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Aussi loin que je me souvienne...

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime les histoires.

 

Ce goût m’a conduit vers l’Histoire, grâce aux manuels de l’école primaire des années 60 qui nous entraînaient dans ces tentatives de reconstitution de la vie quotidienne des Gaulois et autres Vikings.

 

Les illustrations étaient sommaires et l’auteur concédait quelques incursions dans les biographies stéréotypées de ces héros qui ont fait la France : Vercingétorix, ce noble perdant, Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui remet son roi sur le trône ou bien ce jeune révolutionnaire de 15 ans qui sera assassiné par ces Vendéens obtus pour avoir clamé avec défi : « vive la République, à bas le Roi ».   

 

Vers l’âge de 14 ans, j’ai accompagné les premiers pas de ma mère dans la généalogie, à travers les registres paroissiaux de la petite mairie du village natal de bon nombre de ses ancêtres.

 

Je crois que j’aimais à la fois l’enquête poursuivie et le déchiffrage de ces actes d’état civil, me prenant sans doute un peu pour Champollion qui a trouvé les clés pour décrypter un monde lointain d’histoires quotidiennes.

 

Si loin et si proche, à l’instar de ce que nous racontent les graffitis de Pompéi.

 

Les actes notariés ont permis ensuite d’entrevoir un peu plus les personnes cachées derrière ces lignées et ces dates et m’ont amené à chasser les singularités au-delà des formules très classiques que l’on y trouve. Cette quête permet parfois de glaner quelques pépites comme cette lettre de Paris d’un orfèvre à sa femme aux fins de l’autoriser à prendre un bail et dans laquelle il se répand sur ses déboires judiciaires.

 

A partir de ces éléments épars, je trouve passionnant d’échafauder et d’ajuster des hypothèses à partir des éléments rassemblés et confrontés avec la grande histoire, dans un constant va-et-vient.

 

Dans ce travail, certains détails initialement négligés prennent un sens particulier tandis que d’autres n’ont pas le relief qu’ils promettaient au départ.

 

Ces très modestes assemblages permettent de donner un peu de chair à ces noms et d’esquisser certaines histoires singulières. C’est ce que je me propose de faire très modestement dans ce blog, tenter d’éclairer des fragments de vie de mes ancêtres, à la lumière de la grande histoire.

 

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12 juin 2010 6 12 /06 /juin /2010 00:19

 

"Il n'y  pas d'amour heureux" de Georges Brassens interprété par Nina Simone


J'avais écrit cet article pour clarifier la généalogie de ces deux familles de notables protestants d'Exoudun qui s'allièrent par le mariage de Jacques Fraigneau, sieur de Bourgougne (né vers 1639 et décédé le 5 juin 1710 à Exoudun) qui fut notaire royal et de Louise Fraigneau (Fraigneau branche de lhoumeau par son père et la famille Vatable par sa mère).

     

Mais ce travail étant toujours un chantier perpétuel, c'est en préparant un autre article que j'ai replongé dans cette généalogie et y ai trouvé des erreurs où des approximations.

     

Cette mise à jour est l'occasion de mettre un peu d'ordre dans l'article en question qui - s'il demeure un peu sec à digérer-, fournit tout du moins un matériau utile pour les personnes intéressées.  

     

Je me propose de commencer par la famille Fraigneau dont la généalogie, quoiqu'abondamment glosée n'est pas si simple qu'il n'y paraît.


   

Quelques repères familiaux concernant les familles Fraigneau et Vatable


Il s'agit là de deux familles protestantes du moyen Poitou fort impliquées dans leur communauté religieuse. Les Fraigneau figurèrent souvent parmi les anciens du consistoire tandis que les Vatable furent pasteurs.


Isaac et Jacques Fraigneau (vraisemblablement beaux-frères) sont cités dans la liste des persécutés par les dragonnades de Marillac en 1681 établie par Elie Benoist. Même s'ils décédèrent longtemps après les évènements, eux et leurs familles ont certainement endurer le logement des gens de guerre avec son cortège de moments parfois affreux.


Quelques mots enfin sur Exoudun. Ce fut l'une des places importantes du protestantisme local, avant et après la révocation de l'Edit de Nantes. En 1698, si la paroisse comptait 1400 habitants dont 1339 nouveaux convertis mais qui ne pratiquaient pas la religion catholique dans leur immense majorité[1], le village de Bagnault ayant été déploré être une "petite Genève", y compris au 18ème siècle[2].




[1] Voir commentaires d'Alfred Richard dans "Poésie de Jean Babu, curé de Soudan, sur les ruines des temples protestants de Champdenier, Exoudun, La Mothe Saint Héray ..." (1896)

[2] Référence d'une lettre de félicitations d'un ministre de Louis XV à L'intendant Blossac pour avoir empêcher les assemblées secrètes, en particulier au village de Bagnault (1751-1752 - Archives Nationales).

 

 

La famille Fraigneau

 

C’est une famille de notables d’Exoudun convertie au protestantisme depuis le 16èmesiècle.

 

A l’origine, sont identifiés deux frères, Jean et Léger (qui suit), tous deux notaires royaux à Exoudun en 1581.

 

Léger Fraigneau épousa Jacquette Nicodon. Ils eurent trois enfants :

 

Jean Fraigneau, notaire royal, marié à Marie Huet ;

 

Isaac Fraigneau (branche de Lhoumeau), chirurgien, épousa Marie Arouet (famille de Voltaire). Ils eurent au moins deux enfants (1) Louis Fraigneau, sieur de Lhoumeau et de la Pérouardière marié à Anne Vatable (voir ci-dessous) et (2) Catherine mariée d’abord à Louis Levesque puis à Jean Baugier ;

 

Abraham Fraigneau (branche de Bourgougne), notaire royal, marié une première fois à une demoiselle Marie Pouhet (décès avant 1624) puis une seconde fois en 1626 avec Louise Delamothe[1](fille de Jean Delamothe, pasteur d'Exoudun et d'Abigaïl Bouhier), avant de décéder peut après (décédé avant 1629).

 

Du premier mariage d'Abraham Fraigneau (branche de Bourgougne) naquirent quatre enfants :

 

Marie Fraigneau mariée à Jacques Ochier[2](contrat de mariage du 4 novembre 1624 chez Pierre Audeer)

 

Catherine Fraigneau mariée à Pierre Ochier (contrat de mariage: mêmes références)

 

Abraham Fraigneau, notaire à Lusignan, marié à Marie Cornier

 

Jacques Fraigneau, docteur en médecine, identifié plus précisément dans le cadre d'un procès en appel formulé avec son frère et ses deux sœurs[3], en tant qu'héritiers du défunt Abraham Fraigneau. Ce procès opposa initialement leur père Abraham assisté de Jean Pouhet son beau-frère et Catherine Chaigneau[4](femme de ce dernier) et le curé d'Exoudun pour le paiement de la dîme sur une pièce de pré que nos protestants refusaient de payer.

 

Déclenchée en 1625, l'affaire ne fut tranchée définitivement par un arrêt du 25 juin 1629 prononcé aux dépends des héritiers Fraigneau. La justice ne badinait pas impunément avec le paiement de la dîme, surtout si l'on était protestant.

 

A ce point là de l'histoire, ce Jacques Fraigneau est considéré habituellement comme celui qui a été marié avec sa cousine Suzanne Fraigneau sans plus d'explications (voir leur descendance ci-dessous). Ainsi, l'ouvrage de Beauchet-Filleau lie les deux personnes alors même que l'époux de Suzanne Fraigneau  n'est pas né au début du 17ème siècle mais vers 1639 et n'était donc pas en mesure de former appel à un procès en 1629.

 

Pourtant, le vrai mari de Suzanne Fraigneau est rattaché à la branche de Bourgougne. A ce stade deux hypothèses s'imposent : soit il est le fils d'Abraham Fraigneau soit celui de son frère Jacques sans que l'on puisse trancher pour l'instant en faveur de l'un ou l'autre des pères potentiels.



[1] Source : "Familles Protestantes au travers des actes - XVI et XVIIème siècles" de Marie Reine Sire

[2] même source que la précédente : contrat du 5 mai 1626 passé chez Pierre Audeer

[3] cité dans le "Recueil général des Edits, Arrêts et règlements notables" de  Jean Filleau, grand pourfendeur des droits des protestants en Poitou.

[4] contrat de mariage de Jean Pouhet et de Catherine Chaigneau du 11 juin 1606 (Source : "familles protestantes ..." voir ci-dessus

  

Adriaen Van Ostade - Portrait de famille

   Portrait de famille d'Adriaen Ostade (1657) - Musée du Louvre

 

Le couple Fraigneau Vatable 

 

Louis Fraigneau, sieur de Lhoumeau et de la Pérouardière (date de naissance inconnue/ décès avant 1675) épousa Anne Vatable qui naquit vers 1623[1]car elle mourut le 26 avril 1698 à Exoudun (79) à l’âge d’environ 75 ans. Les épousailles eurent lieu vers 1641, peut-être au temple de la Mothe-Saint-Héray étant donné que le culte avait été interdit à Exoudun par arrêt du 16 septembre 1634, le temple ayant été jugé trop proche de l'église (à noter que la destruction du temple n'intervint qu'en 1667 et suscita une émeute).

      

Ils eurent au moins 5 enfants à savoir:

      

Isaac Fraigneau[2] (vers 1643-1707), sieur de Boisloudun, qui épousa Louise Bonneau (1649-1703). Il compta parmi les anciens du consistoire car il fut délégué pour La Mothe Saint Heray au synode provincial de Melle tenu le 26 octobre 1678 ;

 

 

Isaac Fraigneau (1654-1719) marié avec Catherine Chabot le 17 juillet 1675 puis avant octobre 1693 avec Marie Palastre

      

Marie Fraigneau (1662-1709) mariée le 18 octobre 1693 à Exoudun avec Jean Guillauteau, chirurgien et qui vécu à Saint Sauvant (86)

      

Louis Fraigneau, sieur de Lhoumeau (1663-1699) marié avec Marie Levesque (fille de Louis et d'Elisabeth Chamois) le 21 septembre 1682. Tous deux sont nouveaux convertis au moment du mariage. Ils auront Louis, Louise, Suzanne et Marie

      

Renée Fraigneau mariée avec Daniel Sauzé (1663–1740), chirurgien, le contrat de mariage date du 22 février 1683  (chez Tastereau, notaire)

 

Suzanne Fraigneau (vers 1642?-après 1688[3]), mariée à Jacques Fraigneau (1639-1710), sieur de Bourgougne, fils de Jacques ou d'Abraham Fraigneau (voir ci-dessus). Ils se marièrent avant 1663 (date de naissance de leur fils Abraham).

  

Le couple de Jacques et Suzanne Fraigneau eut plusieurs enfants dont notamment :  

  

Abraham né en 1663, marié avec Marie Levesque, fille de  Léon Levesque et de Marie Aucher (contrat de mariage du 27 novembre 1685 passé chez Tastereau, notaire). Marie Levesque a dû naître vers 1665 car elle abjura la religion protestante en 1681 à l'âge de 16 ans;  

 Renée

 Suzanne

Louise Fraigneau née vers 1674. Elle mariée vers 1696 avec David Liège, procureur au présidial de Poitiers.

         


[1] Probablement à Coulonges sur l’Autize (79), lieu où officiait son père à l’époque.

[2] Informations tirées de « recherches sur la famille Levesque de Saint-Maixent et ses alliances » de Ernest Levesque (1907). Ce premier Isaac est toujours répertorié comme faisant partie de cette fratrie mais je n'ai pas trouvé d'éléments permettant d'affirmer que c'était le cas, contrairement à son frère Isaac le cadet qui suit. Je l’ai malgré tout répertorié. De son mariage avec Louise Bonneau sont issues (1) Marie qui épousera Charles Garnier, notaire et procureur fiscal à Couhé (veuve en 1714) (2) Catherine qui se mariera avec Benjamin Chameau des Ortioux (3) Louise Fraigneau qui épousa en novembre 1714 à Couhé, François Huet (4) à son décès assiste un de ses gendres le sieur Chabot don je n'ai pu déterminer l'épouse.

 

[3] date à laquelle elle signe comme marraine d'une de ses nièces)

 

 

La famille Vatable

 

A l’origine de cette famille, j’ai identifié Antoine Vatable[3], pasteur, qui avait épousé Catherine Malivoire.

 

Ils sont nés dans le dernier quart du 16ème siècle, ils arrivèrent en Poitou avant 1593, en provenance de Normandie.

 

 

 

refuge-a-douvres.jpg

 

(les protestants débarquant à Douvres)

 

Antoine Vatable a ainsi exercé comme pasteur à Luneray  (Seine Maritime) pendant les guerres de religion, avec au moins un séjour durant lequel lui et sa femme se réfugient en Angleterre. En effet, sa présence est attestée à Rye (Angleterre) pendant toute une période qui commence vraisemblablement dès 1587[4] et qui s’achève après l’année 1590[5].

 

Rien d’illogique à cela si l’on songe qu’en ces temps de guerre civile entre catholiques et protestants, l’Angleterre constituait un des refuges pour les protestants français.

 

En particulier, les protestants de Normandie ainsi que leurs pasteurs avaient pris l’habitude de se réfugier en Angleterre à Rye, lorsque les persécutions se produisaient sur le continent. Il existait d’ailleurs un lien tellement fort entre l’église de Dieppe et Rye que cet endroit était considéré comme une annexe de l’église normande.

 

Pendants les guerres de religion et dès 1562, il s’opère un afflux de réfugiés français qui s’installent provisoirement et exercent leur culte à Rye. Avec la paix d’Amboise qui marque la fin de la première guerre de religion (mars 1563), il y a reflux de la population française (on compte peu de décès étrangers entre 1564 et 1566).

 

La deuxième guerre de religion (septembre 1567 – mars 1568) et la troisième (septembre 1568 – août 1570) conduiront à de nouvelles migrations. En mars 1569, on compte 73 chefs de familles français dans cette localité anglaise.

 

   

 

     

 

 

La Saint Barthélémy (24 août 1572) va donner lieu à un afflux considérable de protestants français fuyant des persécutions qui ont très vite dépassé le seul cadre parisien pour s’étendre dans des régions où le protestantisme minoritaire s’est ancré en terre catholique comme la Normandie[6].

 

Une période d’accalmie qui se concluera d’ailleurs par l’Edit de Nantes (1598) va permettre un retour en France des protestants établis à Rye et notamment d’Antoine et de sa famille qui retournent en Normandie à Luneray.

 

Il officiera à Luneray jusqu'aux premières années de 1590, date de son départ probable pour le Poitou.

 

Au synode provincial du Haut Poitou et du bas Poitou tenu à Saint Maixent le 28 avril 1593, Vatable, pasteur à La Chaume d’Olonne (85), signe une lettre excusant l’absence de représentation de son église au synode (SHPF bulletin historique 1911 page 48). 

 

En 1596, à l’occasion du 14ème synode national tenu à Saumur, il fait demander par l’intermédiaire des députés du Poitou, le paiement des sommes dues par son ancienne église de Luneray (100 livres ce qui semble représenter une somme importante à l’époque).

 

Cette demande sera renouvelée lors du 17ème synode national tenu à Gap en 1603, puis au synode tenu à Gergeau puis, enfin, au synode national de Privas tenu en 1612. A l’occasion de ce dernier synode, il est demandé d’appliquer les décisions prises au synode de Gergeau.

 

Plus tardivement et en tout cas entre 1614 et 1620, il exercera son ministère à Puybelliard (85) qui est un faubourg de Chantonnay. Ce changement s’explique peut-être par un souci de se rapprocher de ses fils qui sont pasteurs à la même époque respectivement à Foussay et à Coulonges.

 

Les enfants du couple Vatable-Malivoire 

 

Antoine Vatable et Catherine Malivoire eurent au moins deux enfants qui peuvent leur être attribués avec certitude[7] :

 

-         Pierre Vatable naît en février 1588[8].

 

-         Jean Vatable (naissance vers 1590 – décès en 1646).

 

Tous deux ont été pasteurs comme leur père.

  Enfin, il reste à signaler qu'outre Déborah Vatable (note de bas de page 7), il est possible que ce couple ait eu un autre enfant.

Il s'agirait d’Isaac Vatable marié à Sara Marchand ce couple ayant eu trois enfants baptisés à Mareuil sur le Lay (registres protestants - bibliothèque de l’Arsenal à Paris et archives départementales de Vendée) à savoir : François (février 1624), Renée (novembre 1625), Isaac (août 1627).   

    


 

[3] Selon certaines sources, cette famille pourrait avoir un lien de parenté avec François Vatable, le célèbre hébraïsant traducteur des psaumes pour Clément Marot qui est devenu l’un des premiers professeurs au collège de France fondé par François 1er. La coïncidence entre l’un des membres du cercle de Meaux qui a pensé une nouvelle approche du catholicisme et une famille de protestants du même nom est troublante, mais ce nom est toutefois courant dans le nord de la France selon d’ailleurs différentes variantes ( Watteble, Wattebled , etc). Cette coïncidence serait flatteuse mais improuvable.          

 

[4] voir « histoire des églises du refuge en Angleterre » de V. de Schickler. Un colloque se tient à Rye auquel tous pasteurs participèrent, au nombre desquels figure Antoine Vatable.

 

[5] Voir « histoire de la réformation à Dieppe », le 26 janvier 1590, « messieurs Courtault et de Licques, ministres de Dieppe et M. de Vateblé, ministre de Luneray étaient encore à Rye ».

 

[6] Dès septembre 1572, 161 réfugiés se présentent à Rye. En novembre 1572, on compte 641 réfugiés (242 hommes, 167 femmes et 232 enfants majoritairement de Dieppe et de Rouen). Cet émigration posera d’ailleurs des difficultés de gestion à la petite municipalité anglaise qui essaie d’orienter les réfugiés dans des communes avoisinantes et refuse les personnes indigentes.

 

[7] Selon le Pasteur Rivierre, Debora Vatable serait une fille d’Antoine Vatable. C’est possible mais elle serait née alors tardivement, en tout cas trop jeune pour signer le contrat de mariage de son frère Jean établi en 1614.  Elle a épousé Jacques Arthuis (pasteur) sieur de Villesalalson. Celui-ci a étudié la théologie à Genève et dit « yssoldunensis » ce qui peut signifier qu’il est originaire d’Exoudun.

 

[8] Pierre Wateble est baptisé à l’église de Rye, il est le fils d’ « Anth. W. qui a été banni pour la parole de Dieu » et qui est l’un des prédicateurs de l’église de Rye.

 

Saint-Barthelemy-massacre-copie-1.jpg

  Massacre de la Saint Barthélemy

 

1) Pierre VATABLE est ministre du Saint Evangile à Foussay (85) au moment du mariage de son frère (dans le contrat de mariage, il représente ses parents qui n’ont pu assister au mariage). Il sera aussi pasteur à Nieul sur l’Autize (85).Il aurait épousé Marie Vernède.

 

Ils ont eu des enfants dont très certainement Paul Vatable, sieur de Buignon marié à Catherine Drauld[1] (tous deux sont religionnaires à Foussay entre 1636 et 1668) ainsi, peut-être, qu’Anne Vatable mariée à Louis Guillauteau de Launay (né en 1589 et décédé le 25 mars 1657 à Niort (registres protestants)).

 

Pour mémoire, le couple Vatable-Drault a eu plusieurs enfants enregistrés dans le registre protestant de Foussay[2] : Louis, baptisé le 21 septembre 1636, Marie (juillet 1639), Jacques (octobre 1644), Suzanne (mars 1647), Louise (octobre 1649), Paul (septembre 1651), Jean (mars 1654), Judith (novembre 1656), Pierre (mars 1660), Elie (aout 1662).

 

Catherine Drault a quitté le royaume de manière certaine dans les années 1680[3]. Il est possible que son mari ait été déjà décédé au moment du départ puisque l’administration qui gère les biens des exilés indique qu’elle est veuve du sieur Vatable en 1700 et qu’elle ne pouvait être informée d’un décès à l’étranger.

 

Ce qui est sûr c’est qu’au moins un de ses fils, Pierre, était dès 1683 réfugié à Dublin en Irlande avec sa femme Marie Brevet[4]. Un des enfants de ce couple est baptisé à Fontenay en mars 1681 (registres protestants).

 

Quant au couple Guilloteau-Vatable, le registre protestant de Foussay permet de recenser au moins Marie (baptisée en juin 1642), Anne (août 1643), Louis (février 1648), Jeanne (septembre 1652).

 

2) Jean VATABLE est né probablement peu après 1590 en Normandie dans l’église d’exercice de son père.

 

En 1612, il est recensé dans la liste des écoliers français inscrits à l’Académie de Genève. Il est mentionné un « Jean Vatable du Poitou »[5]. Compte tenu du caractère peu fréquent du nom et du fait que son père est pasteur en Poitou, il est très probable qu’il s’agisse de la même personne.

 

Jean VATABLE épouse Catherine LE ROY en 1614 (contrat de mariage[6] du 25 août 1614 signé chez ROBERT notaire à Fontenay Le Comte). Elle est la fille de Jacob LE ROY (décédé entre 1614 et 1618), Sr du Puy et de défunte Claude AGROUE.

 

Ses parents n’ayant pu assister à la conclusion du contrat de mariage de Jean, c’est Pierre son frère aîné qui les représente. 

 

Au moment de son mariage, Jean est « ministre du Saint Evangile » de Coulonges les Royaux (Coulonges sur l’Autize - 79). Il demeurera affecté à Coulonges, au moins jusqu’en 1626[7].

 

Jean Vatable et sa femme avaient deux filles en 1617 prénommées Jeanne et Judith.

 

En effet, dans le testament protestant de Renée GIRARD fait le 6 septembre 1617[8] et rédigé par Jean VATABLE « pasteur du Sainct Evengille de l’église réformée de Coullonges les royaux » dont elle a prié « d’escrire, le (mien) testament ».

 

Elle donne une somme d’argent à sa filleule, « Jehanne Vattablé cent francz … et advenant le trespas de ladicte Jehanne, je les donne à Judith, et advenant le décès des deux, que ma commère Catherine Roy, femme dudit Vatablé, luy soit pour propre … ».

 

Leur fille Anne est née plus tard, vers 1623.

 

 

 

Une branche Vatable de La Rochelle

 

Il existe également une autre branche VATABLE établie à la Rochelle dont un de ses membres s’établira au 18ème siècle en Guadeloupe.

 

Le premier des VATABLE recensé à La Rochelle (Samuel Vatable) est de la même génération qu’Antoine. Peut-être est-ce un frère ou un cousin qui a émigré également en Aunis.

 

En tout cas la parenté est probable puisque Samuel VATABLE est aussi pasteur à Nieul (17). Il épouse Rachel GUILLEAUDEAU en mars 1595 ou bien 1598. Il décède en 1601.

 

A noter qu’un Samuel VATABLES est cité[9] comme ayant acquis un diplôme de docteur à l’Université d’Oxford en 1590 et qui est désigné comme « Français pourvu de grades à Bâle ».

 

F. de Schickler précise qu’il est ensuite pasteur à Luneray en 1593 mais cette information n’est pas corroborée par les autres documents étudiés qui donnent à penser qu’il s’agit en réalité d’Antoine et non de Samuel.

 

Ce Samuel VATABLE pourrait être cependant celui qui est pasteur à Nieul et qui est évoqué ci-dessus.



[1] Comme elle a eu son dernier enfant en 1662 soit raisonnablement pas plus tard qu’à l’âge de 42 ou 43 ans, on peut raisonnablement supposé qu’elle est née en 1619 ou 1620.

[2] (voir archives numérisés de Vendée dans « actes des protestants »)

[3] Le pasteur Rivierre estime plausible la date de 1688 car les biens ont été saisis et il est noté que la « taille a tout consommé pour 1689 » ce qui indiquerait un départ récent.

[4] On trouve des références à Pierre Vatable et à Marie Brevet dans plusieurs publications (« Ireland’s huguenots and their refuge » R. Hylton, « Huguenot pedigrees » C.Lart et dans les publications de la Huguenot Society of London).

[5] Bibliothèque d’humanisme et de renaissance, travaux et documents (périodique), éditions Droz, Genève, 1949, page 224 dans liste des étudiants français inscrits à l’Académie de Genève aux 16ème et 17ème siècles.

[6] Archives de Vendée page 153 du microfilm. Une transaction sur le contrat de mariage aura lieu en 1618 entre la veuve de Jacob Le Roy et Jean Vatable (page 387 du microfilm)

[7] Les pasteurs du Poitou en 1620 et 1626 comptent trois VATABLE. Le père est indiqué comme étant « déchargé » de son office à Puybelliard (85) en 1620, Vatable dit « l’aîné », pasteur à Foussay (85) et « J. Vatable le puîné », est pasteur à Coulonges.

[8] Renée Girard est veuve de Louis Viault. Ce sont les beaux parents de Louis du Vergier qui appartient à la famille du Vergier de la Rochejacquelein. Le testament constitue une des pièces du chartrier de cette famille retrouvé en 1820 (voir « archives historiques du Poitou » 1926, vol. 44 pages 56 et 57).

[9] Voir « les églises du refuge en Angleterre » de F. de Schickler, note de bas de page (2), page 244, Tome 1.

 

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Published by histoiressingulieres.over-blog.com - dans Généalogies protestantes
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30 mai 2010 7 30 /05 /mai /2010 21:55

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(vue de Poitiers 1572)

 

Bref panorama des familles Liège de Poitiers au 17ème siècle 

 

Dans la deuxième moitié du 17ème siècle et outre mes ancêtres, il existait au moins sept familles Liège à Poitiers, dont certaines exerçaient des professions judiciaires.

 

Elles vivaient essentiellement dans quatre paroisses (saint Cybard, saint Didier, saint Germain et notre Dame la petite). Bien que des naissances ou d’autres évènements interviennent dans d’autres paroisses, on note une certaines stabilité, les professions judiciaires étant plutôt localisées à saint Cybard, à saint Didier où à saint Germain.

 

Il est possible qu’à l’origine, ces familles aient eu un ancêtre commun (au moins pour celles installées depuis longtemps à Poitiers) mais la question religieuse a dû séparer les trajectoires familiales dès la fin du siècle précédent[1].

 

Au demeurant, l’adhésion au protestantisme de certaines familles Liège permet de supposer un lien de parenté entre celles-ci, si l’on songe que les protestants de Poitiers étaient malgré tout minoritaires tout au long du siècle dans une capitale régionale très catholique.

 

Partant du principe selon lequel la foi protestante est ancrée dans une famille dès la fin du 16ème siècle et se perpétue jusqu’aux conversions forcées, j’ai identifié par défaut une famille Liège clairement catholique au milieu du 17ème siècle.

 

A la même période et s’agissant des protestants, il est impossible de les recenser par le biais de l’état civil car les registres de l’Eglise réformée ont disparu[2].  On sait seulement que selon Colbert de Croissy, il y aurait eu vers 1660 "six vingt familles de cette religion à Poitiers et environ cinq à six cent personnes" et que trois ministres ("de peu de mérite") y exerçaient au temple dit "des quatre piquets" situé à la cueille mirebalaise  (actuellement au 12 de la rue Rique-avoine). 

 

Ensuite, dans le dernier quart du 17ème siècle et en particulier à partir de 1682, il est difficile de dire ceux qui sont nés protestants et ceux qui ont toujours été catholiques et qui seraient originaires d’autres localités de la province.

 

Il existe toutefois des outils et notamment les abjurations mentionnées dans les registres paroissiaux, encore qu’elles ne soient pas forcément exhaustives étant donné que l’intendant Foucault a dû procéder à Poitiers en 1685 comme en Béarn à des abjurations collectives par délibération publique (les documents afférents n’ont toutefois pas été retrouvés).

 

Il est possible aussi de s’appuyer sur certains travaux, comme le « Livre d’or des protestants du Poitou persécutés pour la foi » œuvre impressionnante du pasteur Jean Rivierre qui synthétise aussi les renseignements sur les protestants poitevins partis clandestinement à l’étranger.

 

Les nouveaux convertis qui n’ont pas pu ou pas souhaité prendre la route de l’exil n’ont guère d’autres choix que de rentrer dans le rang afin d’éviter les persécutions des autorités provinciales, fidèles relais du pouvoir royal.

 

A mon sens, ils arborent un catholicisme de façade et c’est là qu’interviennent d’autres indices tels que les prénoms d’enfants qui, bien que baptisés après la révocation, ont été prénommés selon l’ancien testament.

 

J’y vois (peut être à tort) une forme de résistance passive et non pas une mode ou une tradition familiale puisée dans un protestantisme originel.

 

Une famille Liège catholique 

 

On compte d’abord une famille Liège clairement catholique (enfants baptisés ou mariages effectués par un prêtre au milieu du 17ème siècle).

 

Il s'agit de la famille issue du couple formé par Jean Liège conseiller du roi au présidial et Renée Razay qui ont eu au moins quatre enfants (André né en 1646 et marié avec Louise Noquier le 15 juin 1676 (saint Cybard), René né le 23 janvier 1648 et marié avec Renée Delauzon (paroisse de saint Saturnin le 9/02/1682), Pierre né le 6 juin 1649 et marié avec Catherine Bonneau, Marie-Anne née le 26 mars 1668 à saint Cybard).

 

Selon le dictionnaire des familles du Poitou (Beauchet-Filleau), ce Jean Liège serait le fils d'André Liège fermier de l'abbaye de Montierneuf. 

 

Les familles Liège protestantes 

 

Comme on l’a vu, il existe peu de renseignements concernant l’importance et l’étendue de la communauté protestante de Poitiers[3].

 

Au-delà de l’absence de registres, on peu concevoir que cette discrétion résulte d’abord du fait que cette communauté vit dans une ville majoritairement catholique qui est de surcroit le siège de l’évêché.

 

Elle peut s’expliquer aussi par le fait que cette communauté qui naît dès le séjour de Calvin à Poitiers en 1536 est, quoique moins importante qu’à Châtellerault ou à Lusignan, ancienne et donc probablement très insérée dans le tissu économique, social et professionnel de la ville. Ainsi, les protestants de Poitiers, quoique sujets de tensions de rivalités parfois entretenues par quelques exaltés catholiques, font peut-être un peu partie du paysage pour leurs collègues et voisins catholiques.

 

Ce relative anonymat au regard de documents d’archives va voler en éclats au fur et à mesure que s’intensifie la répression du pouvoir royal à l’encontre des réformés.

 

La politique de conversions forcées va nécessiter l’identification des protestants jusqu’à l’abjuration ou la fuite. Dans une deuxième étape, l’administration locale procède à une surveillance des nouveaux convertis.

 

Concernant les Liège, le « rolle des nouveaux convertis » établi en 1698 par l'intendant du Poitou Gilles-François Maupeou d'Ableiges sur la base des certificats des curés[4] donne une photographie même si ce document fait abstraction des familles Liège ayant fui le royaume à partir de 1681.

 

Etablie dans la perspective éventuelle d’établir des dragons chez ceux des convertis pouvant être suspectés de ne pas être des catholiques acharnés, cette liste vise les convertis de fraiche date qui ont attendu jusqu’au dernier moment pour se convertir contraints et forcés au cours des années 1684 et 1685.

 

Dans cette liste on identifie seulement la famille Liège qui fait partie de mon ascendance (la mère Madeleine Champion et ses enfants dont Liège « l’aisné » et son frère, le père, Jean Liège, procureur, étant décédé à cette date) ainsi qu’une famille apparentée (Marie Liège qui est la sœur de Jean Liège, son mari Pierre Beaupoil, procureur, et leur fille Anne).

 

A part ceux visés par le rôle des nouveaux convertis, on compte trois autres familles protestantes au nom de Liège mais avec lesquelles on ne peut établir des liens familiaux avec les précédents.

 

Ils sont repérables grâce à trois actes d’abjuration. Le premier concerne l’abjuration de Pierre (12 ans) et d’Alexandre (âgé de 7 à 8 ans) recueilli le 11 juin 1684 dans le registre de la paroisse de saint Didier et dont le père est désigné comme « messire Liège, marchand ».

 

La seconde concerne Isaac Liège qui abjure le 8 avril 1688 à l’âge de 17 ans et il est dit « fils de défunt messire David Liège et de Marthe Saury ».  S’agissant de ce dernier toutefois, le pasteur Rivierre estime qu’il pourrait s’agir d’une famille Liège originaire de Rochechouart[5].

 

La troisième avec laquelle existe un lien de parenté certain concerne  Marguerite Ingrand qui abjure à 45 ans avec sa fille Anne âgée de 15 ans à saint Cybard en date du 2 octobre 1685 et qui est « veufve de feu Jacques Liège », sieur de la Fontenille. Jean Liège le procureur signe l’acte d'abjuration. Il s'agit sans aucun doute de sa belle-soeur, car Jacques Liège est cité (en tant que sieur de Poizay) dans le contrat de mariage entre Pierre Beaupoil et Marie Liège en décembre 1664 comme étant le frère de la future épouse et Marguerite Ingrand signe l'acte notarié  aux côtés de celui qui est déjà son mari.

 

Enfin, il convient de signaler une famille Liège originaire du moyen Poitou, installée à Poitiers vers la fin du 17ème siècle qui descend de Philippe Liège (marchand) et de Madeleine Delacroix (de Lusignan) dont le mariage est répertorié dans le registre protestant de Saint Maixent en date du 11 février 1646.

 

Ce couple eut au moins deux fils. Philippe, baptisé le 1er mai 1661 (Lusignan) et Jacob baptisé à Lusignan le 2 janvier 1665.

 

Philippe Liège épouse Anne Garnier (fille de David et d'Anne Robin) le 7 avril 1687 à notre Dame la petite.

 

Les Liège qui sont vraisemblablement d’anciens protestants convertis

 

On recense enfin deux familles dont la première a possiblement des liens de parenté avec les ancêtres protestants, il s’agit de :

 

-         René Liège (notaire à la châtellenie de Vaux) marié à Jeanne Ragueneau (probablement vers 1680) et qui a eu plusieurs enfants dont François (procureur) né vers 1680 et marié avec Marguerite Orillard le 1-2- 1706 (paroisse de saint Michel), André qui est né vers 1685, Jeanne en 1687 et qui est marié avec Pierre Normand et Renée (mariée avec François Delabarre).

 

Certains indices convergents permettent de supposer que René Liège avait un lien de parenté avec Jean Liège. D’abord, Jeanne Ragueneau signe l’acte de mariage de David Liège avec Marie Olivier (premier mariage). Ensuite, son fils François est parrain du fils de David et de Louise Fraigneau[6] (second mariage de David). Enfin - mais cela reste à démontrer - André Liège, capitaine de la gabelle à Naintré dès 1720 qui est désigné comme étant le cousin de Jean François Liège au moment du mariage de ce dernier en 1734 pourrait être le fils René Liège et Jeanne Ragueneau (ils seraient ainsi cousins au deuxième degré).

 

-         René Liège, sieur des renaudières (marchand) et Marie Chazot qui ont trois enfants recensés, à savoir David né le 8 septembre 1687 (paroisse de saint Didier), François né le 21 janvier 1689 et Isaac né le 19 mai 1691 qui deviendra procureur et qui épousera Marie Florence Grolleau le 16 septembre 1715 (paroisse de saint Cybard). Le parrain de David est David Liège qui est très certainement le futur procureur (il avait alors 19 ans) mais la similarité entre les deux signatures faites à une année d’écart est délicate à établir et, au final, peu conclusive sur l’existence de liens de parenté[7]. Selon le pasteur Rivierre, René Liège serait protestant. Il aurait quitté le royaume laissant sa femme, tutrice de ses enfants, qui transige en 1703 (minutes Ligonnière, voir également Bauchet-Filleau tome VI p.138- 139).

 

 

CARTE CASSINI POITIERS2

[1] Deux Liège signent l’acte de discipline de la communauté protestante de Poitiers en 1607 : étaient-ils frères ou bien sans rapports familiaux ?

[2] Sur l’importance de la communauté protestante de Poitiers, voir la très intéressante étude de M. TULOT (« Essai pour une histoire de l’Eglise réformée de Poitiers au temps de l’Edit de Nantes ”, Cahiers du Centre de Généalogie Protestante, N° 69, Premier trimestre 2000, p. 32-47).

[3] Sur le nombre et l’origine sociale de l’Eglise protestante de Poitiers voir les développements dans l’article de M. TULOT précité. A la veille de la révocation, on l’estime à environ 1000 personnes pour une population d’à peu près 20 000 habitants. Socialement, les protestants de Poitiers sont issus de la bourgeoisie judiciaire et marchande aussi bien que du monde des artisans.

[4] AV/C54, bibliothèque municipale de Poitiers, papiers Guitton 870/1 et B. M. Poitiers, BP 272.

[5] Il relève que Marthe Saury qui demeure à Rochechouart a été dénoncée par le curé comme mauvaise catholique « et ayant du bien au-delà du nécessaire ». Son fils Isaac serait parti pour Genève où il exercerait la profession d’horloger, laissant ses biens  qui furent confisqués comme s’était la règle pour les protestants ayant fui le royaume.

[6] Ce qui pourrait apparaître comme un signe de confraternité plutôt que de parenté (après tout ils étaient tous les deux procureurs au Présidial de Poitiers) me semble aussi démenti par le fait que David Liège et sa femme ont choisi pour leur enfants des parrains et des marraines issu d’un cercle familial plutôt étroit (frères sœurs notamment) à quelques très rares exceptions. 

[7] La comparaison est faite entre la signature figurant sur l’acte de baptême et celle apparue pour l’abjuration du frère de David. Il n’en  reste pas moins que les prénoms d’Isaac et de David choisis par ce couple ne constituent pas vraiment un certificat de catholicité ….

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29 mai 2010 6 29 /05 /mai /2010 19:39

 

 

abjuration-liege.jpg

 

 (abjuration de Jean Liège faite le 20 août 1685 à Poitiers, paroisse de saint-Cybard)

 

« le 20ème jour d’août 1685, j’ai curé soussigné donné l’absolution d’hérésie de luter et calvin à maistre jean liège, cy devant procureur au siège présidial de cette ville de Poitiers, natif de cette paroisse et y demeurant aagé de quarante neuf ans et a déclaré avoir huit enfant, le premier Jean, agé de 22 ans absen du royaulme depuis 4 ans, Thomas aagé de 19 ans, page de l’embassadeur d’englettaire en France, Marie aagée de 18 ans, David age de 17 ans, Pierre aagé de 15 à 16 ans, Marguerite aagée de douse à treise ans, Gabriel aagé de huit ans et Magdellaine aagée de 5 à 6 et en présence de messire jacques amiet, prestre curé d’avanton et d’allexis morineau, procureur audit siège présidial et d’autres soubsignés » Outre le curé, signent Liège, Amiet, Morineau et Jeanne Bourbeau.

 

 

 

 

 Jean Liège, Madeleine Champion et leur descendance

 

 

Jean Liège est né vers 1636 (il est né dans la paroisse de saint Cybard à Poitiers) et il est décédé le 22 mai 1691 dans cette paroisse.

 

A partir des informations recueillies[1], on apprend qu’il est le fils de Thomas Liège, procureur (décédé entre janvier et avril 1652) et de Marie Choisnin qui décède après 1674.


Jean a  trois frères : Jacques qui était sieur de Poizay et a épousé Marguerite Ingrand (en réalité son demi-frère), René qui est très probablement  le mari de Jeanne Ragueneau et Philbert, sieur de Grandvaux  (marié en 1674 avec Marguerite Lecand).

 

On lui connaît également une sœur, Marie, qui a épousé Pierre Beaupoil, procureur, originaire de Chatellerault, ce couple ayant eu au moins deux filles : Marie et Anne[2].

 

Pour mémoire,Thomas Liège a eu pour frère Pierre Liège, avocat qui a rédigé des commentaires sur la coutume du Poitou et qui ont été publiés par son fils en 1695[3]. Pierre était marié avec Marguerite Delaporte avec laquelle il a eu un fils Etienne (marié avec Renée Lecand en août 1674). Pierre aurait eu aussi une fille Marie, veuve d’Etienne Escottière, qui décède le 6-1-1689 à Marigny Brizay après avoir abjuré[4].

 

Pierre et Thomas étaient les enfants de Jean Liège, procureur, et de Judith Pestre, décédée en 1627 (source : contrat du premier mariage de Thomas Liège avec Catherine Ingrand du 18 mai 1627 chez Douadic notaire - ADV E/4/27/79).

Madeleine Champion est née vers 1637 et décède le 19 octobre 1702 (également dans la paroisse de saint Cybard). On ne connaît pas son ascendance, probablement protestante car l’on sait qu’elle faisait partie des nouveaux convertis et n’a pas manifesté une grande assiduité dans sa nouvelle religion. Ainsi, dans le « rolle des nouveaux convertis » établi en 1698 par l'intendant du Poitou Gilles-François Maupeou d'Ableiges, il est précisé que « la veuve Liège procureur, chargée d'enfans, peu à son aise mal convertie. Elle a trois garçons qui font très bien leur devoir. », le fonctionnaire concluant malgré tout qu’elle « peut avoir un officier. »

 

Leurs enfants

 

Il existe certains éléments de biographie de chacun des enfants à l’exception de Thomas (dont je n’ai pas trouvé de trace ultérieure dans les registres de Poitiers) et de Pierre qui est décédé probablement peu après son abjuration. En effet, on trouve en marge de l’acte d’abjuration une formule lapidaire indiquant « Pierre est mort ».

 

1) Jean est né en 1663 probablement à Poitiers. Il avait quitté le royaume vers 1681 c'est-à-dire vers 18 ans, très probablement en Angleterre à Londres car un Jean Liège de Poitiers âgé de 19 ans présente un témoignage en décembre 1682  à Threadneedle Street où se trouvait l’un des temples des Huguenots réfugiés en Angleterre.

 

On peut imaginer que son départ à l’étranger s’est effectué avec des protestants poitevins fuyant la France, la destination de l’Angleterre étant privilégiée car plus facile à atteindre pour ces habitants des provinces du Poitou et de la Saintonge. Il est possible que son frère Thomas l’ait accompagné dans sa fuite car en 1685, Thomas est page de l’ambassadeur d’Angleterre en France, position plus qu’improbable normalement pour un fils de la petite bourgeoisie de province.

 

Jean reviendra probablement en France peu avant 1688, date à laquelle il abjure la religion protestante à Poitiers dans la paroisse saint Cybard[5].

 

Il deviendra procureur et se mariera  avec Marie Fleury le 22 janvier 1697 dans la paroisse de saint Didier qui était protestante et a abjuré à saint Didier en 1685. Elle est veuve de Pierre Ripault avec lequel elle a eu sept enfants.

 

Dans le "rolle des nouveaux convertis" précité, il est indiqué que « Le Sr. Liège le jeune, procureur, n'est pas fort riche. A épousé une veuve qui a six garçons et une fille.» Pour justifier le placement d’un soldat, il est indiqué que « Le mari et les enfans font assez bien leur devoir. La femme est fort obstinée. On peu leur donner un cavalier seulement. »

 

Il est étrange de constater que ce document surnomme Jean « le jeune » alors qu’il est en réalité l’aîné des enfants et que, dans le même document, David est surnommé « l’aisné » alors qu’il est son frère cadet. Je pense qu’à l’origine de cette confusion, le surnom « d’aîné » que David portera toute sa vie à partir d’une certaine époque ne lui pas été attribué en raison de sa place dans la fratrie mais pour le distinguer d’un autre David Liège plus jeune qui exercera aussi la profession de procureur à Poitiers (le David dont il est le parrain). Je suppose que le raisonnement du scribe a créé ensuite la confusion : puisqu’il y avait un Liège surnommé « l’aîné » alors son frère ne pouvait être que son cadet.

 

2) Marie Liège naquit en 1667. Une Marie Liège meurt le 19 octobre 1716 à saint Cybard à l’âge de 50 ans. Il est très probable que ce soit la fille de Jean et de Madeleine car la datation est cohérente. Si tel est le cas, elle ne s’est pas mariée et n’a donc pas eu de descendance.

 

3) David Liège est né en 1668. Il n’a que 17 ans au moment où il abjure le 3 octobre 1685 avec son frère Pierre, ce dernier mourant peu de temps après.

 

Il se marie une première fois en janvier 1692 avec Marie Olivier à saint Didier[6], celle-ci étant nouvelle convertie (acte d’abjuration de Marie et de Jeanne Olivier le 7 janvier 1686 à saint Didier alors qu’elles ont respectivement 15 et 14 ans).  

 

Ils auront un enfant, David, né le 31 décembre 1693 (registre de Saint Cybard, le parrain est Pierre Bernardeau[7] et la marraine, Jeanne Olivier) mais sa femme mourra peu après le 23 juin 1694 (paroisse de saint Germain) à l’âge de 24 ans.

 

Veuf, David Liège se remarie ensuite avec Louise Fraigneau le 16 mai 1696 (acte introuvable). Elle est née en 1674, probablement à Exoudun dont elle est originaire. Elle descend d’une lignée de protestants qui compte des pasteurs (son arrière grand-père Jean Vatable et le père de ce dernier, Antoine Vatable). Elle vient d’une région et d’une famille durement éprouvées par les dragonnades dès 1681. Une partie de sa famille s’est d’ailleurs réfugiée en Angleterre.

 

En 1698, le rôle des nouveaux convertis précise que « Liège l'aisné, procureur, fait fort bien son devoir aussy bien que sa femme. Mérite d'estre traitté comme un ancien catholique. »[8]

 

Il auront onze enfants, dans l’ordre : (1) Louise (29 mai 1697 – paroisse de saint Germain le parrain est Jacques Fraigneau sieur de bourgougne (son grand père) et la marraine, Gabrielle Bernardeau (femme de Louis Jardel)), (2) Jean (14 avril 1698 - paroisse de saint Didier - le parrain est Jean Liège procureur (oncle de l’enfant ?) et la marraine, Madeleine Denivenne) (3) Renée (27 août 1699 – saint Didier -  le parrain est Gabriel Liège, étudiant en théologie, oncle de l’enfant et la marraine, Renée Fraigneau, tante de l’enfant), (4) Françoise Suzanne (14 août 1700 – paroisse de saint Didier le parrain est Louis Jardel, avocat au présidial et la marraine, Jeanne Bourceau, femme de Pierre Beaupoil, le procureur remarié ou un autre?) (5) Jacques (20 janvier 1702 né de la veille à 4 heures du soir – paroisse de saint Cybard le parrain est Jacques Fraigneau (son oncle ?) et la marraine Marie Liège (tante de l’enfant ?) (6) Nicolas (8 février 1703 – paroisse de saint Cybard le parrain est Nicolas Avice, sieur de Lamothe, conseiller du roi et président en l’élection de Niort et la marraine Catherine Bobin) (7) Abraham (né le 23 et baptisé le 24 août 1704, - saint Cybard - parrain Jean et Louise frère et sœur de l’enfant)   (8) Pierre François (7 janvier 1706 – paroisse de saint Cybard le parrain est David Liège son demi-frère et la marraine, Marguerite Paillé) (9) (Jean François (22 mars 1707 – paroisse de saint Cybard le parrain François Liège, procureur et la marraine Marguerite Liège, tante de l’enfant) (10) Abraham Joseph (1er avril 1708 – paroisse de saint Cybard  le parrain Jean Liège et Louise Liège la marraine, frère et sœur de l’enfant) (11) Isaac (26 mars 1712, paroisse de saint Cybard, parrain David Liège et marraine, Marie Madeleine Liège).

 

David Liège mourra le 23 juin 1719 dans la paroisse de saint Cybard et sa femme, de retour à Exoudun probablement quelques années après le décès de son mari, décédera à son tour le 7 janvier 1745 (décédée du 5 janvier) à l’âge de 71 ans. Sur l’acte de décès de Louise Fraigneau figure la signature d’Isaac Liège, probablement son dernier enfant.

 

4) Pierre Liège né vers 1671 qui décède très rapidement après son abjuration.

 

5) Marguerite Liège est née vers 1673. Elle se marie avec Pierre Clemenceau, le 24 septembre 1695 dans la paroisse de saint Cybard. Il est « sieur de la guimbaudière » et il est originaire de la paroisse de Saint Laurent de la Salle (85) se trouvant alors dans le diocèse de La Rochelle. Ils se marient en présence de René Clémenceau, (sieur de Maisonneuve,  ayant épousé en septembre 1672 Louise Manevy), curateur de Pierre Clémenceau (qui devait avoir moins de 25 ans) et de Madeleine Champion, mère de l’épouse. Outre la famille proche, signent Pierre Beaupoil, le procureur ainsi qu’Anne Beaupoil, Gabrielle et Pierre Bernardeau. Pierre Clémenceau est aussi un nouveau converti. Selon le pasteur Rivierre, il a fui la France après son mariage, avec ou sans son épouse. Dans un acte du présidial de 1709, Marguerite Liège dira avoir été obligée de se marier avec lui contre sa volonté, à cause de sa fortune[9].Tout dépend des circonstances pour lesquelles elle fait sa déposition mais l’on ne peine pas à imaginer que Madeleine Champion vivant chichement, elle souhaitait marier ses filles rapidement avec des nouveaux convertis, à l’aise si possible, bien que nous pouvant les doter de manière significative.

 

6) Gabriel Liège est né vers 1675. Je ne lui ai pas découvert de postérité. Le peu de renseignements que l’on tient de lui est qu’il était « étudiant en théologie » en 1699 au moment du baptême de sa nièce dont il sera le parrain. Il décède le 20 juin 1710 dans la paroisse de saint Cybard, « aagé d’environ trante cinq ans, après avoir receu avec une vive foy les saints sacrements de pénitence et d’eucharistie ».

 

7) Madeleine Liège est née vers 1679, elle épousera René Fleuriau, maître d’armes, veuf de Marguerite Desvignes (avec laquelle il s'était marié le 26 février 1710 paroisse de Saint Savin)  le 24 février 1716 à Saint Cybard. Elle décède le 26 août 1738. René Fleuriau est peut être apparenté à la famille protestante de Châtellerault.

 


 

[1] Cf. « Livre d’or des protestants du Poitou persécutés pour la foi » pasteur Jean Rivierre mais aussi les contrats de mariage de sa soeur Marie avec Pierre Beaupoil (décembre 1664, ADV-E4-12/158) et de son frère Philbert avec Marguerite Lecand (19 mai 1674 - ADV E4-12/168).

[2]  Marie (vers 1667-1er Mars 1732 – Saint Savin à Poitiers) a épousé Claude Escottière sieur de la Mimaudière (ils sont semble-t-il cousins au deuxième degré car il est le petit fils de Pierre Liège, avocat) et Anne née vers 1670 qui épouse le 1er mars 1699 Paul Mousnier.

[3] « Commentaires sur la Coutume du Comté & païs de Poitou, anciens ressorts & enclaves d’iceluy , avec le Procez verbal de Messieurs les Commissaires de la reformation de la Coutume, & les sommaires, & un autre indice sur chacun titre, & la Table des titres ou rubriques, recueillis par M. Pierre Liege, Avocat en Parlement, & Doyen au Siège Presidial de Poitiers, revue & corrigée par des anciens Avocats dudit Presidial de Poitiers, in 4. à Poitiers, chez Jean Courtois 1695 »

[4] Extrait de l’acte de décès : « « étant icy à un (bien ?) de campaigne qu’elle a, ayant été cy-devant de la religion prétendument réformée et moi-même ayant reçu son abjuration et m’ayant esté attesté par plusieurs personnes qu’ayant été à l’extrémité elle m’avait demandé et étant morte d’une mort un peu prompte et précipitée et moi-même ayant (…) j’ai ouï sa confession (…) sur quoi je l’ay enterré en terre saincte, étaient présents Claude Ecottière procureur son fils et Jacques Escottière aussy fils ».

[5]   Il abjure le 21 avril 1688 à Saint Cybard.

 

[6] Nombreuses sont les signatures qui permettent d’envisager des liens au moins amicaux. En dehors de la mère de David et de ses frère et sœurs Marie et Marguerite et Gabriel et de Marie Olivier et de sa sœur, signent Beaupoil, Denivenne (deux fois), Bernardeau (deux fois dont une Gabrielle), Escottières (Claude le procureur qui est vraisemblablement son cousin au deuxième degré), Jeanne Ragueneau (voir ci-dessus), Françoise et Madeleine Mitault, Marie Bobin, Marie Fortin, Marie Picquault et M. Leray.

[7] Un Gabriel Bernardeau marchand qui abjure la religion protestante le 20 octobre 1685 à l’âge de 50 ans à saint Didier pourrait être le père de Gabrielle et de Pierre. Ce Gabriel est d’ailleurs parrain de Marie Bobin baptisée en novembre 1685 à saint Didier qui est la fille de Gédéon (« de présent de la RPR ») et de Françoise Liège « aussi de la RPR ».

[8] On mesure toute l’ironie involontaire du propos précisant qu’il fait fort bien son devoir  (de catholique) « aussy bien que sa femme », si l’on songe que sa femme était, elle-même, une nouvelle convertie … sauf si la précision a pour objectif de dire que sa femme fait aussi bien son devoir de catholique …

[9] AV /SAO/inventaire présidial du 17 mars 1709

 

 

 

 

 

 

 

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