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Aussi loin que je me souvienne...

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime les histoires.

 

Ce goût m’a conduit vers l’Histoire, grâce aux manuels de l’école primaire des années 60 qui nous entraînaient dans ces tentatives de reconstitution de la vie quotidienne des Gaulois et autres Vikings.

 

Les illustrations étaient sommaires et l’auteur concédait quelques incursions dans les biographies stéréotypées de ces héros qui ont fait la France : Vercingétorix, ce noble perdant, Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui remet son roi sur le trône ou bien ce jeune révolutionnaire de 15 ans qui sera assassiné par ces Vendéens obtus pour avoir clamé avec défi : « vive la République, à bas le Roi ».   

 

Vers l’âge de 14 ans, j’ai accompagné les premiers pas de ma mère dans la généalogie, à travers les registres paroissiaux de la petite mairie du village natal de bon nombre de ses ancêtres.

 

Je crois que j’aimais à la fois l’enquête poursuivie et le déchiffrage de ces actes d’état civil, me prenant sans doute un peu pour Champollion qui a trouvé les clés pour décrypter un monde lointain d’histoires quotidiennes.

 

Si loin et si proche, à l’instar de ce que nous racontent les graffitis de Pompéi.

 

Les actes notariés ont permis ensuite d’entrevoir un peu plus les personnes cachées derrière ces lignées et ces dates et m’ont amené à chasser les singularités au-delà des formules très classiques que l’on y trouve. Cette quête permet parfois de glaner quelques pépites comme cette lettre de Paris d’un orfèvre à sa femme aux fins de l’autoriser à prendre un bail et dans laquelle il se répand sur ses déboires judiciaires.

 

A partir de ces éléments épars, je trouve passionnant d’échafauder et d’ajuster des hypothèses à partir des éléments rassemblés et confrontés avec la grande histoire, dans un constant va-et-vient.

 

Dans ce travail, certains détails initialement négligés prennent un sens particulier tandis que d’autres n’ont pas le relief qu’ils promettaient au départ.

 

Ces très modestes assemblages permettent de donner un peu de chair à ces noms et d’esquisser certaines histoires singulières. C’est ce que je me propose de faire très modestement dans ce blog, tenter d’éclairer des fragments de vie de mes ancêtres, à la lumière de la grande histoire.

 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 18:14

La noblesse, c'est l'association la plus fréquemment faite lorsque l'on parle généalogie avec des néophytes. "Alors t'en as?" s'entendent questionner mêmes les plus farouches républicains. Parce que même si on l'a guillotinée et que l'égalité trône au centre de la devise nationale, la noblesse donne un coup de lustre et de prestige à nos généalogies.

 

Et puis après tout, ils sont loin les privilèges de l'aristocratie et les brioches de Marie Antoinette. Et le heaume et la cotte de maille c'est tellement romantique !

 

Après, tant qu'on y est, le snobisme nous impose d'être exigeant. Il y a noblesse et noblesse. Pour moi cela ne se mesure pas au titre. Bien sûr, un duc c'est plus chic qu'un comte ou qu'un modeste écuyer. Mais tant qu'à faire, je préférerais avoir dans mes ancêtres des aïeux de modeste maison ayant accompagné Saint-Louis à la croisade que de la noblesse de robe, même avec un Président à mortier. De la noblesse d'épée, voilà qui aurait du sens !

 

Chez mes vieux et peut-être à une exception près, point d'aristocrates, par contre chez ceux de mon compagnon, j'ai découvert de la bonne et vieille noblesse d'épée, peut-être pas le Gotha mais au moins quelques représentants de la noblesse du Vivarais de l'ancien Régime. On y trouve même le Pape Urbain V. Mais je vous laisse découvrir.

 

En prodiguant ses conseils matrimoniaux à sa fille Marie Gazel de ne jamais épouser un paysan, Valentine Pouzache l'arrière-grand mère paternelle de mon compagnon, soupçonnait-elle que, plus que son expérience - probablement douloureuse - d'orpheline trop jeune mariée à un paysan, c'était peut-être le snobisme de son sang bleu qui parlait.

 

Car Valentine Pouzache était liée à plusieurs ascendants de noble famille. Non pas de ces  bourgeois au nom duquel on accolait un "sieur de", du nom de la terre dont ils tiraient une rente mais bien de la noblesse blasonnée.

Quelques uns des blasons familiaux

Quelques uns des blasons familiaux

Je fais dès maintenant une petite parenthèse sur cette propension qu'eurent les bourgeois de l'ancien Régime à choisir le nom de leur terres pour se donner un vernis de noblesse.

 

J'en ai beaucoup dans mon arbre généalogique de ces sieurs de Launay, de Bourneuil, de Cougnat, de Bourgougne etc qui ne sont pourtant que des roturiers, pour un seul supposé noble dénommé François de la Morlière dont un collatéral a été condamné à avoir la tête tranchée ce qui est un indice de noblesse. Les gueux, ont les pendait, c'était moins élégant et c'est probablement pour quoi c'était comme ça.

 

Alors à part le snobisme pourquoi se prévalaient-ils d'un tel vernis? Et bien cela a à voir avec le paiement de la taille, impôt direct de l'ancien Régime dont les nobles étaient exemptés.

 

L'exemption s'opérait selon deux modalités qui dépendaient du type d'administration de la province. Dans les provinces administrées directement par l'administration royale comme le Poitou[1], la taille était personnelle son montant étant défini en fonction de l'ensemble des revenus de chaque contribuable (sauf les nobles, le clergé et certaines villes) par des collecteurs locaux. Se revendiquer d'une certaine noblesse permettait donc d'échapper à la taille ce qui généra notamment des recensements de la noblesse assorti de punitions et d'amendes pour ceux qui s'en revendiquaient sans titre valable.

 

En revanche les états du Languedoc[2] dont dépendait le Vivarais avaient, avec quelques autres provinces (Bretagne, Provence et Bourgogne), gardé le privilège de prélever elles-mêmes l'impôt. Le prélèvement s'effectuait uniquement sur la terre possédée (taille dite "réelle") et affecté d'un coefficient en rapport avec la productivité du sol (en Languedoc après 1691). Pour établir les terres taillables et leur propriétaires, les communautés établissaient et révisaient périodiquement une sorte de cadastre dénommé "compoix". Là encore toutefois, les terres nobles étaient exonérées d'impôt.

 

C'est peut-être ce qui motiva Louis Pouzache, ancêtre en ligne directe de Valentine de se faire appeler "sieur du Landas", à l'occasion de son mariage avec Marianne Françoise Clément Dupont en 1708 à Saint Martial.

 

 

[1] aussi dénommés pays d'élection, l'élection étant une circonscription financière soumise à la juridiction des officiers royaux (les élus). C'était une subdivision de la généralité.

[2] Les pays d'état étaient dans l'ancien Régime des provinces du royaume ayant conservé leurs états provinciaux c'est à dire une représentation des trois ordres et dont le rôle essentiel était de négocier le montant de l'impôt avec le pouvoir royal et de le répartir. Les états du Vivarais étaient inclus dans les états du Languedoc

Les trois ordres de la France de l'ancien Régime

Les trois ordres de la France de l'ancien Régime

D'abord, comment devient-on noble?

 

Il faut distinguer plusieurs périodes et plusieurs manières d'être anobli. Au demeurant, on pouvait naître noble mais perdre soi-même cette qualité.

 

Au Moyen Age, le pouvoir d’anoblir relevait des grands seigneurs qui pouvaient armer des chevaliers. La personne noble était alors celle qui portait le titre de chevalier ou d'écuyer (avant d'être fait chevalier). Ces chevaliers étaient au service de ces grandes familles aristocratiques titulaires de grands domaines fonciers dont ils obtenaient en contrepartie des terres nobles. Inscrite dans le système féodal, la relation personnelle entre le chevalier et son suzerain impliquait notamment de répondre à l'appel pour aller faire la guerre. Le suzerain était comme un chef de bande, le "big boss" étant le roi qui était placé tout en haut de cette chaîne de liens partant du plus humble des chevaliers en passant par le baron local puis le comte pour arriver aux grands du royaume.

 

Durant tout le Moyen Âge et le début de l’époque moderne, l'un des modes essentiels d’entrée dans la noblesse est celui de l’agrégation qui consistait à vivre noblement pendant plus de trois générations, c'est à dire à partager les activités (participer à la guerre, ne pas effectuer d'activités manuelles etc) et les valeurs de la noblesse. C'est la noblesse d'extraction qui est prestigieuse car souvent très ancienne.

 

A partir du 15ème siècle, au moment où la féodalité s'efface comme système politique au profit de l'Etat avec le roi à sa tête, c'est tout naturellement que l'anoblissement devient un acte formel du souverain, avec des conditions d'accès et des privilèges qui en résultent (dont l'exemption de la taille).

 

On peut être alors, anobli par lettres patentes édictées à titre de récompense pour un acte de bravoure par exemple ou par lettre de noblesse.

 

Une autre forme d'anoblissement résultait de l'exercice d'une charge dans l'administration royale. Ainsi, certaines occupations administratives notamment dans la justice et les finances conféraient la noblesse. C'est ce que l'on appelait la noblesse de robe par opposition avec la noblesse d'épée, acquise, elle, par les armes.

 

Il existait aussi des fonctions anoblissantes, notamment l'exercice de fonctions municipales de maire (Poitiers, Bourges, Angers etc.).

 

L'anoblissement a pu s'opérer par possession de fief noble (c'est l'anoblissement "aux francs-fiefs") dans une période très délimitée en Normandie (1470-1560) et ceci afin de reconstituer la noblesse d'une province juste reconquise.

 

De la même manière que pour la noblesse d'extraction, l'on devenait noble en vivant noblement, la noblesse et les privilèges qu'elle conférait pouvaient se perdre en rompant justement avec ce mode de vie, en exerçant par exemple une activité mercantile ou manuelle jugée non conforme avec le statut de la noblesse. C'est ce que l'on appelait la dérogeance.

Galaad  adoubé chevalier ("la quête du Graal" miniature du 14ème siècle BnF-Gallica)

Galaad adoubé chevalier ("la quête du Graal" miniature du 14ème siècle BnF-Gallica)

La particule élémentaire

 

En remontant dans le temps, la première particule apparaît à l'occasion du mariage célébré le 9 mars 1727 à Vallon Pont d'Arc entre le roturier Blaise Jullien et Marie de Saint Etienne, couple dont la fille Marie-Anne Jullien sera mariée très jeune à Pierre Pouzache, fils d'un notable de Vinezac en 1744. 

 

Le sieur Blaise Jullien est lieutenant dans le régiment de Péguiny ou Pequiny. Il est le fils de "demoiselle Jeanne Durand et de feu sire Pierre Jullien du lieu de Saint Alban sous Sampzon d'une part".

 

On sent que le curé essaie de donner un peu de relief à l'ascendance du sieur Jullien car sa future, Marie de Saint Etienne, est la fille de noble Guillaume de Saint Etienne (1677-1734) et de feu dame Françoise de Gigord (1676-1712).

Le seul "portrait de famille" : Joseph de Saint Etienne de Borne, comte de Saint Sernin, demi-frère de Marie de Saint Etienne

Le seul "portrait de famille" : Joseph de Saint Etienne de Borne, comte de Saint Sernin, demi-frère de Marie de Saint Etienne

Entre les lignes, l'acte de mariage semble exprimer que cette union ne va pas de soi. D'abord, seuls les futurs époux et les témoins assistent au mariage, leurs familles s'abstiennent.

 

Ensuite, tandis que le consentement écrit de la mère de l'époux est formulé dès le "7 décembre dernier" soit plus de trois mois avant le mariage, celui du père de l'épouse a été signé seulement deux jours avant. Guillaume de Saint-Etienne aurait-il eu des états d'âme avant d'accepter cette mésalliance?

 

Enfin, il ne parraina pas son premier petit-fils alors qu'il était vivant au moment de sa naissance. Seule la famille de Gigord fut présente. Aucun enfant mâle du couple Jullien-Saint Etienne ne sera d'ailleurs prénommé Guillaume.

 

Il faut dire que la première épouse de Guillaume de Saint Etienne mourut quand sa fille Marie avait 12 ans et que le père de celle-ci se remaria quatre ans plus tard avec une certaine Marguerite de Burine. Peut-être que la marâtre n'eut de cesse que soit casée cette fille du premier lit et ce, à n'importe quelle condition.

 

Pourtant, le métier des armes devait rapprocher le futur beau-père et le futur gendre et c'est ce point commun qui fonde l'explication la plus plausible de ce mariage. En effet, si Blaise Jullien était lieutenant dans un régiment prestigieux[1], son beau-père était lui-même capitaine au régiment de Barville.

 

Il doit être souligné qu'un roturier ne pouvait que très exceptionnellement espérer finir une carrière dans l'armée dans un grade d'officier. La noblesse demeurait le second ordre dédié à la guerre et c'est elle qui naturellement occupait les grades supérieurs. Dans ce contexte, un grade de lieutenant pour Blaise Julien était une très belle réussite.

 

[1] Le régiment des chevaux légers de la Garde du Roi était financé par Michel Ferdinand d'Albert d'Ailly,  Duc de Pequiny. Il s'agissait apparemment d'un régiment de cavalerie prestigieux composé essentiellement de nobles.

Uniforme des Chevaux-légers (gravure du 18ème siècle - BnF (Gallica))

Uniforme des Chevaux-légers (gravure du 18ème siècle - BnF (Gallica))

Donjon de Borne, berceau de la famille éponyme

Donjon de Borne, berceau de la famille éponyme

L'origine des Saint Etienne et des Gigord

 

S'agissant de la famille de Saint-Etienne, le tour de la question sera rapide. Il n'y a que peu d'éléments sur l'ascendance de Saint Etienne et l'on ne va pas au delà de Guillaume de Saint Etienne, grand-père de Marie, qui avait épousé Hélène de Borne et qui était, lui aussi, capitaine de cavalerie. Un métier qui devient presque un atavisme.

Il semblerait d'ailleurs que la famille de Saint Etienne n'ait pas eu une ascendance très prestigieuse.

 

Hélène de Borne était en revanche une des dernières représentantes d'une famille très ancienne de la noblesse chevaleresque remontant au XIème siècle et originaire du village de Borne établi au bord de la rivière du même nom.

 

Elle était la dernière représentante d'une des branches de cette famille, les Borne de Ligonniers (ou de Ligonnès en occitan), les autres branches identifiées étant les Borne d'Altier (vers 1320) et les Borne de Laugères (vers 1400).

 

Les Borne de Ligonès apparaissent à l'occasion du mariage de Jean 1er de Borne et Agnès de Ligonès vers 1367, Ligonès étant un hameau de Sablières, à côté de Saint Melany. Jean 1er de Borne est le descendant de Guillaume de Borne, seigneur de Borne et de Sarrecourte dans le diocèse de Viviers vers 1177 (Sarrecourt. Ce dernier descendrait de Guigon ou Aiglon de Borne, deux frères ayant vécu vers 1030.

 

En 1593 a lieu le mariage des grand parents paternels d'Hélène de Borne, David de Borne, seigneur de Ligonnès et de Beaumefort (à Saint Alban d'Auriolles) et Hélène de Grimoard de Beauvoir du Roure. Ce fut l'occasion d'une alliance avec la famille prestigieuse des Grimoard de Beauvoir du Roure qui avaient compté dans leur famille rien moins que le Pape Urbain V, né Guillaume de Grimoard vers 1310 au chateau de Grizac en Lozère et devenu Pape à Avignon en 1361.

Le Pape Urbain V

Le Pape Urbain V

Concernant maintenant la famille de Gigord, celle-ci proviendrait à l'origine du Dauphiné. Un cadet de la famille, Raymond de Gigord, aurait quitté le Dauphiné pour être chevalier au service de Randon de Joyeuse et aurait épousé la fille du seigneur de Vignal à Chambonas. Il fait son testament en 1426.

 

En généalogie, l'avantage des lignées nobles est en particulier qu'elles ont donné lieu à des généalogies, souvent pour prouver leur noblesse.

 

C'est ainsi par exemple qu'en 1657, Raymond de Gigord, seigneur de la Rochette et Charaix, docteur es droit et lieutenant principal au sénéchal ducal de Joyeuse fut contraint de démontrer la noblesse de sa famille dans le cadre d'une procédure engagée contre lui pour refus de paiement de la taxe de franc-fiefs[1] et livra à cet effet une généalogie. Cette généalogie permit peut-être d'alimenter celle décrite dans l'armorial de la noblesse du Languedoc pour la même famille.

 

Ainsi, au delà des famille Borne et Gigord, les ramifications de ces familles ainsi que leurs ascendances sont très souvent documentées, à partir notamment des archives seigneuriales.

 

[1] exigible uniquement auprès de roturiers même détenteurs de terres de franc-fiefs, d'où l'intérêt de prouver sa noblesse.

Courtisans en 1572

Courtisans en 1572

"Tout va très bien, madame la Marquise' (de Paul Misraki - 1935)

 Grandeur et décadence des Sampzon

 

Au delà de la démonstration de noblesse, on obtient des informations précises, notamment  comme dans le cas de la famille d'Adillon de Sampzon, grâce aux efforts de mémorialiste d'un de ses membres.

 

Ainsi, Antoine de Sampzon (1568-1640), seigneur de la Bastide, co-seigneur de Saint-Alban et la Beaume qui est un ancêtre à la 13ème génération de Valentine Pouzache a écrit ses mémoires en 1621 qui ne sont pas les récits d'une vie au sens moderne mais plutôt un mélange improbable de considérations généalogiques, personnelles et patrimoniales.

 

Il illustra ses propos généalogiques par des références à des testaments ou des contrats de mariage, tel le mariage entre Guillaume de Sampzon et Jeanne de Montbel le 4 janvier 1197 qu'il avait trouvé "d'un grand parchemin par la vieillesse et fraction duquel n'ai pu lire les autres particularités dudit mariage" et qu'il précisa classer "dans un grand sac écrit au dessus de la toile, sac des hommages".

 

Je passe sur son énumération de la descendance de Guillaume de Sampzon et de Jeanne de Montbel, propriétaires de la seigneurie de la Bastide et dont la dernière héritière, une certaine Aygueline née au 14ème siècle, transmit son nom et son héritage à la descendance qu'elle eut avec Jalcolm d'Adillon.

 

Dans les anecdotes familiales, on apprend pêle-mêle que le grand-père d'Antoine de Sampzon, un guerrier grand et corpulent, était au service du Duc de Lorraine et plus souvent en guerre et à la chasse qu'à la maison et que les deux frères de celui-ci moururent prématurément, l'un des suites d'une chasse et l'autre de la guerre.

 

Son père était selon sa description, un grand type "maigre de couleur basanée, fort doux, charitable et équitable" qui "raccomoda ses affaires, que pour ses plaisirs en son jeune âge avaient pris un mauvais train", autrement dit, qui finit par se mettre à gérer son domaine, avant de mourir, trop tôt, comme le déplore son fils en 1581.

 

Notre mémorialiste tresse aussi des couronnes de louanges à sa mère (ah maman !) qui sut malgré l'adversité d'un veuvage trop précoce conserver "notre maison qu'elle améliora et tout le reste de notre héritage, par sa bonne et louable ménagerie éleva à la vertu nous autres ses enfants, louangée et prisée de tous ceux qui la connaissaient ....".

 

De son mariage avec Madeleine de Borne, il eut deux filles Louise et Hélène dont il exigea que la descendance porte le nom de Sampzon, faute d'héritier mâle.

 

A la génération des petits enfants, la situation familiale se gâte quelque peu. Les héritiers de la famille qui furent Antoine et Alexandrine, les deux enfants de Louise de Sampzon et de François de Rochier, causèrent bien du souci à leur grand-père paternel et à leur mère. Elle se retrouvait seule, étant devenue veuve prématurément de son guerrier de mari ,décédé en 1622 des suites d'une maladie contractée lors du siège de Montpellier.

 

Leur fils Antoine semble avoir été un type peu fréquentable qui menait grand train, empruntant  pour cela de l'argent en profitant du crédit de son grand-père et extorquant de sa mère de l'argent par la menace. Il assassina un parent de sa femme d'un coup de fusil, alors que le pauvre homme était benoitement en train de pêcher, puis se sauva. Bref, le sale type.

 

Quand à sa sœur, Alexandrine, elle semble avoir été instrumentalisée par son mari, Pierre de Borne[1],  qui tenta à plusieurs reprises de capter l'héritage, au point que, dégoutée de ses enfants, cette pauvre Louise de Sampzon décida de se retirer au couvent ou elle mourut en 1646.

 

[1] Ce sont les ascendants directs de Valentine Pouzache, ils étaient parents du 3 au 4ème degré de consanguinité ce qui fait qu'elle descend deux fois du même couple marié en 1551 : Pierre de Borne et Louise Audibert de la Farelle.

Château de La Bastide de Sampzon

Château de La Bastide de Sampzon

D'autres particules plus éloignées dans l'arbre

 

Le 25 janvier 1693, Benoit Clément-Dupont épouse Marie Blanche de Champel de Sauverzat à Saint Martial. L'époux est dit être de la paroisse de Montpezat sur Bauzon - mariés en présence « de Jean de Beysans et Charles de la Planche, baillis de Montpezat, messieurs Joseph Dupont et François Chambon dudit Montpezat et nobles Joachim de Sauverzat, père et fils et Joseph de Sauverzat sieur de la Saigne».

 

C'est de cette union qu'est issue Marianne Françoise Clément Dupont qui épousa en 1708 Louis Pouzache à Saint Martial.

 

Dans ce cas de figure, il s'agit vraisemblablement d'alliances patrimoniales entre des familles bourgeoises et de la petite noblesse.

 

Les Sauversac (ou Sauverzat) étaient des notaires installés à Saint Martial, notamment dans la maison forte du lieu dit de Chambon. La particule semble avoir été ajoutée par la suite pour faire chic, notamment à l'occasion de l'alliance avec la famille d'Allard qui suit. 

 

Bernard Sauverzat épousa en 1612 Marie d'Allard fille de Valentin d'Allard et d'Anne Meysonnier, la famille d'Allard étant une famille de petite noblesse originaire du Vivarais (Mezilhac) qui aurait essaimé en Dauphiné (famille Allard de Montvendre). Valentin d'Allard s'était converti au protestantisme.   

 

Un des fils de ce couple, Joachim de Sauverzac (ancêtre de Valentine à la 10ème génération) épousa lui aussi une femme de la noblesse en la personne de Françoise d'Alles. En 1664, il aurait présenté un mémoire pour obtenir de porter le nom d'Allard et être maintenu comme noble. Cette  alliance entre la bourgeoisie et la noblesse se retrouve également dans l'alliance entre Marie de Sauversac, la soeur de Joachim, et Henri Blanc de Molines en 1639.

 

Ce que j'ai trouvé sur la famille d'Allard est assez flou et résulterait d'une enquête menée en 1593 à la demande des d'Allard du Dauphiné pour éviter (encore!) de payer la taille. La date d'anoblissement de cette famille n'est pas connue mais il serait intervenu avant 1450. Cette famille a donné lieu à quatre rameaux en Vivarais : les Allard de Mezilhac, de Chanéac, de la Pervenche et du Pouzin.

 

Les Allard de Mezilhac du Chambon et de Sauverzac sont ceux qui nous concernent. Claude, fils de noble Antoine d'Allard, épousa Marguerite Izaille en 1532. Il est convoqué au ban et servi à Aigues-Mortes vers 1540 ce qui est un signe de noblesse[1]. Claude d'Allard était le père de Valentin d'Allard.

 

[1] La convocation au ban ou bien à l'arrière-ban (qui est à l'origine de l'expression actuelle) était l'appel du suzerain à ses vassaux afin qu'ils se joignent à lui pour faire la guerre. Le ban signifie la convocation des vassaux directs et l'arrière ban, des vassaux des vassaux. Jusque tardivement sous l'ancien régime, le déclenchement de la guerre par le roi (en qualité de suzerain de tous les nobles du royaume) était précédé de cette convocation

 

la Bataille d'Azincourt

la Bataille d'Azincourt

Quant à Françoise d'Allès, elle était la fille de Jehan d'Allès, seigneur de Sauzet lui même d'une famille noble du Velay (vers le Puy) identifiée dès le 13me siècle et de Marie Brossier de Chambonnet également d'une famille noble du Velay, vers Yssingeaux.

 

Pour l'anecdote, Françoise d'Allès tenta en vain de s'opposer à une mésalliance entre son fils Joseph de Sauverzac, sieur de la Saigne avec Louise Blache, de Chabeuil en Dauphiné qui était servante de Marie Truchet veuve de René Durand sieur de Fourchades. Le mariage eut lieu le 26 novembre 1706 au Cheylard. Louise Blache eut le bon goût de mourir assez rapidement.

La famille Dangelin de Surville

 

C'est Emilie Suchet, mère de Clothilde Tourvieille et grand mère de Valentine Pouzache qui descend de cette famille.

 

Cette filiation vient du mariage entre Dorothée Dangelin de Surville (1611- avant 1667) avec André Delauzun à Gras le 20 octobre 1636.

 

Le nom Dangelin fait assez chic, au point que l'on se demande s'il ne s'écrit pas avec un "d" apostrophe.  

 

Si pour des snobs, l'apostrophe est indispensable, elle n'était pas de rigueur et d'ailleurs Dangelin est le nom d'un notaire roturier de Saint Alban en Gévaudan, dans le diocèse de Mende (Lozère) qui épousa Louise de Surville en 1559. Les enfants de ce couple, Gabriel et Robert, accolèrent le patronyme de Surville.

 

Ils grandirent à Vesseaux chez leur oncle François de Surville dit "le vieux" (vers 1520-vers 1599) qui était seigneur de Fourton (sur le plateau de Coiron), probablement élevés comme des jeunes nobles au métier des armes.

Chevaliers en campagne (miniature du 14ème - Bibliothèque universitaire de Strasbourg)

Chevaliers en campagne (miniature du 14ème - Bibliothèque universitaire de Strasbourg)

Robert mourra assez jeune tandis que Gabriel quitta le château de son oncle pour s'installer à Lavilledieu. Il était capitaine dans le parti catholique contre les huguenots et mourut en 1621 d'un coup d'arquebuse en poursuivant une garnison huguenote de La Gorce qui avait tenté   d'attaqué Rochecolombe.

 

Il laissait une veuve, Catherine de Rouvière et six enfants,  Jacqueline (née en 1605), Suzanne (1608), Hélie (1611-1651), Françoise (1615), Dorothée (1616) et Jeanne.

 

La famille de Surville serait originaire de Normandie. Le premier, Simon de Surville, est signalé en 1304 dans un acte concernant une terre à Saint Privat près de Vesseaux. Cette famille possédait deux châteaux disparus aujourd'hui, une maison forte dans le bourg de Vesseaux et le chateau de Forton précité à Freyssenet sur le Coiron.

 

La mère de Gabriel, Louise de Surville, était la fille de Jean dit "Bérengon" de Surville seigneur de Forton et co-seigneur de Lachamp et de Françoise de Comte. Celui-ci est l'auteur de la branche de Forton demeurée à Vesseaux, l'autre branche étant celle de Gras.

 

L'arrière grand-père de Jean de Surville, Béranger (1398- après 1459) fut chevalier de Charles VII et participa au siège d'Orléans. Il avait été relaté qu'il y était mort mais des actes postérieurs à 1429 démontrent qu'il ne trépassa point dans ce siège.

 

On a supposé que son épouse Clothilde de Chalis (vers 1405-vers 1498) avait rédigé des poèmes qui furent transmis jusqu'à Joseph Etienne marquis de Surville et publiés après sa mort par sa femme. Ensuite, l'origine de ces poèmes fut contestée et ceux-ci considérés comme une supercherie littéraire. On conçut qu'en réalité ils avaient écrits par le marquis de Surville, les poèmes étant empreints d'éléments modernes, étrangers au 15ème siècle.

 

Il semblerait que la vérité soit entre les deux, ces poèmes auraient été effectivement rédigés au Moyen-âge mais retravaillés probablement par ce lointain descendant.

 

J'ai lu par ailleurs que Guillaume de Surville, grand-père de Béranger avait fait partie des sept chevaliers français ayant affronté les sept chevaliers anglais à Montendre en 1402, en pleine guerre de Cent ans. Cette même source pourtant bien documentée énonce d'ailleurs les pedigrees des sept chevaliers français. Toutefois, aucun d'eux ne répond au nom de Surville.

Tournoi en l'honneur de la reine Isabeau de Bavière en 1389

Tournoi en l'honneur de la reine Isabeau de Bavière en 1389

Des particules entre nobles et roturiers

 

Avant de fermer ce chapitre, je souhaite évoquer d'autres ascendants de Valentine Pouzache qui ont un nom moins prestigieux et dont la noblesse est peut-être matinée de bourgeoisie.

 

Il s'agit d'abord de la famille Ganhat de la Couronne portée par le viguier (juge royal) de Villeneuve de Berg vers 1650. Jacques Ganhat de la Couronne avait épousé Jeanne de Ladet. Or point de traces dans les armoriaux de la noblesse du Vivarais ou du Velay. Il est qualifié de noble dans des actes mais cela n'est pas un indice décisif. Si noblesse il y a eut, peut-être la devait-il à sa charge de viguier et donc aurait-il été de ces représentants de la noblesse de robe.

 

Ma préférée demeure la famille au nom poétique de Chalabraysse de Gallimard. Citée dans le nobiliaire du Velay et de l'ancien diocèse du Puy elle fut représentée à l'assemblée de la noblesse du Gévaudan en 1789.

 

Installée à Genestelle depuis le 15ème siècle, cette famille aurait été établie au mas de Chalabruyesse d'où son nom. Elle paraît s'être appelée "Del Masoier alias Chalabrueysse" (acte notarié de 1427) avant d'adopter son surnom. Plus tardivement, il en sera de même pour le nom de Galimard qui vient du surnom de Benoit Chalabruyesse dit le capitaine Galimard [1] (1549-avant 1624).

 

De fil en aiguille, l'arrière grand-mère d'Emilie Suchet se maria en 1758 sous le nom de Claire Galimard alors que son père s'était marié sous le nom d'Antoine Chalabrueisse dit Galimard.

 

[1] Il fut l'auteur des trois branches Genestelle, Burzet et Saint Pierreville. Valentine Pouzache descend de la branche de Genestelle.

Bottin mondain
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Published by F. Brillanceau - dans arbres sous la loupe
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29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 17:33

L'idée de créer une nouvelle catégorie intitulée "arbres sous la loupe" m'est venue après avoir travaillé sur d'autres arbres généalogiques que le mien.

Elle est une des réponses à cette lancinante interrogation de l'utilité de faire un arbre généalogique.

Si pour le généalogiste, le plaisir réside dans la recherche et dans l'enquête, pour ceux dont on fait la généalogie, ces listes de dates et de personnes sont abstraites et peu intéressantes. Le fait qu'ils soient des ascendants ne les rend pas plus attirants.

Il est alors important de réfléchir à la manière de présenter le résultat de ces multiples enquêtes afin d'incarner ces personnes disparues il y a bien longtemps.

Mettre en perspective des curiosités relevées, tenter de les expliquer, donner du sens tout en prolongeant plus loin le plaisir de l'enquête, c'est ce que je me suis appliqué à faire pour d'autres et que je retrace dans cette rubrique, en faisant un lien avec mon propre arbre généalogique si nécessaire.

Ce article traite des migrations et de la mobilité dans l'arbre généalogique de la famille Peyremorte-Grassot, famille issue de la Drôme méridionale et des villages de La Laupie et de Saint Nazaire le Désert qui résulte du mariage d'Henri Peyremorte avec Georgette Grassot le 26 janvier 1937 à Valence dans la Drôme.

 

Le premier constat en la matière c'est qu'à part le fait que la mère de Georgette Grassot soit issue d'une famille espagnole d'Alicante installée en Algérie, la famille Grassot affiche une mobilité dans un rayon de 30 kms autour de Saint Nazaire le Désert qui est le berceau familial de la famille.

 

La famille Peyremorte affiche une mobilité bien plus grande qui s'inscrit comme on le verra dans un schéma de migration relativement classique dans la vallée du Rhône.

 

Les foyers familiaux des Peyremorte et des Grassot expliquent probablement cette différence. Alors que Saint Nazaire le Désert est enclavé dans la montagne à 70 kilomètres de l’axe de circulation de la vallée du Rhône, La Laupie ainsi que les villages alentours dont est originaire la branche Peyremorte se trouvent sur la route qui relie Montélimar et Crest (la vallée du Roubion) et très proches de l'axe Paris-Lyon-Marseille.

Saint Nazaire le Désert au début du 20ème siècle

Saint Nazaire le Désert au début du 20ème siècle

Chez les Grassot

 

La branche Grassot s'enracine à Saint Nazaire le Désert et aux alentours (Rochefourchat, Gumiane, Chalancon, Bouvière etc) et dans la vallée de la Drôme (entre Die et Luc en Diois) avec une petite ramification à Saint-Martin en Vercors.

 

Trois exceptions nous amènent d'abord dans les Hautes Alpes puis vers l'Ardèche et enfin dans le Jura ou bien le Doubs, l'intéressé étant natif du diocèse de Besançon.

 

Jacques Givodan (1705-1768) maréchal ferrand de profession, qui se maria avec Jeanne Marie Brès, le 20 avril 1728 à Saint Nazaire le Désert était natif de Rosans dans les Hautes Alpes, soit à peu près à 50 kms au sud de Saint Nazaire.

 

Comment s'établit-il loin de chez lui ? Il est possible que les circonstances familiales le sortent très tôt du foyer.

 

Son père, maréchal-ferrant de Rosans, décéda prématurément à l'âge de 45 ans en janvier 1717, en laissant derrière lui plusieurs enfants.

 

Jeanne Rolland, sa veuve, casa rapidement les enfants en âge de l'être, en commençant par Antoine l'aîné qui se maria dès août 1717 dans la Drôme à Cornillac avec une lointaine cousine[1]. A sa suite, son jeune frère Jacques a très vraisemblablement été envoyé pour faire son apprentissage de  maréchal ferrant chez Jean Brès à Saint Nazaire le Désert dans la même période, soit vers l'âge de 10 ans.

 

De patron, Jean Brès devient beau-père avec le mariage de Jacques Givodan et de Jeanne Marie Brès. Elle a tout juste 15 ans tandis que lui est âgé de 21 ans.

 

Ce mariage permit très certainement la reprise de la forge familiale en l'absence de descendant mâle chez les Brès, tout en constituant une alliance entre pairs. Après tout, Jacques Givodan venait d'une bonne famille de maréchaux ferrants avec son père et son grand père.

 

Plus mystérieuses sont les raisons pour lesquelles Michel Girardon (1751-1815) cordonnier puis cabaretier à Saint Nazaire le Désert épousa à Eurre le 23 août 1784, Madeleine Charrière (1753-1817) qui était née à Chabeuil et dont la lignée maternelle était originaire d'Ardèche et la lignée paternelle d'Etoile sur le Rhône.

 

La mère de Madeleine Charrière, l'"honorable" Marie Madeleine Mazerat (1723-1789) ainsi qu'elle est dénommée dans son acte de mariage et dans celui de sa fille Madeleine, est peut-être née dans la Drôme ou en Ardèche.

 

Sa mère Madeleine Coste (1696-1751) est en revanche sans conteste une ardéchoise puisqu'elle est dite être originaire du Vivarais[2] dans son acte de décès tandis que le nom de famille Mazerat est localisé en Ardèche (Champis, Colombier le Vieux, Colombier le Jeune etc).

 

Le père de Marie Madeleine Mazerat, Pierre Mazerat était granger[3] au domaine de Bressac à Montélèger. Peut-être Madeleine Coste et Pierre Mazerat quittèrent-ils leurs montagnes ardéchoises pour tenter de vivre des terres fertiles de la vallée du Rhône ?

 

Le contrat de mariage de Michel Girardon et de Madeleine Charrière qui a été passé chez maître Eymard, notaire à Etoile sur Rhône, permettrait probablement d'en savoir un peu plus sur les raisons pour lesquelles ces deux-là se sont épousés.

 

Toujours est-il que dans les archives notariales de l'étude de maître Giry à Saint Nazaire le Désert (numérisées pour la période 1770-1790), un acte passé le 2 juin 1784 enregistre le fait que Michel Girardon emprunte 192 livres à Antoine Anduol qu'il s'oblige à rembourser "dans une année prochaine à la côte vingtième, à compter de ce jour et jusqu'à l'entier paiement" (vue 366/488). Ne serait-ce pas là un emprunt pour permettre un apport dans la future communauté conjugale ?  

 

[1] voir archives départementales de la Drôme, paroisse de Comillac (vue 208/516). Elle est parente avec son époux au quatrième degré.

[2] le département de l'Ardèche actuelle

[3] Utilisé en Dauphiné, le terme de granger correspond à la définition du métayer employé dans le reste de la France (dans la France de l'ouest on dit aussi un bordier et une borderie). La moitié des fruits récoltés par le granger ou bien le métayer constituait en général le prix du loyer de la terre (selon les usage cela pouvait être moins de la moitié)  dont il s'acquittait auprès du propriétaire de la terre ("Le metaier est ainsi appelé en France de metairie ; et en Dauphiné, granger, de grange ; l’un et l’autre edifice, au dit païs, signifiant une mesme chose, bien qu’en France la grange ne soit que partie de la metairie" Olivier de Serres).

Siège de Gray en Franche-Comté (1674)

Siège de Gray en Franche-Comté (1674)

Quant au troisième ancêtre voyageur de la branche Grassot, Jean Guibert dit "Lorange", était originaire "de Bone diocèse de Bezançon en Franche Comté[1]" au moment où il se maria avec Anne Joubert le 14 avril 1676 à Die.

 

Déterminer où se trouve "Bone" a donné lieu à une enquête qui n'a pas encore totalement porté ses fruits. On peut écarter avec certitude la ville de Beaune en Côtes d'Or. Elle ne relevait pas du diocèse de Besançon dans l'ancien régime qui couvrait peu ou prou les départements actuels du Jura et du Doubs.

 

Ainsi deux candidates apparaissent : Beaume les Dames dans le Doubs et Beaume les Messieurs dans le Jura, cela ne s'invente pas.

 

Jean Guibert - puis son fils Joseph après lui - était foulon (ou foulonnier ou parandier ou gauchandier). Ce métier consistait à traiter les étoffes afin de les assouplir de les dégraisser et d'en assurer la finition en les traitant dans un moulin à eau. Il possédait à cet effet un moulin à Luc en Diois et sa descendance est abondamment citée dans les archives notariales de maître Ferroul.

 

Pourquoi lui ou bien ses parents sont-ils partis de Franche-Comté pour s'établir à plusieurs centaine de kilomètres de leur paroisse d'origine ? C'est totalement mystérieux.

Peut-être ont-ils été poussés par la guerre et la difficulté à prospérer sur un territoire martyrisé.

 

En effet, peu avant le mariage de Jean Guibert à Die, la Franche-Comté venait d'être à nouveau conquise par le roi de France dans une campagne militaire éclair effectuée en 1674.

 

Cette dernière conquête de la Franche-Comté, constitue à n'en pas douter une nouvelle épreuve pour les Franc-comtois qui avaient eu probablement du mal à se remettre des violences opérées par les troupes royales, dès une première invasion en 1634 qui avait laissé la population exsangue après les ravages de la soldatesque, la peste et la famine.

 

[1] L'origine des personnes dans les registres paroissiaux dans l'ancien régime était déterminée par la localité, voire lorsqu'ils étaient différents du lieu d'enregistrement, le diocèse ou bien la province si nécessaire.

Vue du village de La Laupie

Vue du village de La Laupie

La branche Peyremorte

 

La branche Peyremorte affiche une plus grande mobilité et notamment des migrations est/ouest et Nord/Sud, si l'on prend pour axe le village de La Laupie et la vallée du Roubion.

 

C'est d'abord la mère d'Henri Peyremorte, Marie Lumina Beaume, qui était née au lieu dit de Beauchamps à Uchaux dans le Vaucluse en 1868. Elle apparaît pour la première fois dans le recensement de population de La Laupie en 1896 en qualité de "belle-fille" (vue14/17) du chef de famille, Michel Peyremorte son beau-père[1].

 

Le père de Marie Lumina Beaume, Jean Beaume, était originaire du village de Saint Laurent des Arbres dans le Gard, tandis que la famille paternelle de sa mère, Rose Arménier[2], était du Vaucluse (Piolenc, Caderousse etc) et celle de sa grand-mère, Marie Rosalie Allamel était originaire de Saint Melany en Ardèche. Mais j'y reviendrai plus tard car je sens que vous êtes un peu dépassés par ce tourbillon.

 

Reprenons à Jean Beaume. Il est né en 1822 à Saint Laurent des Arbres dans le Gard, de Rose Trouillas et de Jacques Beaume, ce dernier décédant de manière inexplicable aux hôpitaux maritimes[3] de Brest en 1846.

 

Sa mère meurt à l'âge de 33 ans en 1831, alors qu'il a n'a pas plus de 9 ans. Il a quelques frères et sœurs mais de toute façon, dans un milieu pauvre comme le sien, il faut diminuer le nombre de bouches à nourrir et se remarier.

On retrouve la trace de Jean Beaume à Piolenc dans le Vaucluse en 1850, lorsqu'il se marie avec Rose Arménier le 13 novembre. Elle est née dans la commune de Connaux dans le Gard, ses parents ayant dû trouver à s'y employer à l'époque, avant de revenir à Piolenc où le père, Jean Baptiste Arménier travailla successivement comme mineur et cultivateur.

 

Les parents de l'épouse sont consentants mais seulement représentés. Est-ce un signe que le jeune homme n'est pas bien apprécié? Toujours est-il que les jeunes époux ne logent pas avec les beaux parents en 1851 (à l'occasion du recensement) mais chez Anne Beaume et Sebastien Requeyrol l'oncle et la tante de Jean Beaume, un couple âgé d'une soixantaine d'années et sans enfants (du moins à l'époque).

 

Sébastien Requeyrol est désigné comme "colon" (fermier) dans le recensement et lui comme sa femme est originaire du département du Gard, ce qui donne à penser qu'en s'établissant à Piolenc, Jean Beaume  rejoignait en réalité sa famille.

 

Les deux premiers enfants du couple Beaume-Arménier, Jean et Louise, naissent à Piolenc mais la famille déménagera à Uchaux entre 1854 et 1857, probablement parce que Jean Beaume y avait trouvé une terre à louer ou bien à s'employer dans une exploitation.

 

Ils demeurent à Uchaux au moins jusqu'en 1868 (date de la naissance de Marie Lumina Beaume).

 

A une date indéterminée, la famille remonte la vallée du Rhône pour s'établir à Pierrelatte où les parents Beaume sont probablement décédés après 1902. Jean Beaume est désigné dans les recensements de 1881 et de 1886 comme fermier.

 

Retrouver leur trace à Pierrelatte ne fut pas une mince affaire.

 

Après avoir vainement parcouru les archives départementales du Vaucluse, j'ai retrouvé leur trace en fouillant dans les registres du service militaire. Jean Beaume, l'aîné de la fratrie, n'avait ainsi pas été conscrit dans le Vaucluse mais dans la Drôme avec un domicile identifié à Pierrelatte.

 

Selon la description du registre[4], le frère de Marie Lumina était un (grand pour l'époque) gaillard d'1 mètre 76, brun, les yeux gris-bleu, un front couvert, une petite bouche un nez aquilin, un menton rond et un visage ovale. Il sera affecté au 4ème régiment de cuirassiers à Paris[5]. A la fin de son service qui aura duré trois ans, il deviendra gendarme à cheval.

 

Quant à Marie Lumina, elle rencontra son mari lorsqu'ils travaillaient ensemble à la chocolaterie d'Aiguebelle. Le registre militaire confirme que Michel Peyremorte ("1 m 61, yeux gris bleus, cheveux châtains clairs, menton rond, visage plein") a résidé à Donzère à partir de novembre 1895, soit dans la localité de la chocolaterie.

 

[1] Marie Lumina Beaume n'apparaît pas toutefois dans le recensement de 1891, ce qui laisse supposer qu'elle s'est mariée avec Michel Peyremorte (fils)  entre ces deux dates, dans un lieu qui demeure encore inconnu.

[2] A noter que le patronyme Arménier était transcrit tel que prononcé probablement avec un accent patois, ce qui donnait le nom "Armanian", si bien que j'ai cru avoir affaire à une ascendance arménienne avant de comprendre mon erreur ...

[3] Archives municipales de Brest - registre année 1846 (vue 52/112) - "Acte de décès de Jacques Baume (ex cultivateur), décédé hier à 9 heures du matin aux hôpitaux maritimes, âgé de 53 ans, né à Saint Laurent des Arbres département du Gard et y domicilié, fils de feu Jean et de Marie Roussel ..."

[4] Archives de la Drôme en ligne registre de 1872, bureau de Montélimar (vue 130/295).

[5] J'ai lu que les cuirassiers se recrutaient de préférence parmi les conscrits de grande taille.

Carte du Comtat Venaissin

Carte du Comtat Venaissin

Venons en maintenant à la branche paternelle de sa mère, Rose Arménier.

La famille Arménier vient de Châteauneuf du Pape[1] situé dans le Comtat Venaissin qui de 1274 à 1791 fit partie des domaines de la Papauté avant d'être intégrée à la France. A moins de 20 kms au nord d'Avignon, Châteauneuf se trouvait sur un axe stratégique par le Rhône et par la route romaine reliant Arles à Lyon.

 

Localité aujourd'hui mondialement célèbre pour ses vins, elle fut très longtemps réputée pour la qualité et la quantité de chaux qui s'y produisait ainsi que pour la fabrication de tuiles et la production de sel.

 

Au 17ème siècle, Barthélémy Arménier (1640-1699) et Marie Daumasse son épouse y exercèrent le métier de ménagers (des paysans aisés), probablement sur des terrains qui valent de l'or aujourd'hui.

 

Au milieu du 18ème siècle, le petit fils de Barthélémy, Pierre Arménier vit à Orange (relevant de la principauté éponyme jusqu'en 1703, date à laquelle elle rattachée à la France), où il a épousé une femme de Jonquières (Vaucluse). Puis son fils Guillaume (1775-1840) naquit à Orange, se maria à Caderousse et mourut  à Piolenc. Ce Guillaume Arménier qui est l'arrière grand-père de Marie Lumina sera successivement cultivateur et berger.

 

J'ai évoqué plus haut, l'ascendance ardéchoise de Marie Lumina. Plus exactement, le grand-père (Joseph Alamel (1735-1802)) de sa grand-mère (Marie Rosalie Alamel née en 1803 et décédée en 1863), était né à Saint-Mélany en Ardèche.

 

C'est ce qui transparaît dans son acte de mariage avec Suzanne Clément du 13 juillet 1762 à Piolenc.

 

Le frère de Joseph Alamel qui s'appelait également Joseph - ce qui était assez courant et s' interprète comme une précaution dans ces temps de mortalité infantile -, était lui-même descendu de sa montagne pour épouser cette même année 1762 à Piolenc, une jeune femme du nom de Marie Anne Gandureau.

 

La raison de cette migration est assez logique et évoquée notamment par Fernand Braudel dans "L'identité de la France". Les économies locales élémentaires de l'Ancien régime "à faible rayon d'action (qui) tendent à l'autosuffisance. Chacune d'entre elles a en charge, pour le meilleur et pour le pire,  un groupe donné de population dont le chiffre oscille tantôt à la hausse, tantôt à la baisse, en fonction des ressources à partager et qui varient au rythme des récoltes et des prix. (...) Car il y a un niveau de vie (alimentation, vêtement, logement) (...) qu'il s'agit de maintenir ..."  pour permettre au groupe, dans le pire des cas, de survivre.

Fernand Braudel précise que face aux difficultés pour maintenir ce fragile équilibre, nos ancêtres n'avaient pas tant de solutions : défricher pour agrandir les surfaces cultivables, introduire des cultures nouvelles ou encore développer de la valeur ajoutée par le développement de l'artisanat.

 

Toutefois et face à une pression démographique due à une forte natalité ou en cas de crise prolongée et récurrente de ces économies locales, la seule issue était l'émigration temporaire, saisonnière ou définitive.

 

C'est dans ce dernier schéma qu'entrent les deux frères Alamel.

 

Au cours du 18ème siècle en effet et comme partout en France, le Vivarais connaît une expansion démographique majeure due à une plusieurs facteurs (moins de mortalité infantile ou due à la disette, une meilleure alimentation etc). Cette augmentation commence vers 1710 et s'accélère dans la deuxième moitié du siècle.

 

Dans le même temps, la production agricole ne suit pas l'accroissement de la population. Il n'y a d'évolution majeure des techniques permettant d'améliorer la production agricole et en particulier la culture céréalière, ce qui rendit indispensable d'abord la châtaigne puis la pomme de terre.

 

Quand on était du Bas-Vivarais d'un endroit comme Saint-Mélany, il était indispensable de compléter ses revenus par des travaux saisonniers dans la vallée du Rhône, voire en s'y installant définitivement comme le firent les frères Alamel.

 

C'est une tendance que constatait l'abbé Giraud-Soulavie dans son Histoire naturelle de la France méridionale paru en 1781 ... avec quelque véhémence :

 

[1] Châteauneuf du Pape en référence au château de villégiature du Pape, s'est appelé Château-Calcernier jusqu'en 1893, date à laquelle le maire décide de changer le nom de sa municipalité.

"Tandis que les montagnards descendent par hordes certaines saisons et passent dans les plaines inférieures pour aider leurs cultivateurs lâches et paresseux, dans leurs travaux champêtres. Témoins les émigrations annuelles de Vivarois, de Cévenols, de Gévaudanois etc, qui descendent dans les contrées du Languedoc et surtout du Comtat Venaissin qu'un gouvernement débile et sans principes constants abandonne dans l'inertie."

Gravure de 1822 montrant des maçons, métier exercé par Antoine Truc (1803-1882)

Gravure de 1822 montrant des maçons, métier exercé par Antoine Truc (1803-1882)

Achevons d'examiner ce fameux axe Ouest-Est de migration - ou plutôt Nord-Ouest/Sud-Ouest devrais-je dire - autour de La Laupie, avec les parents d'Henriette Truc (1835-1902), la grand-mère paternelle d'Henri Peyremorte.

 

Ce couple formé par Antoine Truc (1803-1882) et Rosalie Chapus (1804-1878) complète parfaitement l'image d'une vallée du Rhône, pôle d'attraction des populations montagnardes de ses deux rives puisque la famille Truc est originaire de Lavaldens (Isère) tandis que la famille Chapus vient de Saint Lager-Bressac en Ardèche.

 

Antoine Truc est né à Poisat qui est juste en surplomb de Grenoble, aujourd'hui en lisière de l'agglomération, entre Eybens et Saint Martin d'Hères. Il est le fils d'Antoine Truc (1754-1831), originaire de la paroisse de Lavaldens dans le massif du Taillefer à 40 kms au sud de Grenoble et d'Antoinette Billon (1764-1742) qui serait née dans la paroisse de Poisat.

 

Avant d'aller plus loin, quelques détails sur ce couple qui m'a donné bien de la peine.

 

Ils ont été d'abord difficiles à situer puisqu'ils sont décédés tardivement et que les témoins de leurs décès respectifs étaient des voisins et avaient en conséquence une idée approximative de leurs filiations.

 

Pour Antoine Truc, les témoins ont déclaré "qu'Antoine Truc leur voisin né à Lavaudant (Isère) fils de feu Jean et de feue Thérèze Mazet, époux d'Antoinette Billon, était décédé ce jour a huit heures du matin dans son habitation sise dans cette commune". Le lieu de naissance prononcé  en dialecte local a été longtemps mystérieux tandis que le nom de famille de sa mère s'est avéré être son surnom, son nom de famille étant Guillet.

 

Quand à Antoinette Billon, les témoins de son décès qui sont aussi les voisins déclarent  "que ce jour à onze heures du matin Antoinette Billon ménagère âgée de soixante dix huit ans, née dans cette commune, veuve d'Antoine Truc, fille de feu Jean Billon et de défunte Catherine Revollet mariés". Or, Catherine Révollet s'est révélée introuvable et pour cause,  la mère d'Antoinette Billon s'appelle en réalité Jeanne Josserand dite "Révollet", surnom qu'elle tenait de son père.

 

Mais revenons à Antoine Truc. On ne sait pas quand il quitta le domicile familial mais il n'a pas assisté au mariage de sa sœur Claudine Truc avec Guillaume Basset qui a été enregistré le 16 avril 1828  lieu en 1828 à Poisat[1], ce qui laisse supposer qu'il était déjà parti.

 

A l'occasion de la publication de son mariage avec Rosalie Chapus en 1835 à l'état-civil de la commune de Saint Lager Bressac en Ardèche, on apprend qu'il réside à Chomérac et qu'il y exerce la profession de maçon.

 

Ils demeureront à Chomérac, au moins  jusqu'en 1842, date à laquelle naît leur premier fils et quatrième enfant, Antoine François Truc. Avant ils auront eu dans l'ordre, Henriette (née en 1835) qui est rappelons le, la grand-mère d'Henri Peyremorte, Fanie (née en 1839), Marie Sophie (née en 1841).

 

Les perspectives économiques à Chomérac étaient peut-être attractives, toujours est-il que le frère d'Antoine, Pierre Truc, peigneur de chanvre comme son grand-père paternel, le rejoint avec sa femme Reine Vigier et sa fille de trois ans née à Poisat et ce, entre la fin de 1838 et le début de l'année 1839.

 

En effet, ce couple a perdu un enfant mort deux mois après sa naissance en septembre 1838 à Poisat, tandis qu'un enfant Louis Pierre est enregistré à Chomérac dans le registre le 29 octobre 1839.

 

Dans un temps indéterminé, Antoine Truc et Rosalie Chapus s'établirent à La Laupie et lorsque leur fille Henriette se marie à Michel Peyremorte, ils y résidaient déjà.

 

La famille de Rosalie Chapus était totalement d'origine ardéchoise : Saint-Lager-Bressac, mais aussi Chomérac, Privas avec des incursions au sud à Saint Julien du Serre et Saint-Privat, vers l'ouest et le nord ouest à Gourdon ou Saint Julien du Gua.

 

 

[1] Mariage qui a été l'occasion pour le marié de reconnaître de son fils né hors mariage en 1825.

 

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Published by F. Brillanceau - dans arbres sous la loupe
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