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Aussi loin que je me souvienne...

Depuis aussi loin que je me souvienne, j’aime les histoires.

 

Ce goût m’a conduit vers l’Histoire, grâce aux manuels de l’école primaire des années 60 qui nous entraînaient dans ces tentatives de reconstitution de la vie quotidienne des Gaulois et autres Vikings.

 

Les illustrations étaient sommaires et l’auteur concédait quelques incursions dans les biographies stéréotypées de ces héros qui ont fait la France : Vercingétorix, ce noble perdant, Jeanne d’Arc, cette fille du peuple qui remet son roi sur le trône ou bien ce jeune révolutionnaire de 15 ans qui sera assassiné par ces Vendéens obtus pour avoir clamé avec défi : « vive la République, à bas le Roi ».   

 

Vers l’âge de 14 ans, j’ai accompagné les premiers pas de ma mère dans la généalogie, à travers les registres paroissiaux de la petite mairie du village natal de bon nombre de ses ancêtres.

 

Je crois que j’aimais à la fois l’enquête poursuivie et le déchiffrage de ces actes d’état civil, me prenant sans doute un peu pour Champollion qui a trouvé les clés pour décrypter un monde lointain d’histoires quotidiennes.

 

Si loin et si proche, à l’instar de ce que nous racontent les graffitis de Pompéi.

 

Les actes notariés ont permis ensuite d’entrevoir un peu plus les personnes cachées derrière ces lignées et ces dates et m’ont amené à chasser les singularités au-delà des formules très classiques que l’on y trouve. Cette quête permet parfois de glaner quelques pépites comme cette lettre de Paris d’un orfèvre à sa femme aux fins de l’autoriser à prendre un bail et dans laquelle il se répand sur ses déboires judiciaires.

 

A partir de ces éléments épars, je trouve passionnant d’échafauder et d’ajuster des hypothèses à partir des éléments rassemblés et confrontés avec la grande histoire, dans un constant va-et-vient.

 

Dans ce travail, certains détails initialement négligés prennent un sens particulier tandis que d’autres n’ont pas le relief qu’ils promettaient au départ.

 

Ces très modestes assemblages permettent de donner un peu de chair à ces noms et d’esquisser certaines histoires singulières. C’est ce que je me propose de faire très modestement dans ce blog, tenter d’éclairer des fragments de vie de mes ancêtres, à la lumière de la grande histoire.

 

Recherche

29 mai 2016 7 29 /05 /mai /2016 17:33

L'idée de créer une nouvelle catégorie intitulée "arbres sous la loupe" m'est venue après avoir travaillé sur d'autres arbres généalogiques que le mien.

Elle est une des réponses à cette lancinante interrogation de l'utilité de faire un arbre généalogique.

Si pour le généalogiste, le plaisir réside dans la recherche et dans l'enquête, pour ceux dont on fait la généalogie, ces listes de dates et de personnes sont abstraites et peu intéressantes. Le fait qu'ils soient des ascendants ne les rend pas plus attirants.

Il est alors important de réfléchir à la manière de présenter le résultat de ces multiples enquêtes afin d'incarner ces personnes disparues il y a bien longtemps.

Mettre en perspective des curiosités relevées, tenter de les expliquer, donner du sens tout en prolongeant plus loin le plaisir de l'enquête, c'est ce que je me suis appliqué à faire pour d'autres et que je retrace dans cette rubrique, en faisant un lien avec mon propre arbre généalogique si nécessaire.

Ce article traite des migrations et de la mobilité dans l'arbre généalogique de la famille Peyremorte-Grassot, famille issue de la Drôme méridionale et des villages de La Laupie et de Saint Nazaire le Désert qui résulte du mariage d'Henri Peyremorte avec Georgette Grassot le 26 janvier 1937 à Valence dans la Drôme.

 

Le premier constat en la matière c'est qu'à part le fait que la mère de Georgette Grassot soit issue d'une famille espagnole d'Alicante installée en Algérie, la famille Grassot affiche une mobilité dans un rayon de 30 kms autour de Saint Nazaire le Désert qui est le berceau familial de la famille.

 

La famille Peyremorte affiche une mobilité bien plus grande qui s'inscrit comme on le verra dans un schéma de migration relativement classique dans la vallée du Rhône.

 

Les foyers familiaux des Peyremorte et des Grassot expliquent probablement cette différence. Alors que Saint Nazaire le Désert est enclavé dans la montagne à 70 kilomètres de l’axe de circulation de la vallée du Rhône, La Laupie ainsi que les villages alentours dont est originaire la branche Peyremorte se trouvent sur la route qui relie Montélimar et Crest (la vallée du Roubion) et très proches de l'axe Paris-Lyon-Marseille.

Saint Nazaire le Désert au début du 20ème siècle

Saint Nazaire le Désert au début du 20ème siècle

Chez les Grassot

 

La branche Grassot s'enracine à Saint Nazaire le Désert et aux alentours (Rochefourchat, Gumiane, Chalancon, Bouvière etc) et dans la vallée de la Drôme (entre Die et Luc en Diois) avec une petite ramification à Saint-Martin en Vercors.

 

Trois exceptions nous amènent d'abord dans les Hautes Alpes puis vers l'Ardèche et enfin dans le Jura ou bien le Doubs, l'intéressé étant natif du diocèse de Besançon.

 

Jacques Givodan (1705-1768) maréchal ferrand de profession, qui se maria avec Jeanne Marie Brès, le 20 avril 1728 à Saint Nazaire le Désert était natif de Rosans dans les Hautes Alpes, soit à peu près à 50 kms au sud de Saint Nazaire.

 

Comment s'établit-il loin de chez lui ? Il est possible que les circonstances familiales le sortent très tôt du foyer.

 

Son père, maréchal-ferrant de Rosans, décéda prématurément à l'âge de 45 ans en janvier 1717, en laissant derrière lui plusieurs enfants.

 

Jeanne Rolland, sa veuve, casa rapidement les enfants en âge de l'être, en commençant par Antoine l'aîné qui se maria dès août 1717 dans la Drôme à Cornillac avec une lointaine cousine[1]. A sa suite, son jeune frère Jacques a très vraisemblablement été envoyé pour faire son apprentissage de  maréchal ferrant chez Jean Brès à Saint Nazaire le Désert dans la même période, soit vers l'âge de 10 ans.

 

De patron, Jean Brès devient beau-père avec le mariage de Jacques Givodan et de Jeanne Marie Brès. Elle a tout juste 15 ans tandis que lui est âgé de 21 ans.

 

Ce mariage permit très certainement la reprise de la forge familiale en l'absence de descendant mâle chez les Brès, tout en constituant une alliance entre pairs. Après tout, Jacques Givodan venait d'une bonne famille de maréchaux ferrants avec son père et son grand père.

 

Plus mystérieuses sont les raisons pour lesquelles Michel Girardon (1751-1815) cordonnier puis cabaretier à Saint Nazaire le Désert épousa à Eurre le 23 août 1784, Madeleine Charrière (1753-1817) qui était née à Chabeuil et dont la lignée maternelle était originaire d'Ardèche et la lignée paternelle d'Etoile sur le Rhône.

 

La mère de Madeleine Charrière, l'"honorable" Marie Madeleine Mazerat (1723-1789) ainsi qu'elle est dénommée dans son acte de mariage et dans celui de sa fille Madeleine, est peut-être née dans la Drôme ou en Ardèche.

 

Sa mère Madeleine Coste (1696-1751) est en revanche sans conteste une ardéchoise puisqu'elle est dite être originaire du Vivarais[2] dans son acte de décès tandis que le nom de famille Mazerat est localisé en Ardèche (Champis, Colombier le Vieux, Colombier le Jeune etc).

 

Le père de Marie Madeleine Mazerat, Pierre Mazerat était granger[3] au domaine de Bressac à Montélèger. Peut-être Madeleine Coste et Pierre Mazerat quittèrent-ils leurs montagnes ardéchoises pour tenter de vivre des terres fertiles de la vallée du Rhône ?

 

Le contrat de mariage de Michel Girardon et de Madeleine Charrière qui a été passé chez maître Eymard, notaire à Etoile sur Rhône, permettrait probablement d'en savoir un peu plus sur les raisons pour lesquelles ces deux-là se sont épousés.

 

Toujours est-il que dans les archives notariales de l'étude de maître Giry à Saint Nazaire le Désert (numérisées pour la période 1770-1790), un acte passé le 2 juin 1784 enregistre le fait que Michel Girardon emprunte 192 livres à Antoine Anduol qu'il s'oblige à rembourser "dans une année prochaine à la côte vingtième, à compter de ce jour et jusqu'à l'entier paiement" (vue 366/488). Ne serait-ce pas là un emprunt pour permettre un apport dans la future communauté conjugale ?  

 

[1] voir archives départementales de la Drôme, paroisse de Comillac (vue 208/516). Elle est parente avec son époux au quatrième degré.

[2] le département de l'Ardèche actuelle

[3] Utilisé en Dauphiné, le terme de granger correspond à la définition du métayer employé dans le reste de la France (dans la France de l'ouest on dit aussi un bordier et une borderie). La moitié des fruits récoltés par le granger ou bien le métayer constituait en général le prix du loyer de la terre (selon les usage cela pouvait être moins de la moitié)  dont il s'acquittait auprès du propriétaire de la terre ("Le metaier est ainsi appelé en France de metairie ; et en Dauphiné, granger, de grange ; l’un et l’autre edifice, au dit païs, signifiant une mesme chose, bien qu’en France la grange ne soit que partie de la metairie" Olivier de Serres).

Siège de Gray en Franche-Comté (1674)

Siège de Gray en Franche-Comté (1674)

Quant au troisième ancêtre voyageur de la branche Grassot, Jean Guibert dit "Lorange", était originaire "de Bone diocèse de Bezançon en Franche Comté[1]" au moment où il se maria avec Anne Joubert le 14 avril 1676 à Die.

 

Déterminer où se trouve "Bone" a donné lieu à une enquête qui n'a pas encore totalement porté ses fruits. On peut écarter avec certitude la ville de Beaune en Côtes d'Or. Elle ne relevait pas du diocèse de Besançon dans l'ancien régime qui couvrait peu ou prou les départements actuels du Jura et du Doubs.

 

Ainsi deux candidates apparaissent : Beaume les Dames dans le Doubs et Beaume les Messieurs dans le Jura, cela ne s'invente pas.

 

Jean Guibert - puis son fils Joseph après lui - était foulon (ou foulonnier ou parandier ou gauchandier). Ce métier consistait à traiter les étoffes afin de les assouplir de les dégraisser et d'en assurer la finition en les traitant dans un moulin à eau. Il possédait à cet effet un moulin à Luc en Diois et sa descendance est abondamment citée dans les archives notariales de maître Ferroul.

 

Pourquoi lui ou bien ses parents sont-ils partis de Franche-Comté pour s'établir à plusieurs centaine de kilomètres de leur paroisse d'origine ? C'est totalement mystérieux.

Peut-être ont-ils été poussés par la guerre et la difficulté à prospérer sur un territoire martyrisé.

 

En effet, peu avant le mariage de Jean Guibert à Die, la Franche-Comté venait d'être à nouveau conquise par le roi de France dans une campagne militaire éclair effectuée en 1674.

 

Cette dernière conquête de la Franche-Comté, constitue à n'en pas douter une nouvelle épreuve pour les Franc-comtois qui avaient eu probablement du mal à se remettre des violences opérées par les troupes royales, dès une première invasion en 1634 qui avait laissé la population exsangue après les ravages de la soldatesque, la peste et la famine.

 

[1] L'origine des personnes dans les registres paroissiaux dans l'ancien régime était déterminée par la localité, voire lorsqu'ils étaient différents du lieu d'enregistrement, le diocèse ou bien la province si nécessaire.

Vue du village de La Laupie

Vue du village de La Laupie

La branche Peyremorte

 

La branche Peyremorte affiche une plus grande mobilité et notamment des migrations est/ouest et Nord/Sud, si l'on prend pour axe le village de La Laupie et la vallée du Roubion.

 

C'est d'abord la mère d'Henri Peyremorte, Marie Lumina Beaume, qui était née au lieu dit de Beauchamps à Uchaux dans le Vaucluse en 1868. Elle apparaît pour la première fois dans le recensement de population de La Laupie en 1896 en qualité de "belle-fille" (vue14/17) du chef de famille, Michel Peyremorte son beau-père[1].

 

Le père de Marie Lumina Beaume, Jean Beaume, était originaire du village de Saint Laurent des Arbres dans le Gard, tandis que la famille paternelle de sa mère, Rose Arménier[2], était du Vaucluse (Piolenc, Caderousse etc) et celle de sa grand-mère, Marie Rosalie Allamel était originaire de Saint Melany en Ardèche. Mais j'y reviendrai plus tard car je sens que vous êtes un peu dépassés par ce tourbillon.

 

Reprenons à Jean Beaume. Il est né en 1822 à Saint Laurent des Arbres dans le Gard, de Rose Trouillas et de Jacques Beaume, ce dernier décédant de manière inexplicable aux hôpitaux maritimes[3] de Brest en 1846.

 

Sa mère meurt à l'âge de 33 ans en 1831, alors qu'il a n'a pas plus de 9 ans. Il a quelques frères et sœurs mais de toute façon, dans un milieu pauvre comme le sien, il faut diminuer le nombre de bouches à nourrir et se remarier.

On retrouve la trace de Jean Beaume à Piolenc dans le Vaucluse en 1850, lorsqu'il se marie avec Rose Arménier le 13 novembre. Elle est née dans la commune de Connaux dans le Gard, ses parents ayant dû trouver à s'y employer à l'époque, avant de revenir à Piolenc où le père, Jean Baptiste Arménier travailla successivement comme mineur et cultivateur.

 

Les parents de l'épouse sont consentants mais seulement représentés. Est-ce un signe que le jeune homme n'est pas bien apprécié? Toujours est-il que les jeunes époux ne logent pas avec les beaux parents en 1851 (à l'occasion du recensement) mais chez Anne Beaume et Sebastien Requeyrol l'oncle et la tante de Jean Beaume, un couple âgé d'une soixantaine d'années et sans enfants (du moins à l'époque).

 

Sébastien Requeyrol est désigné comme "colon" (fermier) dans le recensement et lui comme sa femme est originaire du département du Gard, ce qui donne à penser qu'en s'établissant à Piolenc, Jean Beaume  rejoignait en réalité sa famille.

 

Les deux premiers enfants du couple Beaume-Arménier, Jean et Louise, naissent à Piolenc mais la famille déménagera à Uchaux entre 1854 et 1857, probablement parce que Jean Beaume y avait trouvé une terre à louer ou bien à s'employer dans une exploitation.

 

Ils demeurent à Uchaux au moins jusqu'en 1868 (date de la naissance de Marie Lumina Beaume).

 

A une date indéterminée, la famille remonte la vallée du Rhône pour s'établir à Pierrelatte où les parents Beaume sont probablement décédés après 1902. Jean Beaume est désigné dans les recensements de 1881 et de 1886 comme fermier.

 

Retrouver leur trace à Pierrelatte ne fut pas une mince affaire.

 

Après avoir vainement parcouru les archives départementales du Vaucluse, j'ai retrouvé leur trace en fouillant dans les registres du service militaire. Jean Beaume, l'aîné de la fratrie, n'avait ainsi pas été conscrit dans le Vaucluse mais dans la Drôme avec un domicile identifié à Pierrelatte.

 

Selon la description du registre[4], le frère de Marie Lumina était un (grand pour l'époque) gaillard d'1 mètre 76, brun, les yeux gris-bleu, un front couvert, une petite bouche un nez aquilin, un menton rond et un visage ovale. Il sera affecté au 4ème régiment de cuirassiers à Paris[5]. A la fin de son service qui aura duré trois ans, il deviendra gendarme à cheval.

 

Quant à Marie Lumina, elle rencontra son mari lorsqu'ils travaillaient ensemble à la chocolaterie d'Aiguebelle. Le registre militaire confirme que Michel Peyremorte ("1 m 61, yeux gris bleus, cheveux châtains clairs, menton rond, visage plein") a résidé à Donzère à partir de novembre 1895, soit dans la localité de la chocolaterie.

 

[1] Marie Lumina Beaume n'apparaît pas toutefois dans le recensement de 1891, ce qui laisse supposer qu'elle s'est mariée avec Michel Peyremorte (fils)  entre ces deux dates, dans un lieu qui demeure encore inconnu.

[2] A noter que le patronyme Arménier était transcrit tel que prononcé probablement avec un accent patois, ce qui donnait le nom "Armanian", si bien que j'ai cru avoir affaire à une ascendance arménienne avant de comprendre mon erreur ...

[3] Archives municipales de Brest - registre année 1846 (vue 52/112) - "Acte de décès de Jacques Baume (ex cultivateur), décédé hier à 9 heures du matin aux hôpitaux maritimes, âgé de 53 ans, né à Saint Laurent des Arbres département du Gard et y domicilié, fils de feu Jean et de Marie Roussel ..."

[4] Archives de la Drôme en ligne registre de 1872, bureau de Montélimar (vue 130/295).

[5] J'ai lu que les cuirassiers se recrutaient de préférence parmi les conscrits de grande taille.

Carte du Comtat Venaissin

Carte du Comtat Venaissin

Venons en maintenant à la branche paternelle de sa mère, Rose Arménier.

La famille Arménier vient de Châteauneuf du Pape[1] situé dans le Comtat Venaissin qui de 1274 à 1791 fit partie des domaines de la Papauté avant d'être intégrée à la France. A moins de 20 kms au nord d'Avignon, Châteauneuf se trouvait sur un axe stratégique par le Rhône et par la route romaine reliant Arles à Lyon.

 

Localité aujourd'hui mondialement célèbre pour ses vins, elle fut très longtemps réputée pour la qualité et la quantité de chaux qui s'y produisait ainsi que pour la fabrication de tuiles et la production de sel.

 

Au 17ème siècle, Barthélémy Arménier (1640-1699) et Marie Daumasse son épouse y exercèrent le métier de ménagers (des paysans aisés), probablement sur des terrains qui valent de l'or aujourd'hui.

 

Au milieu du 18ème siècle, le petit fils de Barthélémy, Pierre Arménier vit à Orange (relevant de la principauté éponyme jusqu'en 1703, date à laquelle elle rattachée à la France), où il a épousé une femme de Jonquières (Vaucluse). Puis son fils Guillaume (1775-1840) naquit à Orange, se maria à Caderousse et mourut  à Piolenc. Ce Guillaume Arménier qui est l'arrière grand-père de Marie Lumina sera successivement cultivateur et berger.

 

J'ai évoqué plus haut, l'ascendance ardéchoise de Marie Lumina. Plus exactement, le grand-père (Joseph Alamel (1735-1802)) de sa grand-mère (Marie Rosalie Alamel née en 1803 et décédée en 1863), était né à Saint-Mélany en Ardèche.

 

C'est ce qui transparaît dans son acte de mariage avec Suzanne Clément du 13 juillet 1762 à Piolenc.

 

Le frère de Joseph Alamel qui s'appelait également Joseph - ce qui était assez courant et s' interprète comme une précaution dans ces temps de mortalité infantile -, était lui-même descendu de sa montagne pour épouser cette même année 1762 à Piolenc, une jeune femme du nom de Marie Anne Gandureau.

 

La raison de cette migration est assez logique et évoquée notamment par Fernand Braudel dans "L'identité de la France". Les économies locales élémentaires de l'Ancien régime "à faible rayon d'action (qui) tendent à l'autosuffisance. Chacune d'entre elles a en charge, pour le meilleur et pour le pire,  un groupe donné de population dont le chiffre oscille tantôt à la hausse, tantôt à la baisse, en fonction des ressources à partager et qui varient au rythme des récoltes et des prix. (...) Car il y a un niveau de vie (alimentation, vêtement, logement) (...) qu'il s'agit de maintenir ..."  pour permettre au groupe, dans le pire des cas, de survivre.

Fernand Braudel précise que face aux difficultés pour maintenir ce fragile équilibre, nos ancêtres n'avaient pas tant de solutions : défricher pour agrandir les surfaces cultivables, introduire des cultures nouvelles ou encore développer de la valeur ajoutée par le développement de l'artisanat.

 

Toutefois et face à une pression démographique due à une forte natalité ou en cas de crise prolongée et récurrente de ces économies locales, la seule issue était l'émigration temporaire, saisonnière ou définitive.

 

C'est dans ce dernier schéma qu'entrent les deux frères Alamel.

 

Au cours du 18ème siècle en effet et comme partout en France, le Vivarais connaît une expansion démographique majeure due à une plusieurs facteurs (moins de mortalité infantile ou due à la disette, une meilleure alimentation etc). Cette augmentation commence vers 1710 et s'accélère dans la deuxième moitié du siècle.

 

Dans le même temps, la production agricole ne suit pas l'accroissement de la population. Il n'y a d'évolution majeure des techniques permettant d'améliorer la production agricole et en particulier la culture céréalière, ce qui rendit indispensable d'abord la châtaigne puis la pomme de terre.

 

Quand on était du Bas-Vivarais d'un endroit comme Saint-Mélany, il était indispensable de compléter ses revenus par des travaux saisonniers dans la vallée du Rhône, voire en s'y installant définitivement comme le firent les frères Alamel.

 

C'est une tendance que constatait l'abbé Giraud-Soulavie dans son Histoire naturelle de la France méridionale paru en 1781 ... avec quelque véhémence :

 

[1] Châteauneuf du Pape en référence au château de villégiature du Pape, s'est appelé Château-Calcernier jusqu'en 1893, date à laquelle le maire décide de changer le nom de sa municipalité.

"Tandis que les montagnards descendent par hordes certaines saisons et passent dans les plaines inférieures pour aider leurs cultivateurs lâches et paresseux, dans leurs travaux champêtres. Témoins les émigrations annuelles de Vivarois, de Cévenols, de Gévaudanois etc, qui descendent dans les contrées du Languedoc et surtout du Comtat Venaissin qu'un gouvernement débile et sans principes constants abandonne dans l'inertie."

Gravure de 1822 montrant des maçons, métier exercé par Antoine Truc (1803-1882)

Gravure de 1822 montrant des maçons, métier exercé par Antoine Truc (1803-1882)

Achevons d'examiner ce fameux axe Ouest-Est de migration - ou plutôt Nord-Ouest/Sud-Ouest devrais-je dire - autour de La Laupie, avec les parents d'Henriette Truc (1835-1902), la grand-mère paternelle d'Henri Peyremorte.

 

Ce couple formé par Antoine Truc (1803-1882) et Rosalie Chapus (1804-1878) complète parfaitement l'image d'une vallée du Rhône, pôle d'attraction des populations montagnardes de ses deux rives puisque la famille Truc est originaire de Lavaldens (Isère) tandis que la famille Chapus vient de Saint Lager-Bressac en Ardèche.

 

Antoine Truc est né à Poisat qui est juste en surplomb de Grenoble, aujourd'hui en lisière de l'agglomération, entre Eybens et Saint Martin d'Hères. Il est le fils d'Antoine Truc (1754-1831), originaire de la paroisse de Lavaldens dans le massif du Taillefer à 40 kms au sud de Grenoble et d'Antoinette Billon (1764-1742) qui serait née dans la paroisse de Poisat.

 

Avant d'aller plus loin, quelques détails sur ce couple qui m'a donné bien de la peine.

 

Ils ont été d'abord difficiles à situer puisqu'ils sont décédés tardivement et que les témoins de leurs décès respectifs étaient des voisins et avaient en conséquence une idée approximative de leurs filiations.

 

Pour Antoine Truc, les témoins ont déclaré "qu'Antoine Truc leur voisin né à Lavaudant (Isère) fils de feu Jean et de feue Thérèze Mazet, époux d'Antoinette Billon, était décédé ce jour a huit heures du matin dans son habitation sise dans cette commune". Le lieu de naissance prononcé  en dialecte local a été longtemps mystérieux tandis que le nom de famille de sa mère s'est avéré être son surnom, son nom de famille étant Guillet.

 

Quand à Antoinette Billon, les témoins de son décès qui sont aussi les voisins déclarent  "que ce jour à onze heures du matin Antoinette Billon ménagère âgée de soixante dix huit ans, née dans cette commune, veuve d'Antoine Truc, fille de feu Jean Billon et de défunte Catherine Revollet mariés". Or, Catherine Révollet s'est révélée introuvable et pour cause,  la mère d'Antoinette Billon s'appelle en réalité Jeanne Josserand dite "Révollet", surnom qu'elle tenait de son père.

 

Mais revenons à Antoine Truc. On ne sait pas quand il quitta le domicile familial mais il n'a pas assisté au mariage de sa sœur Claudine Truc avec Guillaume Basset qui a été enregistré le 16 avril 1828  lieu en 1828 à Poisat[1], ce qui laisse supposer qu'il était déjà parti.

 

A l'occasion de la publication de son mariage avec Rosalie Chapus en 1835 à l'état-civil de la commune de Saint Lager Bressac en Ardèche, on apprend qu'il réside à Chomérac et qu'il y exerce la profession de maçon.

 

Ils demeureront à Chomérac, au moins  jusqu'en 1842, date à laquelle naît leur premier fils et quatrième enfant, Antoine François Truc. Avant ils auront eu dans l'ordre, Henriette (née en 1835) qui est rappelons le, la grand-mère d'Henri Peyremorte, Fanie (née en 1839), Marie Sophie (née en 1841).

 

Les perspectives économiques à Chomérac étaient peut-être attractives, toujours est-il que le frère d'Antoine, Pierre Truc, peigneur de chanvre comme son grand-père paternel, le rejoint avec sa femme Reine Vigier et sa fille de trois ans née à Poisat et ce, entre la fin de 1838 et le début de l'année 1839.

 

En effet, ce couple a perdu un enfant mort deux mois après sa naissance en septembre 1838 à Poisat, tandis qu'un enfant Louis Pierre est enregistré à Chomérac dans le registre le 29 octobre 1839.

 

Dans un temps indéterminé, Antoine Truc et Rosalie Chapus s'établirent à La Laupie et lorsque leur fille Henriette se marie à Michel Peyremorte, ils y résidaient déjà.

 

La famille de Rosalie Chapus était totalement d'origine ardéchoise : Saint-Lager-Bressac, mais aussi Chomérac, Privas avec des incursions au sud à Saint Julien du Serre et Saint-Privat, vers l'ouest et le nord ouest à Gourdon ou Saint Julien du Gua.

 

 

[1] Mariage qui a été l'occasion pour le marié de reconnaître de son fils né hors mariage en 1825.

 

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Published by F. Brillanceau - dans arbres sous la loupe
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