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Aussi loin que je me souvienne...

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime les histoires.

 

Ce goût m’a conduit vers l’Histoire, grâce aux manuels de l’école primaire des années 60 qui nous entraînaient dans ces tentatives de reconstitution de la vie quotidienne des Gaulois et autres Vikings.

 

Les illustrations étaient sommaires et l’auteur concédait quelques incursions dans les biographies stéréotypées de ces héros qui ont fait la France : Vercingétorix, ce noble perdant, Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui remet son roi sur le trône ou bien ce jeune révolutionnaire de 15 ans qui sera assassiné par ces Vendéens obtus pour avoir clamé avec défi : « vive la République, à bas le Roi ».   

 

Vers l’âge de 14 ans, j’ai accompagné les premiers pas de ma mère dans la généalogie, à travers les registres paroissiaux de la petite mairie du village natal de bon nombre de ses ancêtres.

 

Je crois que j’aimais à la fois l’enquête poursuivie et le déchiffrage de ces actes d’état civil, me prenant sans doute un peu pour Champollion qui a trouvé les clés pour décrypter un monde lointain d’histoires quotidiennes.

 

Si loin et si proche, à l’instar de ce que nous racontent les graffitis de Pompéi.

 

Les actes notariés ont permis ensuite d’entrevoir un peu plus les personnes cachées derrière ces lignées et ces dates et m’ont amené à chasser les singularités au-delà des formules très classiques que l’on y trouve. Cette quête permet parfois de glaner quelques pépites comme cette lettre de Paris d’un orfèvre à sa femme aux fins de l’autoriser à prendre un bail et dans laquelle il se répand sur ses déboires judiciaires.

 

A partir de ces éléments épars, je trouve passionnant d’échafauder et d’ajuster des hypothèses à partir des éléments rassemblés et confrontés avec la grande histoire, dans un constant va-et-vient.

 

Dans ce travail, certains détails initialement négligés prennent un sens particulier tandis que d’autres n’ont pas le relief qu’ils promettaient au départ.

 

Ces très modestes assemblages permettent de donner un peu de chair à ces noms et d’esquisser certaines histoires singulières. C’est ce que je me propose de faire très modestement dans ce blog, tenter d’éclairer des fragments de vie de mes ancêtres, à la lumière de la grande histoire.

 

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2 mai 2012 3 02 /05 /mai /2012 21:38

Robert Charlebois "Cartier"

Originaire de Marigny-Brizay où il fut baptisé le 7 avril 1635, René Bisson (Boisson) dit « l’Epine » choisit d’émigrer en Nouvelle-France. En 1667, il travaillait pour les jésuites avant de se marier à Québec en 1670 et s’établir dans la colonie.

 

Etienne Paquet (Pasquier) de Dissay débarqua en 1665 à Québec en qualité de soldat d’une compagnie du régiment de Carignan. Marié à Québec en 1668, il s’installa à Rivière Saint Charles où il décède avant juin 1690.

 

Né à Saint-Georges les Baillargeaux, Pierre Dansereau se marie en 1708 à Varennes mais vivra et mourra dans la seigneurie de Verchères à Saint François Xavier.

 

Ces trois personnes dont le lien de parenté avec ma propre ascendance est probable quoique non avéré, font partie des 730 émigrés poitevins qui franchirent l’Atlantique  pour s’installer en Amérique du nord. 

 

Comment se constitua la colonie de la Nouvelle-France[1] dans laquelle ils débarquèrent? Dans quel contexte arrivèrent-ils? C’est à ces questions et à bien d’autres que je vais m’employer à répondre dans les pages qui suivent.

 

[1] La Nouvelle-France comprenait un territoire très vaste et très morcelé comprenant outre la vallée du Saint-Laurent, l’Acadie (dans une acception très large), la Louisiane et l’Ouest américain ou Pays d’en Haut, ce dernier comportant des comptoirs de traite tout en ayant une vocation militaire. Dans cet article l’accent est mis sur la vallée du Saint Laurent.

Débarquement sur les côtes américaines (Théodore de Bry - 1592)

Débarquement sur les côtes américaines (Théodore de Bry - 1592)

L’exploitation des ressources et la colonisation de peuplement

 

A la recherche de richesses fabuleuses

 

Sur les pas de Jean Cabot, les navigateurs de la Renaissance approchèrent les  côtes de l’Amérique du Nord dès l’extrême fin du 15ème siècle, attirés par les zones très poissonneuses et le commerce lucratif[1] qu’ils pouvaient en tirer.

 

Ces expéditions qui furent surtout commanditées par des d’armateurs français (normands, bretons et basques), portugais, espagnols[2] donnaient lieu à des installations saisonnières sur les côtes de Terre Neuve, en particulier afin d’effectuer le séchage de la morue.

 

Au début du 16ème siècle et à l’instar de ses homologues, l’intérêt du roi de France pour ces nouvelles contrées répondit à un double espoir de découvrir des richesses (or, cuivre) et d’identifier un passage par l’Ouest plus rapide pour rejoindre les côtes de l’Inde orientale.

 

Dans un premier temps, François 1er participa indirectement au financement de l’expédition de Giovanni da Verrazzano aux côtés de marchands lyonnais. Celui-ci appareilla en 1524 à partir de la Normandie et atteignit la Floride 3 mois plus tard. Après avoir cru identifier un passage vers l’Inde orientale (détroits de Pamlico et d’Albemarle), il remonta la côte jusqu’au Cap Breton.

 

En 1534, il finança la première expédition de Jacques Cartier en donnant à celui-ci pour mission de « découvrir certaines îles et pays où l’on dit qu’il se doit trouver grande quantité d’or et d’autres riches choses ».  

 

Lors de cette première expédition, Cartier contourna Terre-Neuve et découvrit la Baie des Chaleurs dans l’actuelle Gaspésie en ayant manqué toutefois l’entrée du Saint Laurent. Il revint en France avec des Indiens qui évoquèrent l’existence d’un riche royaume de Saguenay.

 

Ce fut avec la tâche de découvrir ce royaume riche en or et en cuivre qu’il effectua sa deuxième mission en 1535. Il explora le Saint Laurent jusqu’à Stadaconé (Québec), d’où il fut dissuadé par les Iroquois d’aller plus loin[3]. Il hiverna dans un endroit qu’il baptisa Charlesbourg Royal (à côté de l’actuelle ville de Québec) et perdit à cette occasion nombre de membres de l’expédition à cause du scorbut.

 

C’est lors de la troisième expédition en 1541 dirigée par Jean François la Rocque de Roberval et à laquelle participa Cartier, que la première tentative de colonisation eut lieu. Pour donner des gages à la Papauté ainsi qu’au roi d’Espagne inquiet des velléités coloniales françaises, l’évangélisation des Amérindiens fut revendiquée pour légitimer l’expédition.

 

Des relations détériorées entre les Iroquois et Jacques Cartier ne contribuèrent pas à faciliter cette première installation à Charlesbourg Royal.

 

La dureté dont fit preuve Roberval, la rigueur de l’hiver et le scorbut ainsi que les conflits fréquents avec les Iroquois signèrent l’échec de cette première tentative.

 

S’y ajoute le fait que Cartier avait cru découvrir de l’or et des diamants qui se révélèrent être de la pyrite de fer et du quartz[4].

 

Ces déceptions ainsi que le contexte des guerres civiles de religion conduisirent les rois de France à négliger un temps ces nouvelles terres dont ils revendiquaient la propriété.

 


[1] On comptait à l’époque près de 150 jours de jeûne religieux au cours desquels le poisson devait remplacer la viande.

[2] Les pêcheurs anglais ont longtemps privilégié les abords de l’Islande avant de venir rejoindre les zones de pêche nord-américaines.

[3] Il rejoignit malgré tout Hochelaga (Montréal) sans guide Indien et apprit l’existence des Grands Lacs, qu’il considéra être la mer entre le nouveau continent et l’Asie.

[4] d’où l’expression « faux comme un diamant du Canada »

Coureur des bois et Amérindien négociant une fourrure

Coureur des bois et Amérindien négociant une fourrure

La fourrure, diamant de la Nouvelle-France

 

La période qui s’ouvre jusqu’à la deuxième tentative de colonisation de peuplement à l’initiative de Samuel de Champlain  en 1608, va poser les jalons de la colonie de peuplement, en raison de l’intérêt économique de ces nouveaux territoires.

 

Mais ce sont les marchands eux-mêmes et non l’Etat qui, compte-tenu de leurs objectifs propres, jetèrent les bases d’une colonie française sur les rivages du Saint Laurent.

 

Durant la deuxième moitié du 16ème siècle en effet, les armateurs français continuèrent à financer des expéditions de pêche très lucratives tout en y adjoignant progressivement le commerce de la fourrure avec les tribus indiennes.

 

Vers 1580, la fourrure s’imposa comme un commerce à part entière grâce à une rentabilité incomparable : nécessitant moins de main d’œuvre, cette fourrure très abondante s’acquérait au prix d’un troc avec les intermédiaires indiens qui demeurait bon marché, au regard des prix de revente en France.

 

Plus que l’activité de la pêche nécessitant simplement une installation saisonnière, le commerce de la fourrure pouvait assurer un flux continu de marchandises via l’établissement de comptoirs de traite pérennes sur la terre ferme avec des représentants des compagnies installés à demeure.

 

C’est ce souci commercial qui guida les nouvelles tentatives d’installation, d’abord à Tadoussac en 1600, puis sur l’Ile de Sainte Croix (frontière du Nouveau Brunswick et Maine actuels), puis à Port-Royal (actuelle Nouvelle Ecosse qui deviendra la localisation principale de colonisation de l’Acadie).  

 

La recherche de points d’approvisionnement stratégiques pour le commerce avec les Amérindiens aussi bien que la nécessité de fuir la concurrence conduisirent à installer des postes toujours plus en profondeur dans les terres[1].

 

Malgré les échecs de ces premières installations et bien que les contingents de colons aient été par la suite durablement minuscules, le développement les bases d’une politique de peuplement furent posées.

 

[1] C’est ce qui guide le choix de Tadoussac puis la fondation de l’établissement de Québec en 1608 par Samuel de Champlain

carte de la Nouvelle France selon Samuel de Champlain

carte de la Nouvelle France selon Samuel de Champlain

Regain d’intérêt de l’Etat et concurrence économique ébauchent une logique de peuplement   

 

Des intérêts convergents entre l’Etat et l’initiative privée

 

La perspective de considérables profits mobilisa des marchands français au cours du 16ème siècle, au prix d’une concurrence parfois sauvage[1], pour le plus grand bénéfice des tribus amérindiennes.

 

Dans la même période, une concentration des capitaux nécessitée par les lourds investissements de départ s’opéra, transformant des entreprises individuelles  à l’association de marchands ou bien par l’intervention de financiers, parfois proches des cercles du pouvoir.

 

Une convergence d’intérêts entre les financeurs du commerce de la fourrure et le pouvoir royal se manifeste alors progressivement, donnant naissance à l’instauration de monopoles.

 

Les financiers recherchent des privilèges d’exploitation pour accroître leurs profits et promettent en échange de peupler la Nouvelle France.

 

Quant au pouvoir royal, son intérêt pour la colonisation américaine s’affirme au cours du 17ème siècle, aussi bien pour sécuriser le commerce contre les nations européennes ennemies que dans la perspective que la France se place dans la compétition coloniale qui se joue dans le Nouveau monde.

 

La première demande d’instauration d’un monopole émane de Jacques Noël qui demande en 1587, un monopole sur l’exploitation des mines et de la pelleterie. Henri III lui accorde ce monopole mais recule face à la pression des marchands de Saint-Malo et des Etats de Bretagne.

 


[1] En 1587, trois bateaux du Malouin Jacques Noël sont saisis par des rivaux commerciaux.

 

Carte de la Nouvelle France selon Nicolas de Fer, géographe du Roi (1708)

Carte de la Nouvelle France selon Nicolas de Fer, géographe du Roi (1708)

Des privilèges d’exploitation au monopole exclusif

 

La concurrence était alors vive pour décrocher ou maintenir des privilèges déjà accordés.

 

Ainsi, fort de ses appuis et intérêts financiers dans le commerce de la fourrure, le marquis de la Roche avait obtenu en 1578 le titre de Vice-roi des Terres neuves avec, à la clé des privilèges commerciaux.

 

En 1598, Henri IV renouvelle son privilège[1] tandis qu’il accorde également en 1599 à un marchand protestant normand du nom de Pierre de Chauvin, un privilège exclusif de la traite « au pays de Canada, côte de l’Acadie et autres de la Nouvelle France » tandis que Chauvin s’engage à « habiter le pays et à bâtir forteresse ».

 

En 1600 et suite aux protestations de la Roche, le privilège de Chauvin est maintenu mais réduit et en 1602, les protestations de ses concurrents de Rouen contraignent Chauvin à s’associer avec eux.

 

Soucieux de mettre de l’ordre afin de donner de meilleures bases à l’entreprise de colonisation, Henri IV tenta en vain de concilier les intérêts des Normands et des Malouins, ces derniers refusant d’intégrer une unique compagnie[2].

 

Dans les années qui suivirent, Aymar de Chaste puis du Gua de Monts succédèrent à Chauvin et gardèrent le monopole de la traite. C’est d’ailleurs dans ce contexte que Samuel de Champlain se rendit pour la première fois en Nouvelle France.

 

Le monopole de la traite est ensuite attribué à différentes compagnies pour échoir en 1627 à la Compagnie des « Cent associés » à l’instigation de Richelieu puis à la Compagnie des Habitants de la Nouvelle-France de 1645 à 1663, date à laquelle Louis XIV reprend en main directement la colonie[3].

 

S’il permet des profits importants, ce monopole mal contrôlé n’empêche pas la concurrence d’autres marchands français, anglais ou espagnols.

 

Il conduit à l’installation de comptoirs et à une exploration importante du territoire[4] mais demeure orienté vers le seul objectif d’exploitation de la fourrure.

 

En conséquence, le bilan du peuplement à la fin du règne des compagnies est pour le moins mitigé.

 

Ainsi et malgré les obligations renouvelées en la matière, la Nouvelle France ne comptait pas plus de 100 colons en 1627, 300 en 1645 (bien que la compagnie des « Cent Associés » se soit engagée à établir 4000 colons en 15 ans) et 3063 colons en 1663[5], dont 300 à 400 colons en Acadie.

A cette époque, les colons de Nouvelle France sont établis principalement à Québec et à Montréal sur l’axe du Saint-Laurent, celui-ci étant crucial pour le commerce des fourrures.

 

Québec fondée en 1608 par Champlain constitue le port de la colonie qui exporte et reçoit sans trop de difficultés le ravitaillement en provenance de la métropole. Elle rassemble alors les deux tiers de la population.

 

Fondée en 1642, Montréal est le centre de rassemblement de la richesse pelletière et doit compter sur les ressources du milieu pour son approvisionnement.

 

Toujours dans la vallée du Saint-Laurent, trois pôles secondaires, Tadoussac, Trois Rivières et Sorel s’apparentent plus à des comptoirs qu’à des agglomérations et dépendent de ce fait étroitement des deux villes.

 

En 1670, l’Acadie compte 440 habitants dont l’essentiel est installé à Port-Royal (363 personnes).

 

[1] Une tentative de colonisation éphémère s’ensuivra sur l’île de Sable au large de la Nouvelle Ecosse

[2] C’est en 1614 que la compagnie des Marchands de Rouen et de Saint-Malo (ou « compagnie de Champlain ») voit le jour à l’initiative de Champlain.

[3] Si la Compagnie des Indes occidentales françaises prend le relais de la compagnie des Habitants de 1664 à 1674, le pouvoir royal reprend en main la gestion des colonies à partir de cette époque, désormais sur la base d’une vision économique et politique claire.

[4] Au nord, le lac Saint Jean et la baie James sont explorés au milieu du 17ème siècle. Au sud, les Européens n’ont guère dépassé le lac Champlain et plus à l’Ouest, ils ont exploré la région des Grands Lacs. Dans la dernière moitié du 17ème toutefois, l’exploration se porte le long du Mississippi jusqu’à la Louisiane et une série de forts à vocation militaire et économique y sont établis au 18ème siècle jusqu’à la Nouvelle-Orléans qui est fondée en 1718.

  [5] On peut noter que le gain le plus significatif de population de la période correspond au moment où le sort de la colonie est confié directement à ses habitants.

Navire de commerce pris dans les glaces (Théodore de Bry)

Navire de commerce pris dans les glaces (Théodore de Bry)

Bilan démographique de la Nouvelle France

 

Sur l’ensemble de la période allant de 1630 à 1759[1], on considère aujourd’hui qu’environ 25 000 à 30 000 personnes séjournèrent en Nouvelle-France.

 

Sur ce total toutefois, seuls 10 000 d’entre eux s’installèrent et y firent souche, les autres ayant renoncé à l’issue de leur période d’engagement à demeurer en Nouvelle-France.

 

Les conditions de vie n’ont en effet rien à voir avec d’autres colonies comme les Antilles (Indes occidentales). A un climat rude s’ajoute la perspective d’installation au sein d’un vaste espace peu peuplé et dangereux, compte-tenu des attaques fréquentes des tribus amérindiennes alliées aux concurrents anglais.  

 

Bien que faible numériquement, la migration se développe en vagues successives plus ou moins importantes selon les périodes.

 

Avant 1632 l’émigration est négligeable et les apports de la compagnie des « Cent Associés »ne permirent pas d’assurer la survie de la colonie sur le plan démographique.

 

A partir de 1663 et sous l’impulsion des idées mercantilistes de Colbert, une véritable politique coloniale vit le jour.

 

Le développement économique des colonies sous la tutelle du Roi[2]  impliquait notamment une politique de peuplement et l’instauration d’une structure de gouvernement et d’un cadre juridique propres à encadrer ce développement.

 

Ainsi, on continua à faire venir des engagés, titulaires d’un contrat de trente-six mois au terme duquel, ils pouvaient rentrer ou bien s’installer grâce à l’attribution de terres.

 

La sécurisation de la colonie contre les attaques renouvelées des Iroquois puis des Anglais, nécessita l’envoi de troupes royales (régiment de Carignan-Salières, régiment de Montcalm) dont les soldats étaient encouragés à s’installer.

 

Afin d’assurer une croissance endogène de la colonie, tous les moyens furent mobilisés pour encourager la natalité (don d’argent pour les familles de plus de douze enfants, pécule accordé en cas de mariage), abaissement de l’âge au mariage.

 

Face à une population masculine en surnombre, les mariages avec des Amérindiennes furent encouragés et l’on fit venir les fameuses « filles du Roy » qui étaient, non pas des prostituées mais des veuves ou des filles ayant bénéficié d’argent pour s’installer (paiement du transport et/ou paiement des frais d’établissement et paiement d’une dot).

 

De 1663 à 1683, cette politique porte ses fruits puisque l’on estime que la population de la Nouvelle France atteint 10 000 personnes[3].

 

A partir de 1683 et jusqu’en 1759, s’ouvre une deuxième période d’immigration au cours de laquelle, les contingents essentiels proviennent des soldats des troupes de la marine et des troupes de terre.

 

Sur la fin de cette séquence et à partir de 1755, l’installation des troupes du régiment de Montcalm marque une deuxième période de pointe comparable à celle constatée de 1663 à 1683.

 

On estime que ces deux périodes ont contribué à la moitié de l’immigration totale en provenance de France.

 

S’ajoute à ces chiffres, l’installation d’une partie des  Acadiens dans la province de Québec (3500 personnes) en 1755, à la suite de leur déportation (ou "Grand Dérangement").

 

La population de la colonie doublant quant elle à chaque génération, l’apport des migrations s’est révélée décisive pour la pérennité d’une colonie française d’Amérique du nord, mais parcimonieuse sur la longue période.

 

A la veille du Traité de Paris de 1763, la Nouvelle-France comptait environ 70 000 habitants.

 

A la même date, la colonie anglaise d’Amérique du nord compte 1,6 millions d’habitants, résultat de l’envoi régulier d’un nombre incomparablement plus important de migrants en provenance des Iles Britanniques.

 

A cet égard, comme l’écrivit le démographe Alfred Sauvy[4] : « Si presque toute l’Amérique du Nord est de langue anglaise, si la langue et la culture anglo-saxonnes se répandent aujourd’hui dans le monde, ce n’est parce que Wolfe a battu Montcalm à Québec. C’est parce que pendant 150 ans, les bateaux anglais ont amené des milliers d’immigrants, tandis que les bateaux français n’en apportaient que quelques centaines. Le nombre devait fatalement l’emporter ».

 

 

 

[1] Date de la bataille des plaines d’Abraham et de la prise de Québec qui signe la fin de la domination française en Amérique du nord

[2] Il en résulte une approche paradoxale qui consiste à peupler les colonies sans dépeupler la mère patrie (la théorie de Jean Bodin « il n’y a ni richesses ni de force que d’hommes » demeure alors toujours prégnante) et à y encourager l’activité économique sans qu’il puisse s’y développer des produits propres à concurrencer la production métropolitaine. Paradoxe qui ne sera pas sans marquer le développement des colonies.

[3] Voir à cet égard la ressource  Statistiques du Canada

 

[4] Citation tirée de « La contribution du Haut-Poitou au peuplement de la Nouvelle France » de Robert Larin

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Published by F. Brillanceau - dans Vers les Amériques
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