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Aussi loin que je me souvienne...

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime les histoires.

 

Ce goût m’a conduit vers l’Histoire, grâce aux manuels de l’école primaire des années 60 qui nous entraînaient dans ces tentatives de reconstitution de la vie quotidienne des Gaulois et autres Vikings.

 

Les illustrations étaient sommaires et l’auteur concédait quelques incursions dans les biographies stéréotypées de ces héros qui ont fait la France : Vercingétorix, ce noble perdant, Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui remet son roi sur le trône ou bien ce jeune révolutionnaire de 15 ans qui sera assassiné par ces Vendéens obtus pour avoir clamé avec défi : « vive la République, à bas le Roi ».   

 

Vers l’âge de 14 ans, j’ai accompagné les premiers pas de ma mère dans la généalogie, à travers les registres paroissiaux de la petite mairie du village natal de bon nombre de ses ancêtres.

 

Je crois que j’aimais à la fois l’enquête poursuivie et le déchiffrage de ces actes d’état civil, me prenant sans doute un peu pour Champollion qui a trouvé les clés pour décrypter un monde lointain d’histoires quotidiennes.

 

Si loin et si proche, à l’instar de ce que nous racontent les graffitis de Pompéi.

 

Les actes notariés ont permis ensuite d’entrevoir un peu plus les personnes cachées derrière ces lignées et ces dates et m’ont amené à chasser les singularités au-delà des formules très classiques que l’on y trouve. Cette quête permet parfois de glaner quelques pépites comme cette lettre de Paris d’un orfèvre à sa femme aux fins de l’autoriser à prendre un bail et dans laquelle il se répand sur ses déboires judiciaires.

 

A partir de ces éléments épars, je trouve passionnant d’échafauder et d’ajuster des hypothèses à partir des éléments rassemblés et confrontés avec la grande histoire, dans un constant va-et-vient.

 

Dans ce travail, certains détails initialement négligés prennent un sens particulier tandis que d’autres n’ont pas le relief qu’ils promettaient au départ.

 

Ces très modestes assemblages permettent de donner un peu de chair à ces noms et d’esquisser certaines histoires singulières. C’est ce que je me propose de faire très modestement dans ce blog, tenter d’éclairer des fragments de vie de mes ancêtres, à la lumière de la grande histoire.

 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 18:14

La noblesse, c'est l'association la plus fréquemment faite lorsque l'on parle généalogie avec des néophytes. "Alors t'en as?" s'entendent questionner mêmes les plus farouches républicains. Parce que même si on l'a guillotinée et que l'égalité trône au centre de la devise nationale, la noblesse donne un coup de lustre et de prestige à nos généalogies.

 

Et puis après tout, ils sont loin les privilèges de l'aristocratie et les brioches de Marie Antoinette. Et le heaume et la cotte de maille c'est tellement romantique !

 

Après, tant qu'on y est, le snobisme nous impose d'être exigeant. Il y a noblesse et noblesse. Pour moi cela ne se mesure pas au titre. Bien sûr, un duc c'est plus chic qu'un comte ou qu'un modeste écuyer. Mais tant qu'à faire, je préférerais avoir dans mes ancêtres des aïeux de modeste maison ayant accompagné Saint-Louis à la croisade que de la noblesse de robe, même avec un Président à mortier. De la noblesse d'épée, voilà qui aurait du sens !

 

Chez mes vieux et peut-être à une exception près, point d'aristocrates, par contre chez ceux de mon compagnon, j'ai découvert de la bonne et vieille noblesse d'épée, peut-être pas le Gotha mais au moins quelques représentants de la noblesse du Vivarais de l'ancien Régime. On y trouve même le Pape Urbain V. Mais je vous laisse découvrir.

 

En prodiguant ses conseils matrimoniaux à sa fille Marie Gazel de ne jamais épouser un paysan, Valentine Pouzache l'arrière-grand mère paternelle de mon compagnon, soupçonnait-elle que, plus que son expérience - probablement douloureuse - d'orpheline trop jeune mariée à un paysan, c'était peut-être le snobisme de son sang bleu qui parlait.

 

Car Valentine Pouzache était liée à plusieurs ascendants de noble famille. Non pas de ces  bourgeois au nom duquel on accolait un "sieur de", du nom de la terre dont ils tiraient une rente mais bien de la noblesse blasonnée.

Quelques uns des blasons familiaux

Quelques uns des blasons familiaux

Je fais dès maintenant une petite parenthèse sur cette propension qu'eurent les bourgeois de l'ancien Régime à choisir le nom de leur terres pour se donner un vernis de noblesse.

 

J'en ai beaucoup dans mon arbre généalogique de ces sieurs de Launay, de Bourneuil, de Cougnat, de Bourgougne etc qui ne sont pourtant que des roturiers, pour un seul supposé noble dénommé François de la Morlière dont un collatéral a été condamné à avoir la tête tranchée ce qui est un indice de noblesse. Les gueux, ont les pendait, c'était moins élégant et c'est probablement pour quoi c'était comme ça.

 

Alors à part le snobisme pourquoi se prévalaient-ils d'un tel vernis? Et bien cela a à voir avec le paiement de la taille, impôt direct de l'ancien Régime dont les nobles étaient exemptés.

 

L'exemption s'opérait selon deux modalités qui dépendaient du type d'administration de la province. Dans les provinces administrées directement par l'administration royale comme le Poitou[1], la taille était personnelle son montant étant défini en fonction de l'ensemble des revenus de chaque contribuable (sauf les nobles, le clergé et certaines villes) par des collecteurs locaux. Se revendiquer d'une certaine noblesse permettait donc d'échapper à la taille ce qui généra notamment des recensements de la noblesse assorti de punitions et d'amendes pour ceux qui s'en revendiquaient sans titre valable.

 

En revanche les états du Languedoc[2] dont dépendait le Vivarais avaient, avec quelques autres provinces (Bretagne, Provence et Bourgogne), gardé le privilège de prélever elles-mêmes l'impôt. Le prélèvement s'effectuait uniquement sur la terre possédée (taille dite "réelle") et affecté d'un coefficient en rapport avec la productivité du sol (en Languedoc après 1691). Pour établir les terres taillables et leur propriétaires, les communautés établissaient et révisaient périodiquement une sorte de cadastre dénommé "compoix". Là encore toutefois, les terres nobles étaient exonérées d'impôt.

 

C'est peut-être ce qui motiva Louis Pouzache, ancêtre en ligne directe de Valentine de se faire appeler "sieur du Landas", à l'occasion de son mariage avec Marianne Françoise Clément Dupont en 1708 à Saint Martial.

 

 

[1] aussi dénommés pays d'élection, l'élection étant une circonscription financière soumise à la juridiction des officiers royaux (les élus). C'était une subdivision de la généralité.

[2] Les pays d'état étaient dans l'ancien Régime des provinces du royaume ayant conservé leurs états provinciaux c'est à dire une représentation des trois ordres et dont le rôle essentiel était de négocier le montant de l'impôt avec le pouvoir royal et de le répartir. Les états du Vivarais étaient inclus dans les états du Languedoc

Les trois ordres de la France de l'ancien Régime

Les trois ordres de la France de l'ancien Régime

D'abord, comment devient-on noble?

 

Il faut distinguer plusieurs périodes et plusieurs manières d'être anobli. Au demeurant, on pouvait naître noble mais perdre soi-même cette qualité.

 

Au Moyen Age, le pouvoir d’anoblir relevait des grands seigneurs qui pouvaient armer des chevaliers. La personne noble était alors celle qui portait le titre de chevalier ou d'écuyer (avant d'être fait chevalier). Ces chevaliers étaient au service de ces grandes familles aristocratiques titulaires de grands domaines fonciers dont ils obtenaient en contrepartie des terres nobles. Inscrite dans le système féodal, la relation personnelle entre le chevalier et son suzerain impliquait notamment de répondre à l'appel pour aller faire la guerre. Le suzerain était comme un chef de bande, le "big boss" étant le roi qui était placé tout en haut de cette chaîne de liens partant du plus humble des chevaliers en passant par le baron local puis le comte pour arriver aux grands du royaume.

 

Durant tout le Moyen Âge et le début de l’époque moderne, l'un des modes essentiels d’entrée dans la noblesse est celui de l’agrégation qui consistait à vivre noblement pendant plus de trois générations, c'est à dire à partager les activités (participer à la guerre, ne pas effectuer d'activités manuelles etc) et les valeurs de la noblesse. C'est la noblesse d'extraction qui est prestigieuse car souvent très ancienne.

 

A partir du 15ème siècle, au moment où la féodalité s'efface comme système politique au profit de l'Etat avec le roi à sa tête, c'est tout naturellement que l'anoblissement devient un acte formel du souverain, avec des conditions d'accès et des privilèges qui en résultent (dont l'exemption de la taille).

 

On peut être alors, anobli par lettres patentes édictées à titre de récompense pour un acte de bravoure par exemple ou par lettre de noblesse.

 

Une autre forme d'anoblissement résultait de l'exercice d'une charge dans l'administration royale. Ainsi, certaines occupations administratives notamment dans la justice et les finances conféraient la noblesse. C'est ce que l'on appelait la noblesse de robe par opposition avec la noblesse d'épée, acquise, elle, par les armes.

 

Il existait aussi des fonctions anoblissantes, notamment l'exercice de fonctions municipales de maire (Poitiers, Bourges, Angers etc.).

 

L'anoblissement a pu s'opérer par possession de fief noble (c'est l'anoblissement "aux francs-fiefs") dans une période très délimitée en Normandie (1470-1560) et ceci afin de reconstituer la noblesse d'une province juste reconquise.

 

De la même manière que pour la noblesse d'extraction, l'on devenait noble en vivant noblement, la noblesse et les privilèges qu'elle conférait pouvaient se perdre en rompant justement avec ce mode de vie, en exerçant par exemple une activité mercantile ou manuelle jugée non conforme avec le statut de la noblesse. C'est ce que l'on appelait la dérogeance.

Galaad  adoubé chevalier ("la quête du Graal" miniature du 14ème siècle BnF-Gallica)

Galaad adoubé chevalier ("la quête du Graal" miniature du 14ème siècle BnF-Gallica)

La particule élémentaire

 

En remontant dans le temps, la première particule apparaît à l'occasion du mariage célébré le 9 mars 1727 à Vallon Pont d'Arc entre le roturier Blaise Jullien et Marie de Saint Etienne, couple dont la fille Marie-Anne Jullien sera mariée très jeune à Pierre Pouzache, fils d'un notable de Vinezac en 1744. 

 

Le sieur Blaise Jullien est lieutenant dans le régiment de Péguiny ou Pequiny. Il est le fils de "demoiselle Jeanne Durand et de feu sire Pierre Jullien du lieu de Saint Alban sous Sampzon d'une part".

 

On sent que le curé essaie de donner un peu de relief à l'ascendance du sieur Jullien car sa future, Marie de Saint Etienne, est la fille de noble Guillaume de Saint Etienne (1677-1734) et de feu dame Françoise de Gigord (1676-1712).

Le seul "portrait de famille" : Joseph de Saint Etienne de Borne, comte de Saint Sernin, demi-frère de Marie de Saint Etienne

Le seul "portrait de famille" : Joseph de Saint Etienne de Borne, comte de Saint Sernin, demi-frère de Marie de Saint Etienne

Entre les lignes, l'acte de mariage semble exprimer que cette union ne va pas de soi. D'abord, seuls les futurs époux et les témoins assistent au mariage, leurs familles s'abstiennent.

 

Ensuite, tandis que le consentement écrit de la mère de l'époux est formulé dès le "7 décembre dernier" soit plus de trois mois avant le mariage, celui du père de l'épouse a été signé seulement deux jours avant. Guillaume de Saint-Etienne aurait-il eu des états d'âme avant d'accepter cette mésalliance?

 

Enfin, il ne parraina pas son premier petit-fils alors qu'il était vivant au moment de sa naissance. Seule la famille de Gigord fut présente. Aucun enfant mâle du couple Jullien-Saint Etienne ne sera d'ailleurs prénommé Guillaume.

 

Il faut dire que la première épouse de Guillaume de Saint Etienne mourut quand sa fille Marie avait 12 ans et que le père de celle-ci se remaria quatre ans plus tard avec une certaine Marguerite de Burine. Peut-être que la marâtre n'eut de cesse que soit casée cette fille du premier lit et ce, à n'importe quelle condition.

 

Pourtant, le métier des armes devait rapprocher le futur beau-père et le futur gendre et c'est ce point commun qui fonde l'explication la plus plausible de ce mariage. En effet, si Blaise Jullien était lieutenant dans un régiment prestigieux[1], son beau-père était lui-même capitaine au régiment de Barville.

 

Il doit être souligné qu'un roturier ne pouvait que très exceptionnellement espérer finir une carrière dans l'armée dans un grade d'officier. La noblesse demeurait le second ordre dédié à la guerre et c'est elle qui naturellement occupait les grades supérieurs. Dans ce contexte, un grade de lieutenant pour Blaise Julien était une très belle réussite.

 

[1] Le régiment des chevaux légers de la Garde du Roi était financé par Michel Ferdinand d'Albert d'Ailly,  Duc de Pequiny. Il s'agissait apparemment d'un régiment de cavalerie prestigieux composé essentiellement de nobles.

Uniforme des Chevaux-légers (gravure du 18ème siècle - BnF (Gallica))

Uniforme des Chevaux-légers (gravure du 18ème siècle - BnF (Gallica))

Donjon de Borne, berceau de la famille éponyme

Donjon de Borne, berceau de la famille éponyme

L'origine des Saint Etienne et des Gigord

 

S'agissant de la famille de Saint-Etienne, le tour de la question sera rapide. Il n'y a que peu d'éléments sur l'ascendance de Saint Etienne et l'on ne va pas au delà de Guillaume de Saint Etienne, grand-père de Marie, qui avait épousé Hélène de Borne et qui était, lui aussi, capitaine de cavalerie. Un métier qui devient presque un atavisme.

Il semblerait d'ailleurs que la famille de Saint Etienne n'ait pas eu une ascendance très prestigieuse.

 

Hélène de Borne était en revanche une des dernières représentantes d'une famille très ancienne de la noblesse chevaleresque remontant au XIème siècle et originaire du village de Borne établi au bord de la rivière du même nom.

 

Elle était la dernière représentante d'une des branches de cette famille, les Borne de Ligonniers (ou de Ligonnès en occitan), les autres branches identifiées étant les Borne d'Altier (vers 1320) et les Borne de Laugères (vers 1400).

 

Les Borne de Ligonès apparaissent à l'occasion du mariage de Jean 1er de Borne et Agnès de Ligonès vers 1367, Ligonès étant un hameau de Sablières, à côté de Saint Melany. Jean 1er de Borne est le descendant de Guillaume de Borne, seigneur de Borne et de Sarrecourte dans le diocèse de Viviers vers 1177 (Sarrecourt. Ce dernier descendrait de Guigon ou Aiglon de Borne, deux frères ayant vécu vers 1030.

 

En 1593 a lieu le mariage des grand parents paternels d'Hélène de Borne, David de Borne, seigneur de Ligonnès et de Beaumefort (à Saint Alban d'Auriolles) et Hélène de Grimoard de Beauvoir du Roure. Ce fut l'occasion d'une alliance avec la famille prestigieuse des Grimoard de Beauvoir du Roure qui avaient compté dans leur famille rien moins que le Pape Urbain V, né Guillaume de Grimoard vers 1310 au chateau de Grizac en Lozère et devenu Pape à Avignon en 1361.

Le Pape Urbain V

Le Pape Urbain V

Concernant maintenant la famille de Gigord, celle-ci proviendrait à l'origine du Dauphiné. Un cadet de la famille, Raymond de Gigord, aurait quitté le Dauphiné pour être chevalier au service de Randon de Joyeuse et aurait épousé la fille du seigneur de Vignal à Chambonas. Il fait son testament en 1426.

 

En généalogie, l'avantage des lignées nobles est en particulier qu'elles ont donné lieu à des généalogies, souvent pour prouver leur noblesse.

 

C'est ainsi par exemple qu'en 1657, Raymond de Gigord, seigneur de la Rochette et Charaix, docteur es droit et lieutenant principal au sénéchal ducal de Joyeuse fut contraint de démontrer la noblesse de sa famille dans le cadre d'une procédure engagée contre lui pour refus de paiement de la taxe de franc-fiefs[1] et livra à cet effet une généalogie. Cette généalogie permit peut-être d'alimenter celle décrite dans l'armorial de la noblesse du Languedoc pour la même famille.

 

Ainsi, au delà des famille Borne et Gigord, les ramifications de ces familles ainsi que leurs ascendances sont très souvent documentées, à partir notamment des archives seigneuriales.

 

[1] exigible uniquement auprès de roturiers même détenteurs de terres de franc-fiefs, d'où l'intérêt de prouver sa noblesse.

Courtisans en 1572

Courtisans en 1572

"Tout va très bien, madame la Marquise' (de Paul Misraki - 1935)

 Grandeur et décadence des Sampzon

 

Au delà de la démonstration de noblesse, on obtient des informations précises, notamment  comme dans le cas de la famille d'Adillon de Sampzon, grâce aux efforts de mémorialiste d'un de ses membres.

 

Ainsi, Antoine de Sampzon (1568-1640), seigneur de la Bastide, co-seigneur de Saint-Alban et la Beaume qui est un ancêtre à la 13ème génération de Valentine Pouzache a écrit ses mémoires en 1621 qui ne sont pas les récits d'une vie au sens moderne mais plutôt un mélange improbable de considérations généalogiques, personnelles et patrimoniales.

 

Il illustra ses propos généalogiques par des références à des testaments ou des contrats de mariage, tel le mariage entre Guillaume de Sampzon et Jeanne de Montbel le 4 janvier 1197 qu'il avait trouvé "d'un grand parchemin par la vieillesse et fraction duquel n'ai pu lire les autres particularités dudit mariage" et qu'il précisa classer "dans un grand sac écrit au dessus de la toile, sac des hommages".

 

Je passe sur son énumération de la descendance de Guillaume de Sampzon et de Jeanne de Montbel, propriétaires de la seigneurie de la Bastide et dont la dernière héritière, une certaine Aygueline née au 14ème siècle, transmit son nom et son héritage à la descendance qu'elle eut avec Jalcolm d'Adillon.

 

Dans les anecdotes familiales, on apprend pêle-mêle que le grand-père d'Antoine de Sampzon, un guerrier grand et corpulent, était au service du Duc de Lorraine et plus souvent en guerre et à la chasse qu'à la maison et que les deux frères de celui-ci moururent prématurément, l'un des suites d'une chasse et l'autre de la guerre.

 

Son père était selon sa description, un grand type "maigre de couleur basanée, fort doux, charitable et équitable" qui "raccomoda ses affaires, que pour ses plaisirs en son jeune âge avaient pris un mauvais train", autrement dit, qui finit par se mettre à gérer son domaine, avant de mourir, trop tôt, comme le déplore son fils en 1581.

 

Notre mémorialiste tresse aussi des couronnes de louanges à sa mère (ah maman !) qui sut malgré l'adversité d'un veuvage trop précoce conserver "notre maison qu'elle améliora et tout le reste de notre héritage, par sa bonne et louable ménagerie éleva à la vertu nous autres ses enfants, louangée et prisée de tous ceux qui la connaissaient ....".

 

De son mariage avec Madeleine de Borne, il eut deux filles Louise et Hélène dont il exigea que la descendance porte le nom de Sampzon, faute d'héritier mâle.

 

A la génération des petits enfants, la situation familiale se gâte quelque peu. Les héritiers de la famille qui furent Antoine et Alexandrine, les deux enfants de Louise de Sampzon et de François de Rochier, causèrent bien du souci à leur grand-père paternel et à leur mère. Elle se retrouvait seule, étant devenue veuve prématurément de son guerrier de mari ,décédé en 1622 des suites d'une maladie contractée lors du siège de Montpellier.

 

Leur fils Antoine semble avoir été un type peu fréquentable qui menait grand train, empruntant  pour cela de l'argent en profitant du crédit de son grand-père et extorquant de sa mère de l'argent par la menace. Il assassina un parent de sa femme d'un coup de fusil, alors que le pauvre homme était benoitement en train de pêcher, puis se sauva. Bref, le sale type.

 

Quand à sa sœur, Alexandrine, elle semble avoir été instrumentalisée par son mari, Pierre de Borne[1],  qui tenta à plusieurs reprises de capter l'héritage, au point que, dégoutée de ses enfants, cette pauvre Louise de Sampzon décida de se retirer au couvent ou elle mourut en 1646.

 

[1] Ce sont les ascendants directs de Valentine Pouzache, ils étaient parents du 3 au 4ème degré de consanguinité ce qui fait qu'elle descend deux fois du même couple marié en 1551 : Pierre de Borne et Louise Audibert de la Farelle.

Château de La Bastide de Sampzon

Château de La Bastide de Sampzon

D'autres particules plus éloignées dans l'arbre

 

Le 25 janvier 1693, Benoit Clément-Dupont épouse Marie Blanche de Champel de Sauverzat à Saint Martial. L'époux est dit être de la paroisse de Montpezat sur Bauzon - mariés en présence « de Jean de Beysans et Charles de la Planche, baillis de Montpezat, messieurs Joseph Dupont et François Chambon dudit Montpezat et nobles Joachim de Sauverzat, père et fils et Joseph de Sauverzat sieur de la Saigne».

 

C'est de cette union qu'est issue Marianne Françoise Clément Dupont qui épousa en 1708 Louis Pouzache à Saint Martial.

 

Dans ce cas de figure, il s'agit vraisemblablement d'alliances patrimoniales entre des familles bourgeoises et de la petite noblesse.

 

Les Sauversac (ou Sauverzat) étaient des notaires installés à Saint Martial, notamment dans la maison forte du lieu dit de Chambon. La particule semble avoir été ajoutée par la suite pour faire chic, notamment à l'occasion de l'alliance avec la famille d'Allard qui suit. 

 

Bernard Sauverzat épousa en 1612 Marie d'Allard fille de Valentin d'Allard et d'Anne Meysonnier, la famille d'Allard étant une famille de petite noblesse originaire du Vivarais (Mezilhac) qui aurait essaimé en Dauphiné (famille Allard de Montvendre). Valentin d'Allard s'était converti au protestantisme.   

 

Un des fils de ce couple, Joachim de Sauverzac (ancêtre de Valentine à la 10ème génération) épousa lui aussi une femme de la noblesse en la personne de Françoise d'Alles. En 1664, il aurait présenté un mémoire pour obtenir de porter le nom d'Allard et être maintenu comme noble. Cette  alliance entre la bourgeoisie et la noblesse se retrouve également dans l'alliance entre Marie de Sauversac, la soeur de Joachim, et Henri Blanc de Molines en 1639.

 

Ce que j'ai trouvé sur la famille d'Allard est assez flou et résulterait d'une enquête menée en 1593 à la demande des d'Allard du Dauphiné pour éviter (encore!) de payer la taille. La date d'anoblissement de cette famille n'est pas connue mais il serait intervenu avant 1450. Cette famille a donné lieu à quatre rameaux en Vivarais : les Allard de Mezilhac, de Chanéac, de la Pervenche et du Pouzin.

 

Les Allard de Mezilhac du Chambon et de Sauverzac sont ceux qui nous concernent. Claude, fils de noble Antoine d'Allard, épousa Marguerite Izaille en 1532. Il est convoqué au ban et servi à Aigues-Mortes vers 1540 ce qui est un signe de noblesse[1]. Claude d'Allard était le père de Valentin d'Allard.

 

[1] La convocation au ban ou bien à l'arrière-ban (qui est à l'origine de l'expression actuelle) était l'appel du suzerain à ses vassaux afin qu'ils se joignent à lui pour faire la guerre. Le ban signifie la convocation des vassaux directs et l'arrière ban, des vassaux des vassaux. Jusque tardivement sous l'ancien régime, le déclenchement de la guerre par le roi (en qualité de suzerain de tous les nobles du royaume) était précédé de cette convocation

 

la Bataille d'Azincourt

la Bataille d'Azincourt

Quant à Françoise d'Allès, elle était la fille de Jehan d'Allès, seigneur de Sauzet lui même d'une famille noble du Velay (vers le Puy) identifiée dès le 13me siècle et de Marie Brossier de Chambonnet également d'une famille noble du Velay, vers Yssingeaux.

 

Pour l'anecdote, Françoise d'Allès tenta en vain de s'opposer à une mésalliance entre son fils Joseph de Sauverzac, sieur de la Saigne avec Louise Blache, de Chabeuil en Dauphiné qui était servante de Marie Truchet veuve de René Durand sieur de Fourchades. Le mariage eut lieu le 26 novembre 1706 au Cheylard. Louise Blache eut le bon goût de mourir assez rapidement.

La famille Dangelin de Surville

 

C'est Emilie Suchet, mère de Clothilde Tourvieille et grand mère de Valentine Pouzache qui descend de cette famille.

 

Cette filiation vient du mariage entre Dorothée Dangelin de Surville (1611- avant 1667) avec André Delauzun à Gras le 20 octobre 1636.

 

Le nom Dangelin fait assez chic, au point que l'on se demande s'il ne s'écrit pas avec un "d" apostrophe.  

 

Si pour des snobs, l'apostrophe est indispensable, elle n'était pas de rigueur et d'ailleurs Dangelin est le nom d'un notaire roturier de Saint Alban en Gévaudan, dans le diocèse de Mende (Lozère) qui épousa Louise de Surville en 1559. Les enfants de ce couple, Gabriel et Robert, accolèrent le patronyme de Surville.

 

Ils grandirent à Vesseaux chez leur oncle François de Surville dit "le vieux" (vers 1520-vers 1599) qui était seigneur de Fourton (sur le plateau de Coiron), probablement élevés comme des jeunes nobles au métier des armes.

Chevaliers en campagne (miniature du 14ème - Bibliothèque universitaire de Strasbourg)

Chevaliers en campagne (miniature du 14ème - Bibliothèque universitaire de Strasbourg)

Robert mourra assez jeune tandis que Gabriel quitta le château de son oncle pour s'installer à Lavilledieu. Il était capitaine dans le parti catholique contre les huguenots et mourut en 1621 d'un coup d'arquebuse en poursuivant une garnison huguenote de La Gorce qui avait tenté   d'attaqué Rochecolombe.

 

Il laissait une veuve, Catherine de Rouvière et six enfants,  Jacqueline (née en 1605), Suzanne (1608), Hélie (1611-1651), Françoise (1615), Dorothée (1616) et Jeanne.

 

La famille de Surville serait originaire de Normandie. Le premier, Simon de Surville, est signalé en 1304 dans un acte concernant une terre à Saint Privat près de Vesseaux. Cette famille possédait deux châteaux disparus aujourd'hui, une maison forte dans le bourg de Vesseaux et le chateau de Forton précité à Freyssenet sur le Coiron.

 

La mère de Gabriel, Louise de Surville, était la fille de Jean dit "Bérengon" de Surville seigneur de Forton et co-seigneur de Lachamp et de Françoise de Comte. Celui-ci est l'auteur de la branche de Forton demeurée à Vesseaux, l'autre branche étant celle de Gras.

 

L'arrière grand-père de Jean de Surville, Béranger (1398- après 1459) fut chevalier de Charles VII et participa au siège d'Orléans. Il avait été relaté qu'il y était mort mais des actes postérieurs à 1429 démontrent qu'il ne trépassa point dans ce siège.

 

On a supposé que son épouse Clothilde de Chalis (vers 1405-vers 1498) avait rédigé des poèmes qui furent transmis jusqu'à Joseph Etienne marquis de Surville et publiés après sa mort par sa femme. Ensuite, l'origine de ces poèmes fut contestée et ceux-ci considérés comme une supercherie littéraire. On conçut qu'en réalité ils avaient écrits par le marquis de Surville, les poèmes étant empreints d'éléments modernes, étrangers au 15ème siècle.

 

Il semblerait que la vérité soit entre les deux, ces poèmes auraient été effectivement rédigés au Moyen-âge mais retravaillés probablement par ce lointain descendant.

 

J'ai lu par ailleurs que Guillaume de Surville, grand-père de Béranger avait fait partie des sept chevaliers français ayant affronté les sept chevaliers anglais à Montendre en 1402, en pleine guerre de Cent ans. Cette même source pourtant bien documentée énonce d'ailleurs les pedigrees des sept chevaliers français. Toutefois, aucun d'eux ne répond au nom de Surville.

Tournoi en l'honneur de la reine Isabeau de Bavière en 1389

Tournoi en l'honneur de la reine Isabeau de Bavière en 1389

Des particules entre nobles et roturiers

 

Avant de fermer ce chapitre, je souhaite évoquer d'autres ascendants de Valentine Pouzache qui ont un nom moins prestigieux et dont la noblesse est peut-être matinée de bourgeoisie.

 

Il s'agit d'abord de la famille Ganhat de la Couronne portée par le viguier (juge royal) de Villeneuve de Berg vers 1650. Jacques Ganhat de la Couronne avait épousé Jeanne de Ladet. Or point de traces dans les armoriaux de la noblesse du Vivarais ou du Velay. Il est qualifié de noble dans des actes mais cela n'est pas un indice décisif. Si noblesse il y a eut, peut-être la devait-il à sa charge de viguier et donc aurait-il été de ces représentants de la noblesse de robe.

 

Ma préférée demeure la famille au nom poétique de Chalabraysse de Gallimard. Citée dans le nobiliaire du Velay et de l'ancien diocèse du Puy elle fut représentée à l'assemblée de la noblesse du Gévaudan en 1789.

 

Installée à Genestelle depuis le 15ème siècle, cette famille aurait été établie au mas de Chalabruyesse d'où son nom. Elle paraît s'être appelée "Del Masoier alias Chalabrueysse" (acte notarié de 1427) avant d'adopter son surnom. Plus tardivement, il en sera de même pour le nom de Galimard qui vient du surnom de Benoit Chalabruyesse dit le capitaine Galimard [1] (1549-avant 1624).

 

De fil en aiguille, l'arrière grand-mère d'Emilie Suchet se maria en 1758 sous le nom de Claire Galimard alors que son père s'était marié sous le nom d'Antoine Chalabrueisse dit Galimard.

 

[1] Il fut l'auteur des trois branches Genestelle, Burzet et Saint Pierreville. Valentine Pouzache descend de la branche de Genestelle.

Bottin mondain

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Published by F. Brillanceau - dans arbres sous la loupe
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