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Aussi loin que je me souvienne...

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime les histoires.

 

Ce goût m’a conduit vers l’Histoire, grâce aux manuels de l’école primaire des années 60 qui nous entraînaient dans ces tentatives de reconstitution de la vie quotidienne des Gaulois et autres Vikings.

 

Les illustrations étaient sommaires et l’auteur concédait quelques incursions dans les biographies stéréotypées de ces héros qui ont fait la France : Vercingétorix, ce noble perdant, Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui remet son roi sur le trône ou bien ce jeune révolutionnaire de 15 ans qui sera assassiné par ces Vendéens obtus pour avoir clamé avec défi : « vive la République, à bas le Roi ».   

 

Vers l’âge de 14 ans, j’ai accompagné les premiers pas de ma mère dans la généalogie, à travers les registres paroissiaux de la petite mairie du village natal de bon nombre de ses ancêtres.

 

Je crois que j’aimais à la fois l’enquête poursuivie et le déchiffrage de ces actes d’état civil, me prenant sans doute un peu pour Champollion qui a trouvé les clés pour décrypter un monde lointain d’histoires quotidiennes.

 

Si loin et si proche, à l’instar de ce que nous racontent les graffitis de Pompéi.

 

Les actes notariés ont permis ensuite d’entrevoir un peu plus les personnes cachées derrière ces lignées et ces dates et m’ont amené à chasser les singularités au-delà des formules très classiques que l’on y trouve. Cette quête permet parfois de glaner quelques pépites comme cette lettre de Paris d’un orfèvre à sa femme aux fins de l’autoriser à prendre un bail et dans laquelle il se répand sur ses déboires judiciaires.

 

A partir de ces éléments épars, je trouve passionnant d’échafauder et d’ajuster des hypothèses à partir des éléments rassemblés et confrontés avec la grande histoire, dans un constant va-et-vient.

 

Dans ce travail, certains détails initialement négligés prennent un sens particulier tandis que d’autres n’ont pas le relief qu’ils promettaient au départ.

 

Ces très modestes assemblages permettent de donner un peu de chair à ces noms et d’esquisser certaines histoires singulières. C’est ce que je me propose de faire très modestement dans ce blog, tenter d’éclairer des fragments de vie de mes ancêtres, à la lumière de la grande histoire.

 

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7 octobre 2012 7 07 /10 /octobre /2012 22:22

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poitiers-1699-copie-1-copie-3.jpg

 

 

Dans le cadre de mes recherches, les journaux écrits par des particuliers se sont révélés être des sources utiles d'information, soit qu'ils évoquent des personnes identifiées, soit qu'ils développent des faits ou fournissent des observations utiles pour comprendre le temps dans lequel ils s'inscrivent.

 

Par delà le quotidien et l'accumulation d'évènements consignés, ces journaux permettent de cerner le regard porté par leurs auteurs sur la société dans laquelle ils vécurent.

 

Il s'agit là de regards, certes, singuliers et subjectifs mais qui peuvent toutefois donner par extension, une certaine idée de la vision que portaient leur pairs sur telle ou telle question.

   

C'est dans la perspective d'approcher la communauté réformée de Poitiers du 17ème siècle, qu'il m'a paru intéressant de confronter trois points de vue.

 

D'abord c'est le point de vue développé par John Lauder, étudiant écossais protestant qui séjourna en France pendant quinze mois entre 1665 et 1666 et dont une bonne partie du séjour se déroula à Poitiers chez M. et Mme Daillé.

 

Bien que la période soit courte, son journal de voyage[1] présente un double intérêt car il présente le regard extérieur d'un jeune étranger de 19 ans sur ses contemporains, tout en permettant d'avoir un aperçu de la bonne société protestante poitevine dans laquelle il évolua.

 

Si en matière de religion, John Lauder se montra bien plus intrigué par les catholiques (qu'il n'avait probablement pas eu l'occasion de côtoyer souvent dans son Ecosse natale), son journal relève aussi quelques caractéristiques religieuses de la communauté réformée de Poitiers et donne à entre apercevoir la place des protestants dans une ville essentiellement catholique.

 

Ensuite, le point de vue délivré par le journal d'Antoine Denesde, marchand ferron à Poitiers puis par sa femme Marie Barré est très différent[2].

 

Contrairement au carnet de voyage de John Lauder, le journal de Denesde initié[3] en 1628 et repris à sa mort en 1658 par sa femme (complété jusqu'en 1687) est chronologique et constitue une vision de l'intérieur de bourgeois fervents catholiques.

 

Si le journal marque un intérêt porté essentiellement sur les grands événements du royaume, de la cité ou les évènements privés (naissance, mariages et décès familiaux), une certaine vision de la communauté protestante transparaît par petites touches.

 

Ce regard est celui porté par les membres éminents d'une majorité religieuse sur une minorité protestante que l'on entend cantonner dans l'espace public.

 

A cet égard, les évènements religieux (processions à l'occasion de victoires ou de décès royaux, cérémonies etc) semblent être autant d'occasions pour rappeler aux protestants qu'ils sont une minorité.

 

[1] La version anglaise du journal a fait l'objet d'une publication en 1900 par la Scottish History Society (volume 36). society of history est disponible. Les morceaux choisis traduits en français et commentés ont servi de base aux citations qui sont faites dans cet article. Elle est tirée des Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest (MSAO) volume 12, 3ème série (1935).  

[2] Le journal de Denesde a été publié en 1885 dans un volume des archives historiques du Poitou (AHP-volume 15)

[3] Avant 1628, des feuillets du journal révèlent qu'il a dut servir au père de l'auteur, Antoine Denesde, notaire royal à Poitiers pour y consigner des comptes ou des notes personnelles.

 

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  Sir John Lauder, lord de Fountainhall 

 

 

Rites et culture protestante à Poitiers vus par un jeune Ecossais 

 

Le culte

 

C'est au temple des Quatre Piquets que John Lauder eut probablement l'occasion d'observer les rites de l'église protestante de Poitiers.

 

Il releva seulement que de rares différences se manifestaient entre la pratique calviniste et le protestantisme dans lequel il avait été élevé, ce qui donne à penser que John Lauder était protestant presbytérien[1].

 

"Le rituel des Eglises protestantes ne diffère pas beaucoup du nôtre. Le dimanche matin, pendant que s'assemble la communauté des fidèles, on chante un psaume. Le ministre leur fait une courte exhortation, les engageant à se joindre à lui dans ses prières; il lit une formule de confession des péchés, tirée de leurs prières ecclésiastiques ou liturgie; après quoi, ils chantent un psaume que le ministre désigne en lisant deux ou trois lignes de ce qui doit être chanté; il ne lit pas plus loin, au contraire de ce qui se fait chez nous; mais les fidèles continuent comme chez nous par le gloire au père. Le psaume fini, le ministre improvise par une prière adaptée, le plus souvent, au thème de sa prédication. Puis, il lit son texte. Ayant prêché, il lit une prière de leur liturgie; enfin, chant d'un psaume et bénédiction".

 

On note les grandes caractéristiques de la liturgie protestante et le rôle important des psaumes qui rythment les différentes étapes du culte ainsi que celui de la prédication, toujours reliée étroitement avec le texte biblique.

 

S'agissant des prières, Lauder précise que le culte est encadré par la confession des péchés qui est faite au début tandis que la bénédiction est prononcée à la fin.

 

La liturgie décrite n'inclut pas l'eucharistie ce qui logique, la Sainte Cène étant un des deux sacrements essentiels selon Calvin que l'on n'administrait que quatre fois l'an (Pâques, Pentecôte, début septembre et Noël), contrairement à la liturgie luthérienne[2].

 

Il n'évoqua à aucun moment le catéchisme qui pourtant eut une grande place dans la religion protestante, dans la perspective du culte mais aussi et surtout afin de préparer le fidèle à la Cène.

 

Sur le plan cultuel, Lauder nota enfin une particularité à Poitiers qui résidait dans l'absence de culte le dimanche après midi de la fin septembre jusqu'à Pâques[3].

 

" Ceux de la Religion à Poitiers, depuis la Saint Michel jusqu'à Pâques, n'ont pas de prédication l'après midi du dimanche".

 

S'agissant des sermons, notre Ecossais s'étonna du goût pour les pasteurs français de les faire publier (à l'instar des Anglais dit-il).

 

Au delà d'un certain goût pour la notoriété - et en sa qualité de pasteur du prestigieux temple de Charenton, Daillé[4] devait avoir un rang à tenir parmi ses pairs -, cette propension s'explique peut-être aussi par la place centrale accordée à la prédication et à l'exégèse de la Bible. 

 

" Les ministres français sont excessivement portés à publier leurs sermons, en cela pareils aux Anglais. Témoins, les sermons de Daillé, Jean Sauvage, ministre à Bergerac, entre le Limousin (où l'on mange tant de pain lorsque l'on peut s'en procurer) et le Périgord, en a dédié à M. de la Force qui vit ici à présent, maréchal de France, père de la maréchale de Turenne et divers autres que nous avons vus. Nous avons vu un catéchisme de M. Drelincourt qui nous plaît extrêmement."

 

Le jeûne public

 

"Les églises protestantes du Poitou se sont imposées un jeûne solennel le 28 octobre (1665), fête de Saint Simon chez les Papistes."

 

John Lauder eut l'occasion de participer à un jeûne public protestant, cérémonie tirée de la pratique catholique (comme le Carême) mais que Calvin avait en quelque sorte théorisé dans son "Institution Chrétienne".

 

Le jeûne selon Calvin devait poursuivre trois finalités :  dompter la chair afin de se disposer à la prière, témoigner de l'humilité devant Dieu et élever son esprit vers lui, expérimentant "que quand le ventre est plein, l'esprit ne se peut si bien eslever à Dieu".

 

Calvin le considérait comme nécessaire mais seulement dans certaines occasions particulières[5], soit qu'un événement "advient en la Chrestienté, qui tire grande consequence, quand il est question d'eslire un ministre, ou quand il y a quelque affaire difficile ou de grande importance" soit quand "  il apparoist quelques signes de l'ire de Dieu, comme guerre, peste ou famine (...)".

 

Lauder explique les circonstances du jeûne public poitevin :

 

"L'occasion, détourner la colère de Dieu qui est manifeste et qu'il a conçue avec raison. il menace en divers lieux en raison de la rareté de sa parole, de l'éloignement de son flambeau. Plusieurs temples ont été renversés comme celui de Parthenay etc. C'est pourquoi l'on a député quatre hommes de la Religion, les plus éminents de la province, vers le roi avec une supplique. Nous eûmes trois sermons, nous ne mangeâmes pas de viande ce jour là, de crainte de fournir une occasion de moquerie aux Papistes. Nous soupâmes avec de la soupe, des oeufs frits, des châtaignes rôties, des pommes et des poires."

 

Ce jeûne public s'inscrivit dans les suites de l'arrêt du Conseil du 6 août 1665 qui constitua la deuxième charge contre le protestantisme poitevin, après les décisions des Grands Jours de Poitiers de 1634.

 

Cet arrêt consacrait les décisions prises à l'issue de l’enquête menée par les commissaires de l’Edit à partir de 1661 en Poitou, conduisant à la réduction des lieux de culte protestant en Poitou, au motif qu'ils avaient été établis en contradiction avec les clauses de l’Edit de Nantes.

 

De fait, Lauder note que l'arrêt a été suivi d'effets immédiats, certains temples comme celui de Parthenay ayant déjà été démolis.

 

Le jugement a été ajourné pour certains temples, ce qui explique probablement la députation de " quatre hommes de la Religion, les plus éminents de la province" auprès du Roi.

 

On note aussi une forme de compétition entre la religion protestante et la religion catholique qui se manifeste à l'occasion de cérémonies religieuses publiques.

 

Dans ce cas précis, la mortification dans le jeûne doit être exemplaire de "crainte de fournir une occasion de moquerie aux Papistes".

 

Une telle manifestation ostensible d'un conflit religieux latent que l'on retrouvera d'ailleurs plus loin dans le journal de Denesde, Lauder en livre également un témoignage amusé lorsqu'il décrit les fêtes catholiques poitevines :

 

La veille des grandes fêtes comme les Rois, la Toussaint etc, des jeunes gens vêtus de surplis blancs et portant un pot d'eau bénite avec une éponge, passent devant toutes les maisons des catholiques, aspergeant les gens et les maisons et ainsi sanctifient si bien celles-ci que le diable n'ose pas y entrer. Ils passent devant les logis des protestants comme s'ils étaient infectés, ou plutôt comme l'ange qui marqua les premiers nés des Egyptiens passait les Israélites. A la Toussaint, tous sont dans leurs plus beaux habits".

 

 

[1] Fondée par le théologien écossais John Knox, l'église presbytérienne a été très largement influencée par Calvin, que Knox a côtoyé à Genève.

[2] Le culte luthérien était, dès ses débuts, proche du culte catholique et l'eucharistie y était administrée bien plus fréquemment que chez les Réformés.

[3] On peut se poser la question du caractère ponctuel ou au contraire habituel de cette pratique, étant donné que Lauder n'a pas passé plus d'une année à Poitiers.

[4] C'est également le nom de famille de l'hôte de Lauder. Ils étaient tous deux originaires de Châtellerault et l'on peut supposer un lien de parenté un lien de parenté entre les deux.

[5] Néanmoins, Calvin rejetait le jeûne régulier comme étant à ses yeux une facilité qui tenait plus de la démonstration de la ferveur que de la foi elle-même. A cet égard, les catholiques s'adonnaient selon lui à "une fausse imitation et frivole, et pleine de superstition, que les anciens ont appelé iusne (jeûne) de Quaresme (Carême)".

 

 

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  Portrait de femme âgée (Frans Hals)

 

De certaines règles et pratiques observées

 

John Lauder livre deux observations concernant les principes régissant la conduite des protestants poitevins.

 

Il note à cet égard la difficulté à laquelle cette minorité religieuse devait faire face dans la censure des écarts de conduite d'un membre de la communauté et le dilemme sous-jacent qui en résultait.

 

Faire appliquer les règles était indispensable et pourtant si la peine était trop sévère, cela pouvait conduire à un abandon pur et simple de la religion protestante et une abjuration publique qui fragilisait la communauté tout entière[1].

 

En particulier, il est question dans son carnet de voyage de la manière de sanctionner le mariage mixte chez les protestants poitevins.  

 

"Il n'est pas permis à un homme ou à une femme de la Religion d'épouser un Papiste. S'ils le font, ils doivent venir faire une confession publique de leur faute et du scandale qu'ils ont causé devant l'église entière. L'expérience enseigne que l'on use rarement ou doucement de cette rigueur. Car si l'on en vient  à l'exécution de cette règle, on perd un fidèle qui préfère devenir Papiste. Pour nous, nous ne sommes pas si stricts sur ce point car chez nous licet sed non expedit cum non omne quod liceat honestum sit.

 

La sanction était donc en principe la confession publique mais le consistoire de Poitiers a dû juger nécessaire d'user "rarement ou doucement" de cette rigueur[2]. Selon notre protestant écossais et si cela constituait également un écart répréhensible outre Manche, il n'était d'usage chez lui d'être aussi strict.

 

Sur le sujet de l'excommunication, Lauder note par la suite que "Par la même crainte de perdre un fidèle, ils (les protestants poitevins) usent rarement de l'excommunication, excepté contre ceux qui vivent scandaleusement."

 

Quelques portraits de protestants

 

L'immersion dans la communauté protestante permit à John Lauder de brosser quelques portraits intéressants au premier rang desquelles apparaissent ses hôtes, M. et Mme Daillé, cette dernière révélant une personnalité aux antipodes de la réserve que l'on devait attendre d'une femme de la bourgeoisie protestante de l'époque.

 

Mme Daillé s'était d'abord vraisemblablement égarée dans les bras d'un Ecossais du nom de Douglas qui avait séjourné deux ans auparavant à Poitiers.

 

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Le baiser à la dérobée (Jean Honoré Fragonard (1732-1806))

 

Cette liaison scandaleuse était vraisemblablement de notoriété publique et dût attirer la foudre pastorale ou consistoriale sur les coupables.

 

Dès le jour de l'arrivée de Lauder à Poitiers, alors qu'il était hébergé temporairement chez Garnier l'apothicaire avant de rejoindre la maison des Daillé, il fut informé que le sieur Douglas avait laissé quelques souvenirs.

 

"Le soir même de mon arrivée, après que j'eus souper, vint le frère de mon hôte, un marchand qui entre autres choses, me demanda si je connaissais M. Douglas. Oui lui répondis-je. Il me dit alors que Douglas avait laissé un enfant derrière lui, que M. Daillé l'avait reconnu comme le sien mais qu'il n'en criait pas moins avec un accent écossais et non français."

 

Lauder séjourna ainsi sous un toit où régnait une certaine aigreur dans les relations entre Daillé et sa femme.

 

L'infidélité de sa femme avait affecté M. Daillé, qui semble avoir été par ailleurs plutôt un brave homme pas dupe mais sans grande autorité. "Avant le scandale de la liaison de la femme de M. Daillé avec M. Douglas, c'est à dire du temps de M. Hope et de mon cousin M. Elies (comme lui et sa femme en conviennent), M. Daillé était un des hommes les plus gaillards (enjoués) et les plus gais comme l'on ne peut trouver entre cent. Depuis ce temps et quoique par boutade il ait encore quelque chose de sa gaillardise de naguère, il a cessé d'être le même homme comme Madame me l'a dit. Je le vois jaloux de sa femme plus qu'un chien ..." .

 

Lorsque, avec une pointe de voyeurisme et de sadisme inconscient, Lauder évoquait avec lui le sujet de Douglas,  Daillé devenait pensif et mélancolique. " Il (Daillé) m'a donné maintes fois sa pensée sur lui (Douglas); il n'en avait jamais eu bonne opinion. Il ne l'avait jamais entendu prier pendant tout le temps de son séjour. En seize mois qu'il avait passé chez lui, il n'était allé que trois ou quatre fois aux Quatre Piquets (au temple de Poitiers) et encore était ce pour en faire des moqueries. C'était un homme violent et passionné qui parlait dédaigneusement de tout le monde".

 

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 Le tricheur à l'as de carreau (Georges de La Tour - 1635)

 

Le portrait que Lauder dresse de Marguerite Daillé (ou "Gotton") est celui d'une joyeuse protestante avec un goût pour le divertissement et notamment pour le jeu de cartes, ce qui était rare car condamné par la religion protestante.

 

"Il n'y a que cinq ou six femmes de la Religion qui jouent ici aux cartes. Et M. Daillé reproche à sa femme d'être de leur nombre. Lorsqu'il est absent, elles se réunissent dans sa maison pour s'amuser et collationner ensemble. Les trois premiers mois de mon séjour, Mme Daillé a usé de tous les moyens de persuasion en son pouvoir pour m'attirer dans leur société, ou au moins pour m'associer à ses gains et à ses pertes (quand elle perdait deux couronnes, elle faisait croire à son mari qu'elle les gagnait). Mais je n'en voulais rien faire, me souvenant que mon père m'avait mis en garde, particulièrement contre les cartes et avec de telle personnes (...)".

 

Monsieur s'en désolait mais se contentait de quelques reproches, tandis que notre Ecossais se tint à distance pendant tout son séjour de ce penchant jugé malsain.

 

Etait-ce l'ambiance lourde qui pesait entre le mari et la femme ? Toujours est-il que Lauder note aussi que Marguerite Daillé quitte le logis pour aller voir ses amies lorsque l'opportunité se présente et persuade son mari dès qu'elle le peut, d'aller s'occuper de leur patrimoine à Parthenay (d'où elle était originaire). Et "pendant ce temps, du matin jusqu'à midi et parfois même après minuit, elle ne passera pas chez elle, une seule heure".

 

On sent chez le jeune protestant un peu corseté dans les  devoirs moraux de la religion, une sentiment mêlé de fascination (il fait part aussi de conversations joyeuses avec elle) et de reproches à l'égard de cette femme plutôt libre.

 

Rien de tel lorsqu'il décrit Mme Garnier la femme de l'apothicaire qui le reçut durant les premiers jours de son séjour, elle incarnant plutôt un modèle de vertu protestante.

 

"Je ne puis passer sous silence, la tempérance de Mme Garnier, ménagère si vertueuse et si économe que jamais vin ne rentra dans bouche. Sa boisson était toujours de l'eau pure. Quoique, aucune contrainte ne l'y obligea".

 

Lauder nous dit peu de choses sur d'autres poitevins protestants qu'il eut l'occasion de croiser. Le journal montre qu'il sociabilisa essentiellement avec ses compatriotes.

 

Pourtant, peu avant de quitter Poitiers en avril 1666, il sympathise avec quelques jeunes protestants probablement de son âge "je m'étais mis à faire quelques relations à Poitiers, à aller au cabaret et à boire avec de Gruché, Ingrand la Figonne[3] tous deux fils d'avocats et de la Religion, Monsieur de Gay, Bourseau, Cottiby etc." (Il cite également plus loin M. Delaporte et les frères Baranton).

 

Ainsi tout protestants qu'ils sont, ils n'en sont pas moins des jeunes adultes qui socialisent au cabaret ("le Chappeau d'or" est cité) et boivent, au point que le jour de son départ, Lauder se réveilla avec "un mal de tête à cause du vin que j'avais bu".

 

[1] Comme on le verra plus loin, Denesde et de sa femme rappellent que loin d'être un risque fantasmé, le 17ème siècle connu à Poitiers au moins trois abjurations publiques largement publicisées.

[2] Compte-tenu du fait que le mariage était arrangé à l'époque et qu'il engageait une famille et des parentèles, on peut gager que des romances à la "Roméo et Juliette"  n'étaient pas légions.

[3] Il me semble qu'il s'agit d'une mauvaise transcription même dans sa version original et qu'il faut lire en réalité Ingrand la Cigogne, c'est à dire en réalité le fils de Jacques Ingrand, sieur de la Cigogne, ce dernier étant mentionné plus loin dans le journal de Denesde.

 

 

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Portrait de femme 17ème anonyme

 

Regards catholiques sur une minorité

 

C'est dans une période au cours de laquelle le conflit confessionnel était devenu latent, que s'exerce le regard du couple Denesde sur les protestants de leur ville.

 

A l'exact opposé du regard de Lauder sur des catholiques "papistes et idolâtres", notre couple poitevin envisage les protestants comme une minorité religieuse qui, a défaut de vouloir renier son erreur, ne doit pas manifester trop ostensiblement sa différence.

 

Au demeurant, Lauder relève que "les protestants parlant de leur religion devant des Papistes, n'osent pas se servir d'autres termes que la Prétendue Réformée", ce qui montre qu'ils se vivent comme une communauté qui ne doit pas faire de vague.

 

Les abjurations publiques

 

Au cours du 17ème siècle, les abjurations de protestants étaient rarement passées sous silence, surtout dans une ville à majorité catholique comme Poitiers.

 

Elles symbolisaient en quelque sorte le triomphe de la vraie religion, les brebis égarées revenant enfin à la raison, au sein de l'église catholique apostolique et romaine.

 

Cette bataille gagnée contre la "religion prétendue réformée" se devait d'être scénarisée, d'autant plus lorsqu'elle concernait un personnage occupant une place prestigieuse au sein de la communauté protestante.

 

Sous l'égide des autorités catholiques et de l'évêque et en présence des corps constitués et de la notabilité, la cérémonie semblait devoir à la fois confirmer aux catholiques la justesse de leur croyance, tout en alertant charitablement les protestants que même les meilleurs d'entre eux avaient enfin compris leurs erreurs.

 

Denesde et sa femme relatent trois abjurations qui se sont déroulées successivement en 1637, en 1660 et en 1666.

 

La première est d'autant plus éclatante qu'elle concerne le fils aîné du pasteur Jacques Cottiby ("estimé très habille homme entre les gens de cette secte").

 

Y assistent les lieutenants civil et criminel, "tous les conseillers, plusieurs gens du roy, Mr le Maire, plusieurs échevins et autre grand nombre de peuple".

 

Denesde constate avec satisfaction que tous les espoirs formulés sur le jeune homme de 19 ans qui "avoit faict ses humanités à Saumur" et "sur le poinct de l'envoyer pour le ministère (pour devenir pasteur) avecq pansion des hugenos" sont désormais vains.

 

Par la suite, Denesde note (avec moins d'emphase) que ce triomphe est de courte durée "trois semaines après ledit Cottiby a retourné dans son herreur".

 

La seconde abjuration qui eut un important retentissement, concerne un pasteur de Poitiers en exercice et il s'agit à nouveau d'un fils de Jacques Cottiby (peut-être est-ce le même?) qui avait succédé à son père en 1652, à la mort de ce dernier.

 

Samuel Cottiby abjura en effet le 25 mars 1660[1], après le synode national tenu à Loudun et au cours duquel il avait été décidé d'établir un jeûne général car, malgré les récentes victoires du Roi de France, il avait été jugé nécessaire d'implorer la miséricorde de Dieu.

 

Estimant qu'il y a "un temps pour rire et un temps pour pleurer" et que cette mesure offensait les réjouissances nationales, Cottiby adressa une lettre aux pasteurs et anciens de Poitiers dans laquelle il alla jusqu'à contester la pertinence du jeûne tel que pratiqué dans le rituel protestant. A la suite de cette lettre, il abjura.

 

La femme de Denesde constate que l'évènement a donné "autant de joye et de satisfaction aux catholiques que de confusion aux huguenots, à cause que c'est un personnage de conséquence pour son grand savoir et son éloquence" et conclut "Dieu par sa saincte miséricorde luy fasse la grâce de perséverer au bien, qu'il a si glorieusement commencé".

 

Dans le camp d'en face et après avoir constaté que cette défection n'avait pas ébranlé la ferveur des protestants poitevins, le pasteur Daillé minimisa la "prise de guerre", arguant qu'elle était le fait d'un pasteur qui ne s'était jamais illustré, ni par sa pureté, ni par le soin apporté à ses exercices de prières ("'il était négligent, jusqu'à ne faire en sa famille aucune prière, ni le soir ni le matin"), et encore moins par sa science qu'il trouve courte et défectueuse.

 

Peu après, de passage à Poitiers pour fonder le couvent des carmélites, le roi et la reine "firent (à Cottiby) beaucoup d'honneur et de caresse et le congratulèrent de son  heureuse conversion (journal Denesde)".

 

A la fin de cette année 1660, un "escript contre la conversion de mr Cottiby, jadis ministre de la religion pretandue réformée à Poitiers, par le nommé Ingrand, sieur de la Cigogne (journal Denesde)" circula.

 

Cette affaire fut jugée grave et le libelle "a este brulé par la main l'exécuteur de la haute justice dans la place de Nostre dame (29 janvier 1661) en vertu de santance présidialle de Poictiers, sur le raport de Mrs Maret, Rabereul et le P. de Jumeaux, jésuite tous docteur nommés d'office; lesquels ont raporté led. libelle estre injurieux à nostre saincte religion et fort scandaleux contre nostre St père le pape (journal Denesde)".

 

Par peur des conséquences, le sieur Ingrand de la Cigogne ("advocat hérétique calviniste" comme il est décrit plus loin) se rétracta et "désavoua ledit libelle par Gardemaut son procureur, crainte de plus grand chatiment".

 

Enfin la troisième abjuration publique concerna l'avocat Charles Bourceau. Elle intervint le jeudi 22 avril 1666 à Saint Porchaire, en présence de "plusieurs conseillers, advocats et autres personnes" et Bourceau promit de vivre "en la vraye foi et religion (...) en les plus beaux termes et le plus élégemment qu'on aye jamais ouy".

 

Mme Denesde note encore la qualité du discours de la conversion et de la nouvelle recrue " (...) homme qui a peu d'égaux en savoir et en capacité".

 

Henri-IV-abjuration.jpg

 Abjuration publique d'Henri IV de la religion protestante

 

Une cohabitation non dénuée de méfiance

 

Les guerres de religion étaient finies depuis plus d'un demi siècle mais le dernier soulèvement des princes protestants qui conduisit au siège de La Rochelle était encore dans les mémoires.

 

Protestants et catholiques de Poitiers connurent ainsi pendant le premier quart du 17ème siècle des frictions, contenues parfois à grand peine par la municipalité. La moindre rumeur pendant les périodes de tensions pouvait ainsi mettre le feu aux poudres.

 

En décembre 1640, la rumeur voit encore dans les protestants l'ennemi intérieur. Au moment de l'arrestation d'un gentilhomme protestant du nom de Rinville qui aurait participé à un complot du prince de Soubise exilé en Angleterre avec l'appui de ce royaume, Denesde relève "on dict que nos calvinistes étaient de la caballe".

 

On note que Desnede et sa femme désignent les protestants différemment selon les circonstances.

 

Ainsi par exemple, lorsque Denesde et d'autres notables, dont des protestants, sont envoyés pour  la perception de la taxe municipale sur les vins, Denesde précise que la visite des caves se fait "avecq Mr Bourceau, marchand, de Hargue, marchand, Chiton de Blansac, calvinistes", sans qu'il ait recours à un terme péjoratif.

 

Peut-être cela témoigne que, par delà la différence de religion, il les considère comme agissant avec lui, au service de la cause municipale.

 

En règle générale, la relation de faits divers impliquant des protestants s'accompagne du qualificatif d'"hérétiques calvinistes", terme injurieux qui fut proscrit en public pendant longtemps.

 

En particulier, la noyade d'un enfant dans un citerne d'eau situé au rez de chaussée de la maison de l'orfèvre protestant Jean Bobinet, donne lieu pour Denesde à un déversement de bile, sans que la responsabilité du pauvre homme soit véritablement en cause.

 

Lorsque le jeudi suivant ce malheureux accident, "l'orphèvre hérétique calviniste" meurt, c'est un homme méchant qui nous est décrit ("ce vieux huguenot Bobinet, aveugle depuis quatre ou cinq ans, rendist sa misérable âme, sans vouloir voir un sien fils unique, ni même ses petits enfants.").  

 

Même chose lorsqu'au mois de décembre 1647, Pierre Ludon et Jean Dumont, maîtres serruriers sont pendus et étranglés pour avoir voler de nuit Ingrand de la Cigogne. Bien qu'étant la victime du méfait, il n'en reste pas moins désigné comme hérétique calviniste.

 

[1] Sa femme, Elisabeth Rivet, de la branche des Rivet de Saint-Maixent, resta fidèle à la religion réformée.

 

Ramener les hérétiques à la raison par les conversions forcées

 

Quand Mme Denesde reprend le journal commencé par son mari, ses consignations sont plus espacées dans le temps.

 

Elle ne manque pas de noter toutefois les succès du clergé catholique et du pouvoir royal contre les protestants.

 

Si le constat est neutre lorsqu'elle évoque la démolition des  temples jugés en dehors de l'Edit en 1665, elle s'enthousiasme sincèrement des conversions massives obtenues en 1681 par l'évêque de Poitiers Fortin de la Hoguette et de l'intendant Marillac.

 

Dans son propos, il n'est pas question de l'horreur des dragonnades 1], elle loue l'action déterminée de l'évêque missionnaire qui est selon elle puissamment épaulée par Dieu lui-même.

 

Ainsi, l'évêque eu "le bonheur à son advènement à l'évesché de Poitiers, que Dieu a touché si puissemment le coeur des hérétiques, que depuis qu'il est évesque jusqu'à la fin de l'année 1681,, que j'escripts cecy, il a receu, luy ou ses missionaires, l'abjuration de l'hérésie de plus de quarante mille personnes en Poictou. Aussy faut-il advouer qu'il ne s'épargne pas, qu'il vient partout où sa présance est nécessaire, avecq un zelle qui n'a presque point d'égal".

 

Elle note également que Paul Pellerin, élu de Poitiers a été fait échevin par ordre du roi en considération des services qu'il a rendus à la conversion des huguenots au commencement de 1682.

 

A la mi-1682, elle relate la dure punition qui attend des relaps et éprouve peut-être quelque compassion à l'égard de ces "cinq ou six huguenots nouveaux convertis (qui avaient présenté) leur requeste à Mr. l'intendant pour retourner au presche. Led. sieur les fist tous prisonniers et fust donné un arrêt en juin 1682 par lequel ils sont banis du compté ce Poictou, les uns pour cinq ans, les autres pour trois et de grosses amendes à payer pour le roi. Et un procureur de Saint Maixent, catholique qui avait dressé leur requeste, aussi bani et interdit de sa charge pour toujours".

 

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 Procession place Saint Marc à Venise (G. Bellini)

 

Dominer l'espace public

 

Les consignations de Denesde sont dédiées très souvent aux cérémonies religieuses qui rythment la vie de la cité et envahissent l'espace public.

 

Il ne se passe pas une année sans qu'il ne s'emploie à décrire le faste d'une procession du saint sacrement, la dévotion de la population etc.

 

Pour Denesde comme pour la majorité catholique, il est intolérable que les protestants puissent exprimer, même une indifférence muette face à ces processions.

 

Ainsi, il note qu'en janvier 1642 et au prétexte "d'insolances randues par quelque héréticque calviniste", il a été ordonné et publié "par les cantons de la ville, qu'il est enjoinct auxd. héréticques qui se rancontreront par les ruhes, lorsque le St sacrement passera, d'aulter leurs chapeaux et ce mettre à genoux, à peine de 500 liv. d'amande et de punition corporelle cy le cas eschoit".

 

Lorsque ces processions se multiplient comme cela fut le cas à partir de décembre 1642, toutes les autorités ainsi que le reste du présidial y participent avec "plus de trois mille personnes de tous sexes et conditions avecq cierges à la main et le poisle porté par deux conseillers et deux des gens du roy".

 

Dans les mois qui suivirent, ces processions se renouvellent "avecq grande afluance de peuple".

 

S'exerce alors une forme de démonstration de force de ce qui est vécu comme une puissante et vraie ferveur, et le souhait de Denesde est alors que "Dieu veuille que cela continue à jamais pour la confusion des héréticques."

 

 

[1] Le savait-elle? Les dragonnade étaient-elles considérées par les catholiques comme un mal nécessaire pour un plus "grand bien"? En tout cas, elle n'avait pas de doute sur le poids que représentait le logement des dragons : un peu plus loin dans le journal elle précise que du Breuil et Souchay ses deux gendres se sont faits bourgeois de la Maison de ville (élus) pour éviter les logements des gens de guerre.

 

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Published by F. Brillanceau - dans Catholiques et Protestants
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6 février 2011 7 06 /02 /février /2011 17:56

Bach in Brésil

 L'article qui suit est une modeste contribution qui s'attache à examiner les traces du protestantisme dans les registres paroissiaux après la révocation de l'Edit de Nantes, en particulier en Bas-Poitou (Vendée de l'Est en particulier). Il est parcourir avec comme complément la page intitulée Protestantisme et registres paroissiaux  qui recense et suit des protestants et récapitule aussi certaines abjurations

 

Dans la période qui s’ouvre après la révocation de l’Edit de Nantes, toute référence au protestantisme aurait dû disparaitre des registres paroissiaux.

 

Pourtant même dans les lieux où ils constituaient une simple minorité de la paroisse, les anciens protestants ne pouvaient demeurer inaperçus aux yeux du curé, celui-ci étant à cet égard autant le responsable de la tenue des registres que le garant de l’orthodoxie de ses ouailles.

 

De ce point de vue, les traces repérées dans certains registres du bocage bas-poitevin dénotent la vision du curé du lieu[1] : au mieux l’absence d’intérêt portée au phénomène, au pire les exigences de celui qui se vit comme le guide spirituel de la communauté villageoise.    

 

Ces traces permettent aussi de supposer le parcours de ces protestants qui ne peuvent renoncer à leur religion et sont donc obligés de composer avec l’interdiction.

 

De la nécessité de s’inscrire dans un état civil

 

La période du Désert a conduit les protestants qui n’ont pas abjuré à trouver des accommodements notamment au regard de l’état civil, dès lors que celui-ci se trouve alors inextricablement lié à la religion catholique.

 

Il est ainsi apparu nécessaire de concilier leur foi et les rites protestants (seuls le baptême et l’eucharistie constituent des sacrements dans la religion protestante) avec les sacrements catholiques afin de pouvoir se prévaloir d’une existence légale.

 

En effet, l’absence d’un mariage (quasi systématiquement dans la paroisse de la "future") ou d’un baptême devant l’église catholique emporte des conséquences diverses.

 

Sur l’ensemble de la période, ces conséquences sont d’abord patrimoniales puisqu’il est impossible de prouver une filiation à l’occasion d’une succession sans mariage ni baptême. Or, c’est le souci des personnes ayant du bien mais aussi celui du pauvre, l’exigence de la transmission patrimoniale étant importante dans la société de l’ancien régime[2].

 

Elles apparaissent également dans le cadre du recrutement au sein de la milice en tout cas en Poitou entre 1750 et 1767[3], les protestants mariés au Désert étant considérés comme célibataires doivent participer au tirage au sort.

 

Le baptême catholique étant théoriquement valable aux yeux de l’église protestante, la difficulté porte essentiellement sur le mariage. 

 

Cette problématique concerna au premier chef, les protestants qui ont réussi à échapper à l’abjuration mais elle touche également ceux des « nouveaux convertis » qui, sur le court terme, décidèrent de donner le change en attendant des jours meilleurs.

 

En effet, au sein de cette catégorie de nouveaux catholiques parfois identifiables dans les années qui suivent la révocation, une partie a fini très probablement par rejoindre le Désert devenant « relaps » dès lors que les conditions furent réunies.

 

Dans ces conditions et jusqu’à la restauration d’une église protestante poitevine plus stable au milieu du 18ème siècle, on peut soupçonner que le souci d’avoir une existence légale conduit à un constant va-et-vient entre rituel catholique obligatoire générateur d'une situation juridique et foi protestante.

 

Sur la deuxième moitié du siècle et à mesure que l’église protestante se restructure et qu’un climat de relative tolérance s’instaure, ceux qui sont demeurés fidèles à leur foi vont rejoindre définitivement le protestantisme et disparaitront définitivement des registres paroissiaux pour rejoindre les registres du Désert.

 

[1] Il faut rappeler que bien plus qu’un recueil d’évènements et de formules, le registre paroissial est indéniablement marqué explicitement ou implicitement par les préoccupations de son rédacteur, les considérations climatiques étant par exemple un classique du genre.

[2]  J’ai eu l’occasion de parcourir des testaments établis pour léguer simplement des pièces de mobilier et quelques rares effets de lingerie.

[3] Les protestants du Poitou au XVIIIème siècle (1681-1789) – Yves Krumenacker

 

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Schizophrénie - V. Johnson

 

Des stratégies très variables dans le temps

 

Les stratégies employées au regard du mariage varient, sachant toutefois que dans une première période, celles-ci sont probablement conditionnées par la répression qui s’exerce en cas de mariage non catholique.

 

A cet égard, s’il est vrai que le pouvoir royal considère que la question du mariage est du ressort de l’évêque du lieu, il n’en reste pas moins que la répression du fait protestant porte accessoirement sur cette question aussi bien d’ailleurs que sur la mort lorsque les rituels n’ont pas été respectés (confession, extrême-onction et enterrement en terre consacrée).   

 

Cette pénalisation s’inscrit surtout dans les quinze années qui suivent la révocation démontrant une vigilance particulière du pouvoir, y compris en cette matière. Aussi n’est-il peut-être pas étonnant qu’en Poitou, les condamnations pour mariage non catholique soient concentrées entre 1697 et 1703, même si l’on en trouve quelques procédures entre 1718 et 1731[1].

 

opiniatres foussais

Recensement des nouveaux convertis les "plus opiniâtres" à Foussais (archives départementales de la Vienne)

 

 Les choix en matière de mariage

 

En premier lieu, si le mariage s’effectue obligatoirement à  l’église et non pas par un simple contrat passé devant notaire (interdiction rappelée dans une déclaration du 15 juin 1697), l’application de la règle s’avère souple et bien des mariages se déroulèrent de la seconde manière.

 

Par ailleurs, juste après la révocation, un certain nombre de mariages furent effectués par des curés peu regardants, qui n'exigeaient ni la confession ni la communion préalables à la cérémonie, étapes problématiques pour les protestants.

   

Il est constaté que certains curés se contentent de vagues promesses, sans qu’il soit possible de déterminer toutefois si une abjuration a bien eu lieu au préalable ou si l’on se trouve face à une forme d’engagement à ce que la conversion se traduise dans les faits.

 

Ainsi, ce 19 août 1700 à Mouilleron en Pareds où se marient Jacob Moquet et Begnine Brouard, « après avoir promis à l’avenir de (renoncer ( ?) à l’avenir en bons catholiques et d’en faire le devoir dans l’église ont reçu la bénédiction nuptiale …. ».

 

Dans la même paroisse en mai 1706, Jean Drouineau et Suzanne Arnaud se marient aux mêmes conditions après avoir « promis devant témoings faire pendant leur vie leur devoir de catholiques apostoliques et romaine, en foy de quoi nous nous sommes soussignés … ».

 

A Chavagne les Redoux, le 11 juillet 1702 Daniel Gobin et Catherine Bridonneau se marient après publications des bans et les cérémonies accoutumées et « ont promis ledit Daniel et ladite Catherine nouveaux convertis de faire le devoir de catholiques à l’avenir comme les anciens catholiques …. ».

 

Mais très vite, les évêques y voient une profanation du sacrement du mariage et les deux exigences seront imposées par certains curés. L’accomplissement de la confession et de la communion seront alors explicitement mentionnés.

 

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L'accordée de village - J-B. Greuze

 

D’autres se soumettent à une abjuration formulée avant le mariage et ne fréquentent plus l’église après la célébration.

 

Dans ces cas là, il est délicat de démêler si l’on a affaire à une abjuration sincère ou bien à un acte de façade. Seuls les baptêmes des enfants pourront éventuellement démontrer que la conversion a été suivie d’effets[2], quoique dans une première période et en l’absence de cadres propres à permettre des baptêmes dans le désert, les doutes soient permis.

 

En revanche, dans les hypothèses de mariages « mixtes », le doute sur la sincérité de la conversion peut être a priori levé.

 

Ainsi à Chavagne les Redoux le 13 février 1703, Daniel Morin épouse Philippe Henry « ancienne catholique » « après avoir fait abjuration de l’hérésie de Calvin et receu le sacrement de pénitence avec promesse de faire son devoir dans la religion catholique apostholique et romaine … ». Des enfants baptisés seront issus de cette union.

 

De même, Jacques Vincent abjure à Mervent le 4 avril 1694 à travers une drôle de formule[3] pour se marier le 21 avril avec Michelle Ayraud qui est vraisemblablement catholique.

 

Certains curés marient des protestants, comme en 1717 à Saint Laurent de la Salle ou autour de Mouchamps vers 1719-1720. Des accusations sont portées à l’encontre de prêtres qui auraient célébré des mariages clandestins.

 

D’autres protestants se rendent à La Rochelle où l’application des ordonnances sur le mariage est moins stricte. Quelques uns ont recours à des faux prêtres, d’autres forceront des curés à bénir des unions.

 

Enfin, lors des assemblées clandestines, des prédicants procèdent à des mariages. Au milieu du 18ème siècle, le goût pour le mariage catholique n’est semble-t-il pas courant pour les populations protestantes du bocage du bas Poitou, ce que suggère le constat du pasteur Loire qui affirme que « tous ceux qui se disent protestants n’ont point encore pratiqué l’idolaterie pour leurs mariages »[4].

 

[1] Les protestants du Poitou au XVIIIème siècle (1681-1789) – Yves Krumenacker – les mêmes constats sont effectués s’agissant de la mort protestante avec des condamnations plus importantes en 1686 et 1700.

[2] Le couple Gobin-Bridonneau cité ci-dessus a eu par exemple une enfant baptisée le 30 juillet 1704 à Tillay.

[3] « Aujourd’huy Jacques Vincent de cette paroisse ayant demeuré caché dans la R.P.R. a abjuré ladite religion R.P.R. en présence de René Gaillard, Jacques Robin, Philippe Grain mathurion Bichon et Julien Duxandeau ».

[4] Voir « Les protestants du Poitou au XVIIIème siècle… » page 227 dans lequel il est précisé que ceux du haut Poitou rallient sans scrupules l’église romaine en matière de mariage.

 

 

le contrat de mariage

 

Le contrat de mariage - Jan Steen (1626-1679)

  La question du baptême 

 

Le baptême devant l’église catholique est moins problématique pour les protestants, étant donné qu’il a déjà pour Calvin la même valeur que le baptême effectué par le pasteur. Avant la révocation, c’est d’ailleurs un sujet de mécontentement de l’institution protestante de voir certains de ses fidèles faire baptiser les enfants par un curé.

 

Même si le synode national de 1726 exige que le baptême soit effectué devant un pasteur (preuve de la nécessité de rappeler le dogme malgré les circonstances), l’impossibilité matérielle de recourir à un pasteur - alliée au fait que dans l’esprit des populations protestantes les deux baptêmes sont équivalents -, va conduire au recours au rite catholique.

 

On note que ce sacrement ne donne pas lieu à une mention particulière par le curé qui assume alors strictement son rôle de scribe, sauf bien sûr qu’en l’enfant est issu de parents non mariés devant l’église.

 

Au début du 18ème siècle peu d’enfants ayant un père et une mère identifiés sont baptisés en étant désignés comme illégitimes.

 

Cela tient peut-être au fait que dans la première période qui a succédé à la révocation, le curé procédait au baptême sans juger nécessaire d’indiquer si les parents de l’enfant étaient ou non mariés selon le rite catholique[1].

 

Dans cette première période au cours de l’année 1709, je n’ai seulement trouvé à Mouilleron en Pareds que trois baptêmes qui sont issus de parents non mariés et dont le père est identifié (le père n'est donc pas inconnu, comme ce fut le cas pour des naissances hors mariage non assumées). Bien que certaines coïncidences soient curieuses, rien ne permet de les désigner formellement comme étant protestants[2].

 

Dans certaines paroisses du bocage vendéen et au cours d’une seconde période qui s’étend approximativement de 1730 à 1755, le baptême d’enfants issus de parents non mariés devant l’église catholique devient très fréquent, au point qu’il ne peut s’agir d’une coïncidence.

 

D’ailleurs, les noms de famille des pères et mères se retrouveront ultérieurement dans les registres du désert et dans ceux de l’Edit de Tolérance.  

 

Certains curés montrent une certaine intransigeance au regard de ces baptêmes en se donnant un droit de veto concernant les parrains et marraines choisis par les parents.

 

Dans la paroisse du Vieux-Pouzauges, le curé refuse ceux qui lui sont proposés, car très certainement autant protestants que les parents.

 

Ainsi, « Le cinq de may 1737 je soussigné ai baptisé Jeanne fille naturelle de Jean Brémand et d’Elizabeth Poupin le parrain sans marraine a été Mathurin Blanchard au lieu de Jean Poupin et de Jeanne Roy qui ont été refusés comme parrain et marraine ».

 

Il procède de la même manière à plusieurs reprises au cours de la même année, notamment pour le baptême d’un enfant vraisemblablement catholique (« Le quatorzième d’avril est née et a été baptisée le 15 du mois par moy soussigné Marie fille légitime de Jean Boismoreau et de Jeanne Biteau son épouse, a été parrain sans marraine Mathurin Blanchard qui a déclaré ne savoir signer au lieu de Pierre Tisseau et de Marie Fluzeau qui se sont présentés comme parrain et marraine lesquels j’ay refusé »).

 

A quoi tient cette tendance de faire baptiser son enfant dans la religion catholique qui semble faire florès au cours de ces années ?

 

C’est peut-être l'absence encore d’un culte régulier qui motiverait cette démarche. En effet, le baptême d’un enfant par le pasteur rapidement après sa naissance n’étant pas possible conduit probablement les parents devant le curé afin que l’enfant ne meure pas sans le sacrement du baptême[3] car les superstitions ont la vie dure. Au demeurant, il semblerait que le baptême ne soit pas vécu comme un engagement irrévocable devant l’église catholique, en témoignent les mariages au désert de personnes qui ont été baptisées par un prêtre (qui ont peut-être d’ailleurs été baptisées ensuite à l’occasion par un pasteur).

 

Ensuite, les protestants disparaissent des registres paroissiaux dès que la possibilité d’un culte régulier et relativement toléré s’instaure en Poitou vers 1760.

 

[1] J’ai trouvé un seul exemple à Foussais-Payré dans lequel le prêtre prend le soin de préciser que Marie Jeanne Guillemet baptisée le 14 mai 1690 est la fille de Pierre Guillemet, nouveau converti, et de Jeanne Renaudet, encore que cela ne démontre pas que les parents aient été mariés par un pasteur.

[2] 14 avril 1709 : Pierre fils illégitime de René Boton et de Marguerite Aineau. le 30 août de la même année Renée de Jacques Fortin et de Marie Arnaud et le 3 octobre Mathurin de Pierre Batiot et de Louise Massé. On trouve toutefois en Vendée des protestants dans les familles Batiot, Fortin et Arnaud (voir par ailleurs le mariage recensé plus haut à Mouillerons pour lequel une Suzanne Arnaud abjure).

[3] Même si l’église protestante d’avant la révocation a lutté contre cette tendance, nécessité fait loi dès lors que la mort en bas-âge touche une majorité d’enfants au 18ème.

 


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  L'adoration des bergers - Georges de la Tour

 

Le signalement des nouveaux convertis au moment du mariage

 

Les nouveaux convertis sont parfois tout à fait identifiables dans les registres de certaines paroisses.

 

Cette désignation traduit parfois un souci de surveillance ainsi peut-être qu’une volonté de désigner les membres d’un groupe qui, lorsqu’il est important, constitue aux yeux du curé comme une menace spirituelle potentiellement déstabilisante.

 

A cet égard, une paroisse telle que celle de Chavagnes en Pareds[1] (aujourd’hui Chavagnes Les Redoux) qui était forte d’une communauté protestante nombreuse illustre cette appétence pour une forme d’inquisition où peut-être un souci de répertorier les anciennes brebis égarées.

 

Ainsi, il est noté dans le registre paroissial que le 2 novembre 1702, Daniel Pequin a été enterré dans son jardin ce qui dénote une volonté d’échapper au rituel catholique  et notamment à l’extrême onction. Le curé note également que la « fille à Hucto (est) enterrée dans un jardin »et « la femme à Louis Brunet enterré (sic) ainsi ».

 

Au cours des années suivantes, les nouveaux convertis sont identifiés comme tels lors des mariages en marge de l’acte, avec une mention particulière qu’ils se sont trompés, auquel le curé ajoute inexplicablement « et moy aussi » ou bien, plus logiquement, « jusqu’ici ».

 

Pour l’un des mariages (Josué Briffau et Suzanne Sarazin le 20 juin 1704), le curé indique en marge que « Briffau et sa femme ont fait leur devoir cette anné (sic) 1706 », ce qui atteste que pour le curé, le mariage catholique est loin de constituer une garantie pour l’avenir.

 

Au total, ce sont les familles suivantes de Chavagnes qui ont rejoint les nouveaux convertis au début du 18ème siècle: Pequin, Turpault, Turcault, Briffaud, Sarazin, Bourdezeau, Croué, Barbier, Coquillau, Marquis(e)[2], Brunet, Tisseau, David, Heraud, Poitrineau, Seguin, Blanchet(te), Gobin, Bridonneau, Micheau, Mothais (etc.).

 

Il est possible que certains d’entre eux aient rejoint définitivement le catholicisme. Une partie de leurs descendants se rencontrent toutefois dans les registres institués par l’Edit de tolérance (1787) qui permet aux protestants (jusqu’en 1792, date à laquelle l’état civil est institué) de déclarer les mariages et naissances qui ont eu lieu avant 1787 pendant la période du désert et après.

 

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La Toussaint - Emile Friant (1863-1932)

 

Des abjurations tardives avant de mourir

 

Au milieu du 18ème siècle,  certaines personnes abjurent avant de mourir, recevant ainsi l’extrême-onction et l’enterrement dans le cimetière catholique.

 

A Sainte Gemme les Bruyères, c’est le cas de Catherine Dublin : « Le 6 juillet 1754 a été inhumé dans le cimetière de cette paroisse (Sainte Gemme les Bruyères) le corps de Catherine Dublin en son vivant femme de Antoine Brunet âgée de 80 ans environ après avoir fait abjuration de l’hérésie de Calvin dans laquelle elle avait vécu et sous le sacrement de l’extrême onction en présence de Pierre Brunet son fils et de Jacques Goudau son gendre et de plusieurs parents et amis qui n’ont déclaré ne savoir signer ».

 

C’est aussi le cas de Charles Rault : « Le 30 Aout 1750 jai inhumé dans le cimetière de cette paroisse le corps de Charles Rault (métaier ?) fils de Mathurin Rault et de Françoise Marquis après avoir reçu l’absolution du crime d’hérésie dans laquelle il avait été élevé et non dans la profession actuelle de la religion catholique apostolique et romaine, à l’âge de 36 ans en présence de Pierre Marquis son oncle maternel, Jean Vandé son beau-frère Jean Femoleau et plusieurs autres parents et amis qui ont déclaré ne savoir signer de ce enquis ».

 

Plus ces abjurations interviennent tard dans le siècle, plus elles peuvent apparaître difficilement explicables. En effet, vers 1750 et sans être forte, l’église du Désert s’est reconstituée et peut tenir des assemblées diurnes assez régulières en bas Poitou.

 

Dans ces deux cas, il est possible que ce renoncement puisse être mis sur le compte d’une perte progressive de religion, ou bien d’éventuelles pressions familiales.

 

Ainsi, Catherine Dubelin n’était peut-être plus vraiment protestante sur la fin de sa vie sans être devenue catholique pour autant[3]. Une forme de pression familiale n’est pas à exclure non plus, la clandestinité pouvant apparaître complexe à gérer pour des enfants s’étant finalement accommodés à la religion catholique. Ainsi, seule une foi fortement ancrée et unanime au sein d’une famille pouvait possiblement conduire à refuser l’extrême-onction et à choisir d’enterrer son parent dans un jardin.

 

Dans le cas de Charles Rault qui meurt relativement jeune sans avoir été apparemment marié, il y a éventuellement une désaffection d’une partie de la famille pour le protestantisme. Ainsi, sa sœur se marie à Saint Germain l’Aiguillier en 1755 avec un jeune homme ayant abjuré au préalable[4], formalité qui n’est pas exigée d’elle ce qui donne à penser qu’elle a rejoint l’église romaine.

 

[1] L’Eglise réformée des Touches était une église de fief depuis 1561 qui drainait en outre les protestants des environs (Tillay, Monsireigne, Sigournais, Le Tallud, Sainte Gemme les Bruyères).

[2] Il s’agit d’une femme dont le nom de famille est « Marquis » mais comme fréquemment, le curé féminise les noms de famille lorsqu’il s’agit de femmes ce qui donne des noms fantaisistes tels que « Marquise », « Brunette » ou « Blanchette ».

[3] Elle n’assiste ni au mariage de son fils avec Jacquette Guinaudeau qui se déroule le 6 août 1743 à Saint Germain l’Aiguiller, ni à celui de sa fille qui a lieu en janvier 1750.

[4] « aujourd’hui le 3ème jour du mois de décembre 1755, après la publication des bans et fiançailles et autres cérémonies (…) jay donné la bénédiction nuptiale à Jacques Turcaut majeur domestique après avoir fait son abjuration de son hérésie en présence de Mr Pierre Angevin et Jean Bounnault et Antoine Guilbot (…) et à Perrine Rault, aussi majeure fille de défunt Mathurin Rault et de défunte  Jeanne Marquis (de Sainte Gemme les Bruyères). Du côté de la mariée ont été présents Jean Goudau, Jean Vandé son beau-frère, Jeanne Rau sa sœur Marie Haie et plusieurs autres parents et amis ».

 

 

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