèrent le palais de justice pour y délivrer plusieurs de leurs camarades. De tels remous s'exprimèrent à Châtellerault, Fontenay le Comte où à Saintes, ville dans laquelle la municipalité fut "écrasée d'injures". Des révoltes plus sérieuses mobilisèrent une quinzaine de paroisses du sud de Poitiers et 3 cantons du sud de la Vienne[4] (Usson, Availles et l'Isle-Jourdain).

 

En règle générale, les mouvements de mauvaise humeur voire d'émeutes furent maîtrisés rapidement avec si nécessaire une répression sévère pour l'exemple. Les émeutiers furent arrêtés et jugés et certains furent guillotinés. Lorsque l'hostilité à la conscription était forte mais sans violence, les autorités locales différèrent les opérations afin de calmer les esprits.

 

Dans la zone de la future Vendée militaire, le retour au calme ne pu se produire.

 

Les troubles très sporadiques apparus dans le marais breton, les Mauges et le haut bocage firent tâche d'huile d'autant plus rapidement que les administrations locales furent incapables de maîtriser les émeutes.

 

En moins d'une semaine, ces mouvements convergèrent et partirent à l'assaut de nouvelles localités, se transformant en une véritable insurrection.

 

Les insurgés s'organisèrent très rapidement en "compagnies de paroisse" et réquisitionnèrent les officiers nobles pour les encadrer, entamant ce qui deviendra une guerre contre-révolutionnaire.

 

La guerre civile qui a résulté du refus de la conscription est révélatrice de fractures entre les insurgés et les révolutionnaires sur lesquelles il est nécessaire de s'attarder.

 

[1] Pour l'ensemble des chiffres cités ci après, voir l'article intitulé "Quel bilan?" de Jacques Hussenet dans l'ouvrage collectif précité ("Détruisez la Vendée!") dans lequel l'auteur  relève

[2] Pour Saint André sur Sèvre et malgré le caractère très incertain du chiffre de 402 habitants en 1800 (voir l'article précité), il semble à peu près établi toutefois que la population est passée de 947 habitants en 1790 à 492 en 1796.

 

[3] Le nombre requis par département (4000 hommes environ, soit pour chaque département du Poitou-Charentes et de la Vendée environ 1 à 1,3% de la population) a été ventilé par les directoires par district puis par commune et la population en a été informée entre le 3 et le 10 mars, soit en moins d'une semaine.

[4] Cf "La terreur et la guerre, Poitevins, Charentais, Vendéens de l'an II" (Jacques Peret).

Vision idéalisée de la levée en masse de 1793

Vision idéalisée de la levée en masse de 1793

L'insurrection est le symptôme de causes plus profondes ...

 

Plusieurs explications ont été mises en avant pour montrer pourquoi l'insurrection prend pied dans cette région particulière.

 

Si l'on compare les insurgés avec les populations de territoires mitoyens[1], on trouve des traits communs (même type d'économie, même intégration dans un tissu économique plus vaste) mais néanmoins quelques différences notamment sur le plan de l'organisation sociale et du rapport ville/campagne.

 

D'un côté, les sociétés rurales des plaines poitevines sont marquées par des inégalités sociales importantes dans lesquelles schématiquement, une minorité de gros laboureurs domine économiquement et culturellement une majorité de petits paysans et de journaliers et une faible catégorie intermédiaire composée de meuniers et de marchands.

 

Ces gros laboureurs qui ont partie liée avec la bourgeoisie éclairée des villes avant et pendant la Révolution, sont des propagateurs des idéaux des Lumières et de la geste révolutionnaire auprès des populations rurales.

 

 De l'autre côté, le Bocage et la Gâtine sont marqués par des sociétés rurales, qui, certes, comportent un groupe de métayers qui domine la société mais qui sont finalement plus homogènes socialement avec une catégorie intermédiaire (artisans, bordiers, tisserands etc) beaucoup plus importante.

 

Cette homogénéité sociale et culturelle se combine avec une relation plus distanciée avec les rares villes ou les peu nombreuses bourgades du territoire concerné, la relation étant avant une relation économique de sujétion.

 

Or, cette relation entre la société paysanne du gâtinais et du bocage et la bourgeoisie "citadine" va s'exacerber, d'abord à la faveur de la crise économique des années 1780 notamment dans le domaine textile, avec une relation entre les négociants des bourgs bocains et gâtinais et les tisserands tendue, du fait de la chute des commandes et de la baisse des prix d'achat.

 

Ainsi que le résuma le député du Morbihan Lequinio qui fut missionné par le Comité de salut public en 1794 pour enquêter sur les campagnes de l'Ouest: "les cultivateurs des campagnes de Vendée (...) séparés des citadins par leur ignorance autant que par leur position, par un langage si souvent corrompu qu'il paraissoit faire une langue totalement étrangère; séparés par des intérêts, lesquels sembloient ne les rapprocher aux jours de marché que pour se tromper réciproquement;  séparés par leur manière politique de se juger tous : les uns voyant toujours leurs sujets dans leurs fermiers, et ceux-ci leurs tyrans dans le propriétaire des fermes qu'ils cultivoient; enfin séparés par cette monstrueuse habitude du mépris d'un côté revanché de l'autre par une habitude de haine bien constante ...".

 

Ensuite un deuxième facteur de tension résulte de la place importante prise par la bourgeoisie révolutionnaire citadine dans l'achat de terres notamment dans le cadre de la vente des biens nationaux, concurrençant ainsi la communauté paysanne. 

 

La relation conflictuelle s'intègre dans une vision dans laquelle la ville et sa population représente cet extérieur d'où vient la révolution et ses réformes qui seront accueillies avec, au mieux, indifférence et mauvaise humeur.

 

Cette moindre intégration qui se manifesterait aussi avec le maintien d'une culture rurale traditionnelle empreinte d'une religiosité plus importante qu'ailleurs et moins perméable à l'expansion de la culture écrite, aura des conséquences dès les prémices de la révolution.

 

 

[1] Voir à cet égard, l'ouvrage de Jacques Péret précité et notamment l'article "Mars 1793 : le grand révélateur".

Jules Breton "Bénédiction des blés"

Jules Breton "Bénédiction des blés"

... Sans qu'une réconciliation avec la révolution soit possible

 

D'abord peu intégrées dans le processus révolutionnaire, les populations du futur territoire insurgé vont s'en écarter jusqu'au point de rupture.

 

Là encore, les comparaisons avec les populations de la plaine poitevine permettent de discerner les raisons de la rupture.

 

Dans la plaine poitevine, l'alliance entre les gros paysans et la bourgeoisie des villes va conduire à un consensus qui se manifestera dans les revendications (cahiers de doléances) ainsi que dans les premières élections, d'abord pour les Etats généraux puis dans les élections municipales et départementales résultant de la réorganisation administrative révolutionnaire.

 

Ainsi et si des mouvements parfois violents se manifestent face à des décisions comme la levée en masse par exemple, les exigences et les réformes de la Révolution sont intégrées par une paysannerie qui a été sensibilisée aux idéaux des Lumières.

 

Dans la future zone insurgée et dès les Etats généraux, les populations se retrouvèrent représentées par une bourgeoisie avec laquelle il existait de profonds antagonismes[1].

 

Cette absence de représentation résulte en partie d'une difficulté d'implication dans des élections aux enjeux très abstraits, dès lors que l'on se situe au-delà de la paroisse ou de la commune.

 

Très vite, les futurs insurgés seront dépassés par ce qui se joue dans la Révolution, ses lois et ses exigences.

 

Il s'opérera un divorce avec le pouvoir, alimenté par des désillusions et des rancœurs qui s'ajoutent les unes aux autres.

 

D'abord, se manifeste la désillusion fiscale face à la première attente de 1789 consistant à un allègement des impôts. Les privilèges disparaissent et l'égalité de tous devant les charges publiques est proclamée mais les impôts fonciers et mobiliers s'avèrent très lourds[2].

 

Les impôts sont difficilement levés dans le Bocage et les commissaires chargés d'établir les rôles fiscaux de l'impôt foncier se heurtent à une véritable grève fiscale dans certaines paroisses.

 

Mais c'est l'adoption de la constitution civile du clergé puis l'exigence du serment qui constituera un facteur déterminant dans le divorce entre le pouvoir révolutionnaire et les futurs insurgés.  

 

Cet évènement entraîne une cassure entre deux mondes et deux cultures. D'un côté, une population attachée à un monde que la Révolution bouleverse ou remanie à grands coups de réformes.

 

 

De l'autre, les serviteurs de cette révolution pour lesquels ces bouleversements sont des évidences et qui regardent avec incompréhension et mépris, ceux qui feront bientôt partie du camp d'en face.

 

Considérés par les patriotes comme des esprits simples téléguidés par leurs prêtres, ils entrèrent dans la rébellion après deux années de maturation de rancœurs, n'ayant d'autre choix que de se placer dans la contre-révolution.

 

 

[1] Lors des premières élections cantonales en 1790, 70% des grands électeurs du  bocage vendéen sont des bourgeois et 19% des paysans tandis que dans la plaine (sud Vendée) ce rapport est de 45% pour les bourgeois et 37% pour les laboureurs (dans l'ouvrage précité de Jacques Péret).

 

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Published by F. Brillanceau - dans guerres de vendée
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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 19:01

Après avoir retracé les origines de l'insurrection, je m'attarde ici sur l'insurrection à Menomblet. J'examine le contexte dans lequel l'action s'est déroulée et porte l'enquête sur les protagonistes.

 

Le propos est de braquer les projecteurs sur ceux de ses habitants qui furent arrêtés et/ou jugés et condamnés à mort, dont Jean Liaigre et d'autres ascendants de mon arbre généalogique.

 

A partir des rares informations dont je dispose, il s'agit en quelque sorte de cerner les motivations individuelles et les conséquences d'une série d'évènements qui ont dû se dérouler de la même manière dans tous les localités de la Vendée militaire.

 

Au début, les discussions sur la révolution et ses conséquences ont pu alimenter les veillées, les rancœurs y auront été ressassées. Puis la révolte éclata, les meneurs se révélèrent à l'échelle locale et mobilisèrent largement y compris les plus tièdes, les partisans de la révolution ("les patriotes" ou "patauds" pour les insurgés) ayant en général trouvé refuge dans la ville voisine dès le début de l'insurrection.

 

Le capitaine de paroisse et le conseil provisoire exigèrent de tous une implication, tant pour participer aux actions dans les différentes corps de l'Armée Catholique et Royale que pour la fourniture des denrées nécessaires pour faire face à cette mobilisation.

 

Avec la reprise en main du territoire par les révolutionnaires, les langues se délient et font tomber les plus impliqués ainsi probablement que tous ceux qui ont trempé, même de loin, dans l'insurrection.

 

En effet les différentes arrestations ne furent pas menées au hasard et s'appuyèrent sur des délations, intervenues peut-être pour minimiser le rôle du délateur, pour affirmer son allégeance à la révolution ou pour venger grandes et petites humiliations. Chacun choisit son camp et l'heure de vérité est venue qui laissera probablement des traces. Comme toute guerre civile, il y aura eu une dimension fratricide.

 

C'est muni d'informations glanées notamment aux archives départementales de Vendée et dans un ouvrage consacré à Menomblet, que je me propose d'analyser la question dans cet article.

limites approximatives de la Vendée militaire sur la carte de Crétineau-Joly (le point rouge correspond à la localisation de Menomblet entre Pouzauges au nord et Saint Pierre du Chemin au sud). Les deux autres localités entourées en orange sont Chantonnay à l'ouest et La Chataigneraie au sud.

limites approximatives de la Vendée militaire sur la carte de Crétineau-Joly (le point rouge correspond à la localisation de Menomblet entre Pouzauges au nord et Saint Pierre du Chemin au sud). Les deux autres localités entourées en orange sont Chantonnay à l'ouest et La Chataigneraie au sud.

Les limites géographiques de l'insurrection : les lieux

 

L'insurrection se déclenche au nord et à l'Ouest de la Vendée et va se répandre très vite comme une onde de choc.

 

Dès le 2 mars 1793, le soulèvement concerne une douzaine de communes au nord des Sables d'Olonne mais il est  contenu dans un premier temps par les gardes nationaux de Vendée.

 

Dans les jours qui suivent, des échauffourées apparaissent dans les Mauges et des attroupements pré-insurrectionnels s'y produisent ainsi que dans le pays de Retz et la Vendée du nord.

 

La première semaine d'insurrection massive se déroule du 11 au 17 mars  sur l'ensemble du territoire de la future Vendée militaire et entraîne la débandade des gardes nationaux et un mouvement de fuite des "patriotes" vers les bourgades et villes voisines.

 

Le mouvement atteint Chantonnay au sud-est le 15 mars (bourgade prise dans un premier temps puis reprise par les républicains) et continue sa lancée, plus loin à l'est, jusque dans le district de La Chataigneraie dont Menomblet fait partie.

 

A cet égard, un courrier 18 mars 1793 de l'inspecteur de la régie de Niort précise à ses supérieurs qu'il a déménagé le bureau de Bressuire pour Parthenay, en raison du fait que l'insurrection s'est propagée dans différents districts dont celui de La Chataigneraie "jusqu'à 6 lieues de Bressuire", soit 23 kms ce qui correspond à peu près à la limite de la Vendée[1] et inclurait en conséquence Menomblet.

 

Le 22 mars les insurgés sont repoussés de La Chataigneraie par la garde nationale mais le 29 mars l'administrateur du district explique au général de brigade commandant de l'armée de Vendée que "l'ennemi fait chaque jour de nouveaux progrès, hier soir il paru à Cheffois et aujourd'hui, ils se sont portés sur Mouilleron".

 

Si le 10 avril, le bourg de Cheffois est repris par les Républicains, ceux-ci ne maîtrisent plus le terrain dans ce district de l'Est vendéen qui constitue la limite de la rébellion, à part le bourg de La Chataigneraie qu'ils perdront le 13 mai 1793.

 

Début avril soit près d'un mois après le début du mouvement, la limite est de la rébellion se déplace dans le nord-ouest des Deux-Sèvres.

 

Cet attentisme du nord bocage s'explique peut-être par la répression qui avait suivie l'insurrection d'août 1792[2] mais aussi par le fait qu'échaudées par les évènements de l'année précédente, les autorités locales avaient temporisé dans un premier temps et repoussé les opérations de recrutement au début du mois d'avril 1793.

 

Les limites de la Vendée militaire sont donc posées au cours de ce mois d'avril et s'ouvre une période dans laquelle "le pays conquis" est géré par ses habitants et par l'armée vendéenne.

 

Ainsi, la bourgade de Menomblet est tenue par l'insurrection probablement dès le mois de mars 1793. Il est en revanche difficile de déterminer la date du reflux.

 

On sait que les premières arrestations qui y furent menées (21 personnes) eurent lieu le 8 décembre 1794.

 

Elles furent opérées par un détachement de l'armée cantonné à La Chataigneraie.

 

Les arrestations effectuées postérieurement (de fin décembre 1793 à mai 1794) sont faites par la garde nationale de la commune, sous la direction d'Henri Moreau (elles concernent 24 personnes), ce qui donne à penser que l'ordre républicain avait été rétabli à Menomblet dès la fin décembre.

 

Fin janvier 1794, les colonnes infernales ravagèrent ce territoire redevenu calme, notamment Saint Mesmin situé à 9 kms au nord de Menomblet.

 

On ne peut affirmer avec certitude que la commune fut épargnée. L'on sait toutefois qu'aux exactions des colonnes infernales a répondu un regain de vigueur de la rébellion.

 

En mai 1794, un document récapitulatif des forces armées sur le terrain dénombrant la garnison de La Chataigneraie (3000 hommes) observe ainsi que ce poste "n'est pas des plus forts attendu qu'il forme une pointe dans le pays insurgé et qu'on peut le tourner facilement ...". La Chataigneraie aurait été à nouveau un îlot républicain dans une zone redevenue trouble.

 

En tout état de cause et bien que l'ordre public semble avoir été rétabli au cours de l'année 1794 à Menomblet, les habitants de la commune ayant réchappé au conflit auront été dispersés ou bien alors leur défiance à l'égard des institutions aura été plus forte que jamais car il semble qu'il n'y a pas d'administré jusqu'en 1798.

 

En témoigne notamment l'état civil de Menomblet remarquablement vide aux cours de ces années : quelques actes pour l'an V commençant au 6 germinal (26 mars 1797) avec une déclaration portant sur 1794 et une reconstitution d'actes de 1792 à 1803 (seulement 19 actes).

 

Les actes auront été très probablement enregistrés dans les registres de prêtre dissidents mais ceux-ci ont disparus.

 

[1] Archives de la Vendée en ligne, Archives militaires de la guerre de Vendée conservées au Service historique de la Défense (Vincennes)

[2] Cette révolte qui rassemblera jusqu'à 6000 personnes venues d'une quarantaine de paroisses a pour origine un arrêté pris par le directoire des Deux-Sèvres qui prescrivait l'internement des prêtres réfractaires et des modalités d'enrôlement des gardes nationaux (enregistrement y compris des hommes qui ne se faisaient pas inscrire). Elle fait suite aux tensions particulièrement fortes connût ce territoire au moment de la mise en œuvre de la constitution civile du clergé. Initié à Moncoutant, l'alerte par le tocsin avait permis de mobiliser les Vendéens des communes limitrophes dont Saint Pierre du Chemin et Menomblet.

soldats vendéens et décret du 24 février 1793soldats vendéens et décret du 24 février 1793

soldats vendéens et décret du 24 février 1793

Organiser et défendre le pays conquis : quelques protagonistes locaux ...

 

Sur le plan militaire, la révolte populaire précède l'organisation autonome de l'insurrection puis il est fait recours à des chefs militaires en général issus de la noblesse non émigrée, moment qui constitue le point de bascule dans la contre-révolution.

 

Parallèlement et pour durer, le mouvement doit rapidement s'organiser sur l'ensemble du territoire afin que l'ordre public et le soutien à l'effort militaire soient assurés.

 

Spontanément et à l'instar de ce qu'ils ont fait pour leurs chefs militaires, les insurgés se choisissent en général des dirigeants locaux et s'organisent en conséquence.

 

Les solutions de la première heure sont en quelques sorte consacrées dans la réunion des représentants de 20 paroisses insurgées en conseil de guerre à l'Oie[1] qui se tient dans les premiers jours d'avril. Il y est adopté un règlement en 11 articles qui entérine entre autres, l'organisation militaire et met en place des conseils de paroisse élus par acclamation et dirigés par un président.

 

Ainsi dans chacune des 480 paroisses insurgées, le président organise et assure l'approvisionnement de la force armée tandis que le capitaine de paroisse appelle aux rassemblements les combattants et les entraîne dans la bataille.

 

Le conseil de paroisse sera remplacé par le Conseil provisoire dont les membres ne seront cette fois-ci plus élus mais nommés directement par le Conseil supérieur[2], autorité civile établie le 26 mai après la prise de Fontenay, qui aura tenté d'administrer un territoire qui s'était déjà en quelque sorte autogéré.

 

Menomblet a eu certainement un conseil de paroisse dont on ne connaît pas la composition. Par contre, les membres de son Conseil provisoire sont connus par un billet miraculeusement rescapé[3], dans lequel le conseil interdit à Crémois, métayer au village de La Foi, de livrer le blé à son propriétaire sans autorisation.

 

Les signataires du billet sont vraisemblablement François Cornuau[4], bordier de profession,  Jean Laroche[5] (ou Delaroche), un notable d'environ 48 ans au moment des faits et dont le fils Henry Jean Aimé a aussi participé activement à l'insurrection, Jacques Tallon[6], bordier de 36 ans et Dominique Audugé[7] (le dénommé Petit n'a pas été identifié).

 

Jacques Tallon est évoqué à travers un autre témoignage à charge qui laisse supposer qu'il a joué un rôle en tant que capitaine de paroisse, ou tout du moins comme gradé[8].

 

Dans le procès-verbal d'un interrogatoire du 22 nivôse an II, Jean Crémois déclare que Tallon "les a commandé pour aller à la prise de Parthenay" (qui eut lieu le 9 mai 1793 après que la ville eut été évacuée) et "qu'il faisait donner les vivres tant en pain qu'en viande pour le ravitaillement".

 

Ledit Crémois qui est probablement le même que celui s'étant vu imposé l'ordre du Conseil provisoire, se déclare être "un véritable patriote" et ajoute qu'il en "a vu de bien dur de la part de ces monstres".

 

Ils font tous partie de la première vague d'arrestations à Menomblet et ont été guillotinés après avoir été jugés, sauf Audugé qui sera arrêté plus tard.

 

La première condamnation à mort retrouvée[9] date du 12 nivôse an 2 et concerne François Cornuau bordier, âgé de 60 ans, Henry (Jean Aymé) Laroche fils, âgé de 19 ans et Jean Jaulin[10] âgé de 20 ans, de la commune de Menomblet. Le même arrêt de la Commission militaire de Fontenay condamne également Henry Hereau de 27 ans de la commune de Vouvant. 

 

Le vingt sept nivôse l'an 2 (16 janvier 1794), la Commission militaire de Fontenay condamne Jacques Tallon, âgé de 36 ans, bordier, Jean Boureau âgé de 27 ans, domestique, ainsi que Jean Liaigre.

 

L'arrêt précise que "Considérant qu'il est prouvé par un grand nombre de témoins que les accusés ont été avec les Brigands et qu'ils ont porté les armes contre la République et ont été piller voller des patriotes et qu'ils ont toujours été les premiers a exiter (sic) a aller aux batailles qu'ils ont monté la garde et par conséquence instigateurs, ils tombent dans les dispositions de la loi du 19 mars qui condamne à mort de tels gens".

 

Le même jour, un autre jugement condamne à mort Jacques Roy, 32 ans de Menomblet et Marie Baraton, 29 ans de La Tardière.

 

[1] Lieu stratégique au carrefour des rares grandes routes qui traversent la Vendée

[2] par règlement du 27 juillet 1793 du Conseil supérieur, les conseils provisoires sont créés et ont pour tâche de mettre en œuvre les décisions du Conseil supérieur et en particulier, supporter l'effort de guerre (recenser les hommes en état de combattre, arrêter les déserteurs et les suspects), aider les familles des blessés et des tués et tenir le registre des denrées fournies aux armées .

[3] Archives départementales de Vendée en ligne - réf. L1590. Le billet précise "Le conseil provisoire de Menomblet fait defance a Cremois metayer a la foy de lesser enlever la pard du blé de la recolte de cette année apartenant à monsieur Bujaud sans avoir un ordre de nous, a Menomblet ce 19 aoust 1793 lan I du raigne de louis 17". Signé Cornuau prézidant, Delaroche, Tallont, Petit, Auduger

[4] Né vers 1732, François Cornuau épouse Marie Martin le 14 septembre 1757 à Menomblet (fils de Pierre Cornuau et de Marie Joslain)

[5] Jean Delaroche épouse la demoiselle Marie Turpault le 17 janvier 1769 à Montournais. Il meurt en prison tandis que son fils Henry Jean Aimé (né le 7 aout 1774 à Menomblet) fut guillotiné.

[6] Il épouse Marie Giraud le 16 février 1789 à Menomblet. En février 1813, dans l'acte de mariage de son fils à Cerizay, il est pudiquement indiqué que Jacques Tallon est "absent", c'est à dire disparu au sens du code civil.

[7] Dominique Audugé marié à Marie Guilloteau en 1789 à Menomblet, sous l'autorité de son tuteur Jean Vrignault. Lors du mariage de sa fille en juillet 1813, l'acte de mariage indique que Dominique Audugé est décédé en mars 19 ans auparavant (ce qui fait mars 1794).

[8] le capitaine de paroisse de Menomblet aurait été François Merceron né le 15 juin 1759 d'après l'ouvrage de Joseph Poupin sur Menomblet "En passant par là ..." et pensionné en 1815 (mais je ne l'ai pas trouvé dans les pensionnés énumérés dans les archives de Vendée en ligne).

[9] Tous les actes qui suivent ont été trouvés aux archives départementales de Vendée, Commission militaire de Fontenay.

[10] né le 19 février 1774 à Menomblet de Jacques Jaulain de Rochetrejoux et de Jeanne Micheneau

combattant vendéen (dessin de J. Le Blant - archives departementales de Vendée)

combattant vendéen (dessin de J. Le Blant - archives departementales de Vendée)

... Dont des ancêtres et des collatéraux

 

J'ai découvert un premier ancêtre par hasard dans la liste des personnes jugées et guillotinées, puis quelques collatéraux ayant été arrêtés mais pour lesquels je n'ai pas eu plus de détails sur leur sort.

 

Le premier, Jean Liaigre, est arrêté à l'âge de 37 ans. Au moment de son arrestation, il est marié à Marie Pelletier et le couple a déjà trois enfants (Jean, Jeanne et Marie).

 

Il exerce alors la profession de farinier[1] comme l'exercèrent avant lui, son père (farinier au hameau du moulin bureau dans la paroisse de Montournais), son grand-père et son arrière grand-père ainsi d'ailleurs que des collatéraux de sa famille.

 

L'on constate une remarquable constance dans l'exercice de la meunerie qui a été vraisemblablement un moteur dans les alliances matrimoniales.

 

Ainsi dans la famille Liaigre, les fariniers marient aussi leurs filles avec les fils de leurs collègues, les moulins environnants finissant par être exploités par les membres d'un réseau familial élargi[2].

 

Il est donc issu d'une famille qui à la veille de la révolution, avait développé consciemment ou inconsciemment, une stratégie sociale de spécialisation peut-être en vue de s'imposer sur le marché local. L'émergence de la révolution aurait pu être ressentie comme une menace des positions acquises, tout du moins pour l'intéressé.

 

C'est en tout cas une des pistes, car Jean Liaigre ne pouvait être incorporé dans le cadre de la levée en masse en sa qualité de père de famille  (cf. l'article 1er du décret de la Convention nationale du 24 février 1793[3]), dans l'hypothèse où faute de volontaires un mode de désignation agréé par une majorité permettait d'atteindre le le quota fixé par l'administration du département pour chaque commune (cf. article 12 du même décret).

 

C'est donc délibérément qu'il choisit la voie de la rébellion.

 

Je ne suis pas à même de déterminer s'il a eu une fonction particulière dans l'armée du centre commandée par Royrand.

 

Il possédait un fusil comme en témoigne son interrogatoire (il considère avoir été arrêté pour ne pas avoir voulu rendre un fusil qui lui a été volé par un hussard) ce qui était particulièrement valorisé dans cette armée particulièrement démunie, au moins au tout début.

 

Egalement, un autre ancêtre direct, Pierre Tapon, de Saint Mesmin, fut déclaré mort "par effets de la guerre intérieure ainsi que l'affirmes (sic) les témoins" dans l'acte de mariage d'une de ses filles. Son neveu, René Jacques Point, fut déclaré à l'état civil de Saint Mesmin comme ayant été tué par la colonne infernale du Général Grignon, le 4 février 1794 (reconstitutions d'actes 1792-1800). Il avait 31 ans.

 

S'agissant des ancêtres de branches collatérales, je les ai trouvé dans la liste d'un livre concernant Menomblet ("En passant par là ..." de Joseph Poupin) et qui a été établie a partir du registre d'écrou de la prison de La Chataigneraie.

 

Il y a d'abord Pierre et Jacques Guimbretière qui furent arrêtés par la garde nationale de Menomblet dirigée par Henry Moreau en mars 1794, c'est à dire assez tardivement, ce qui en fait des participants potentiels à la Virée de Galerne (contrairement aux premières arrestations qui interviennent avant la fin de la Virée de Galerne).

 

L'oncle de Jacques Guimbretière, François Guimbretière est décédé "des effets de la guerre intérieure" et sa tante Françoise Rochard de Saint Marsault a été arrêtée le 8 décembre 1793 par la garde nationale à Menomblet mais serait cependant décédée plus tard dans cette même commune en  1800 (les indications sont celles portées sur l'acte de mariage de leur fils).

 

Ensuite, Jean Pallard fils de Jean Pallard et de Jacquette Texier du hameau de la Pardière qui a épousé le 26 juin 1781 à Menomblet Louise Albert. Les  actes de mariage de ses deux fils précisent qu'il est mort "pendant la guerre de la Vendée et n'ayant pu faire constater le décès". Il aurait été guillotiné à Fontenay.

 

Enfin, un autre Pallard, probablement de la même famille (il est du même hameau de la Pardière), a été fusillé par l'armée républicaine.

 

[1] le terme farinier est utilisé, soit comme synonyme de "meunier" (ce qui est le cas ici puisqu'au moment de son arrestation, Jean Liaigre  exploite le moulin Boursard qui est un moulin à eau), soit  pour désigner le marchand de farine qui achète la matière première au meunier pour la vendre au marché (c'est ce dernier sens qui est défini dans le dictionnaire d'Antoine Furetière).

 

[2] C'est le cas de la sœur de Jean Liaigre, qui se marie une première fois avec Jean Robin, farinier, puis se remarie à la mort de celui-ci avec un second farinier (Pierre Thibaut).  Dans la même génération, leur cousine Marie Liaigre est mariée à un Pierre Vrignaud qui exerce aussi la profession de meunier. C'est également le cas pour la génération précédente, au moins un oncle et une tante de Jean Liaigre étant désignés comme meuniers (Simon Liaigre et sa femme et Jeanne Liaigre et son mari).

 

[3] "Article 1er :  Tous les citoyens français, depuis l'âge de dix huit ans jusqu'à l'âge de quarante ans accomplis, non mariés ou veufs sans enfants, sont en état de réquisition permanente, jusqu'à l'époque du complément du recrutement effectif des trois cent mille hommes  de nouvelle levée décrété ci après."

Guernica (Pablo Picasso -1937)

Guernica (Pablo Picasso -1937)

Une solidarité combattante construite sur des liens familiaux

 

L'une des caractéristiques fortes de l'armée vendéenne repose sur l'existence de liens reliant les combattants d'une même compagnie, proximité familiale et de voisinage que l'on retrouve dans les différentes divisions des différents corps de l'armée royale de l'Ouest.

 

Si l'on prend l'exemple de nos Menomblais, il relevaient du deuxième corps de l'armée royale, de la division de Pouzauges et de la compagnie  correspondant à leur paroisse d'origine.

 

Composées de familiers, d'amis et de voisins, ces  compagnies de paroisse étaient mobilisées[1] pour des batailles d'ampleur ou opéraient ponctuellement dans des opérations de guérilla contre les colonnes républicaines, en exploitant au maximum la configuration bocagère du paysage et les faiblesses d'un ennemi encombré par sa logistique et ses tactiques inadaptées.

 

Outre qu'elle bénéficie d'une grande mobilité, elle tire avantage d'une grande cohésion parce que, comme le précise Alain Gérard[2],  ".... (dans cette armée) la paroisse continue d'y former une unité solidaire. Chacun rivalise d'émulation avec son voisin, son cousin, et en cas de blessure sait qu'ils ne l'abandonneront pas".

 

Une cohésion qui peut nuire à l'action si, comme cela se produisit à Montournais le 27 juin, les combattants de la paroisse incités par une minorité refusent de marcher sur Bressuire, ou bien les combattants de la paroisse de Treize-Vents qui par solidarité avec leurs deux meuniers emprisonnés par leurs officiers, exigent de Lescure qu'ils les enferment aussi[3] et refusent l'aller au combat.

 

Les listes de personnes arrêtées concernant Menomblet révèlent ces liens familiaux.

 

Ainsi, si l'on examine simplement le cercle des familiers de Jean Liaigre, son cousin germain Pierre Vrignaut fait partie des personnes arrêtées ainsi qu'un Jean Boureau qui pourrait être le frère de son beau-frère Mathurin Boureau, un certain Jacques Rouault arrêté aussi le 8 décembre, qui fut témoin au remariage de son épouse Marie Peltier[4] le 29 messidor an 6  avec un dénommé François Bodin qui avait été arrêté en mars 1794.

 

 

[1] Il ne s'agit pas d'une armée permanente mais de troupes mobilisées au son du tocsin ou grâce aux codes utilisés via les ailes des moulins à vent.

[2] voir "La Vendée 1789-1793", éditions Champ Vallon

[3] voir "La Vendée 1789-1793", p 179.

[4] Il est indiqué qu'elle la veuve d'un certain François Guiton

Portrait d'homme dit "le Vendéen" (T. Géricault)

Portrait d'homme dit "le Vendéen" (T. Géricault)

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Published by F. Brillanceau - dans guerres de vendée
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